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Notre classe

La coupe est pleine

Lundi, en Guyane, c’est la grève !

La situation s’est accélérée en Guyane, ces derniers jours. Face à l’entêtement du gouvernement, ne souhaitant rien mettre dans la balance pour négocier, les acteurs locaux ont appelée à la mobilisation générale à commencer de lundi.

Tout a commencé autour du poumon économique du territoire, symbole par excellence du caractère colonial du rapport entretenu par Paris et la Guyane : Kourou. Aux revendications des travailleurs d’Endel, employés à la maintenance, se sont ajoutées celles des salariés d’EDF syndiqués à l’UTG, syndicat classé à gauche et défendant, à l’origine, des positions indépendantistes, ainsi que la demande de non-privatisation du Centre de Santé local. Alors que les salariés détachés de métropole en poste sur la base de Kourou, protégée H24 par la Légion, ont accès à tous les services possibles, la population, elle, doit se contenter d’infrastructures précaires et vétustes.

Le mouvement, qui a débouché sur un blocage progressif des principales artères du territoire, à commencer par la totalité du bandeau côtier, plonge ses racines dans le passé. En 2008, déjà, avant le mouvement en Gwadeloup contre la « profytasion », la Guyane avait été le théâtre d’un mouvement contre la vie-chère. Rien ou peu avait été fait à la suite de ce mouvement et les tensions ont perduré depuis lors, visibles notamment lors du voyage (écourté) de Ségolène Royal à la mi-mars.

Samedi, ce sont donc 37 organisations qui ont appelé à une grève générale à compter de ce lundi, mouvement qui s’annonce d’ores-et-déjà massif alors que la relève entre les équipes de nuit et du matin sont en train de s’opérer sur les principaux points de blocages et piquet bloquant la circulation routière, aérienne et maritime du territoire.

Mis sous pression par la population et essayant, en même temps, de chevaucher la colère populaire, une fraction des représentants locaux des classes dominantes et du patronat participent à ce mouvement. Ce faisant, ils essayent bien entendu de le rabattre sur des positions en leur faveur, avec davantage d’aides de l’Etat, et jouant sur la division des classes populaires et du monde du travail entre « Guyanais de souche » d’un côté et « étrangers » de l’autre, immigrés surinamais, haïtiens et brésiliens notamment. Ces derniers sont pointés du doigt et désignés comme responsable du niveau élevé de violence sociale et urbaine que connaît le territoire, avec un niveau d’insécurité plus proche de celui du Brésil que celui de la France métropolitaine.

Symptomatiques de ce courant, on retrouve les quatre élus nationaux guyanais, deux députés et deux sénateurs, tous socialistes. Après avoir appliqué à la lettre les politiques austéritaires de Hollande (y compris dans les « territoires ultramarins » et quoi que veuille en dire Benoît Hamon qui a mis en avant ce volet-là du quinquennat lors de son dernier voyage aux Antilles), les élus protestent aujourd’hui contre les injustices faites au territoire et n’hésitent pas à faire donner de la voix à certains courants, à l’instar des « 500 frères », qui réclament davantage de police et de fermeté vis-à-vis de la délinquance, étrangère, bien entendu, si l’on suit leur raisonnement.

L’arc de revendication porté par le mouvement est pourtant fondamentalement social. C’est le caractère profondément inégal, plus qu’ailleurs, sur ce qui est censé être le territoire français, de la répartition des richesses qui est mis en lumière. C’est le taux de chômage, qui touche un quart de la population, l’absence de formation et de perspective chez les jeunes, qui sont mis en avant. Emploi, défense des services publics, salaire, revenus des petits paysans, voilà ce qui est au centre d’un mouvement que certains, néanmoins, souhaiteraient détourner pour mieux l’utiliser comme levier de revendications d’une autre classe, y compris en jouant sur la fibre d’un sort commun qui unirait « tous les Guyanais » contre Paris.

C’est bien la situation coloniale que connaît la Guyane qui est à l’origine du fait qu’il s’agit d’un territoire de seconde zone, maintenu sous les standards et les moyennes en vigueur sur le territoire métropolitain. Cependant, pour briser cet état de fait, les travailleurs et la jeunesse de Guyane ont davantage en commun et à gagner en s’alliant avec leurs sœurs et leurs frères de classe surinamais, haïtiens ou brésiliens résidant sur place qu’en étant utilisés par le patronat local, par ceux qui contrôlent la moyenne et grande distribution, par ceux qui possèdent une bonne partie du parc immobilier urbain et péri-urbain.

Pour l’heure, néanmoins le développement de la grève demande toute la solidarité des salariés et de la jeunesse, à commencer par celle de nos organisations politiques et syndicales, en France. Une victoire en Guyane, ça sera autant de gagné, en France, pour se préparer.




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