Notre classe

Le combat continue pour toutes celles et tous ceux qui restent sous le coup de l’article 315.3 du Code Pénal

Lutter, ça paye ! Les huit syndicalistes espagnols d’Airbus enfin relaxés

Publié le 18 février 2016

Ciro Tappeste

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Il y a quelques jours, la justice espagnole avait déjà effectué un premier recul en abandonnant les poursuites contre deux des huit syndicalistes condamnés pour leur participation à la grève générale de septembre 2010. La mobilisation, qui n’a pas faibli, a réussi à imposer la relaxe pour les six camarades restants. Une victoire qui en appelle d’autres.

Que reprochait la justice espagnole à Armando, Edgar, Jerónimo, José, Raúl, Rodolfo et Tomás, huit militants syndicaux ? En vertu de l’article 315.3 du Code pénal espagnol - lequel remonte au franquisme- les tribunaux leur reprochaient deux choses. Lors de la grève générale du 29 septembre 2010 appelée par les syndicats contre la réforme du Code du Travail -pilotée à l’époque par le socialiste Zapatero- ils auraient « entravé l’entrée des salariés » sur leur lieu de travail d’une part et été responsables de « coups et blessures sur agents dépositaires de la force publique » d’autre part.

En réalité, comme le montrent les images d’alors, prises sur le piquet de grève, devant le site Airbus de Getafe, dans la banlieue de Madrid, rien ne permet d’incriminer les huit syndicalistes. Condamnés, donc, pour l’exemple, comme trois cents autres syndicalistes, poursuivis pour des faits similaires et en fonction de ce même article 315.3.

Mercredi 17 février, un tribunal de Getafe a finalement abandonné les poursuites qui continuaient à peser sur six des « huit d’Airbus », pour « absence de preuves ». Difficile de ne pas voir le lien avec la mobilisation de milliers de soutien, le 11 février dernier, déterminés à faire savoir que « faire grève n’est pas un délit ». Madrid, ce jour-là, a été traversé par un long cortège ouvert par une banderole exigeant « l’amnistie pour l’ensemble des travailleurs poursuivis ».

« Ils ne sont pas que 8, nous sommes des milliers », a été en effet l’un des axes de la campagne pour la relaxe des syndicalistes d’Airbus. Le slogan rappelle également que la bagarre n’est pas finie pour obtenir l’arrêt des poursuites ou la libération de toute une série de militants condamnés ou en instance de procès, à l’instar du jeune Alfon, condamné à 4 ans de prison pour avoir manifesté en 2012, et ce dans un climat de serrage de vis idéologique et sécuritaire comme en témoigne les accusations qui pèsent sur une troupe de marionnettistes proches des Indignés, qui se sont produit à Madrid et accusés ni plus ni moins de terrorisme.

La décision du tribunal de Getafe montre que le combat collectif paye. Face à une justice aux ordres de gouvernements de droite (comme dans l’Etat espagnol) ou de « gauche » (comme en France) qui veut faire des exemples, la mobilisation en soutien aux camarades qui sont dans le viseur permet de les arracher des griffes des juges. C’est une belle leçon, également, à méditer pour l’Hexagone, alors que la mobilisation pour la relaxe pure et simple des huit de Goodyear est inscrite à l’agenda militant des prochaines semaines.