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Jeunesse

Droit de réponse au président de l'université Paris 1

M. Haddad, la violence vient de vous et du gouvernement : vous nous le prouvez tous les jours

Interrogé ce matin par Guillaume Erner sur France Culture, le président de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne a donné son point de vue sur l’occupation en cours à Tolbiac. Droit de réponse par Arthur, étudiant en M1 d’histoire à la Sorbonne, militant au NPA et membre du comité de mobilisation.

Interrogé par France Culture ce matin, Georges Haddad, président de l’université Paris 1 a tenté de répondre à une question concernant le saccage d’un local de l’UEJF utilisé par l’association Alliance ainsi que les incidents qui ont eu lieu partout en France, notamment l’attaque de Montpellier. « C’est très difficile de le dire [d’où vient la violence]. J’ai le sentiment qu’à Tolbiac c’est l’esprit Notre-Dame-Des-Landes universitaire. Ca veut dire occuper. Pour l’instant il n’y pas eu d’éléments violents à Tolbiac, et nous ferons tout pour juguler les violences et toute agressivité inacceptable.  » répond-il.

Je pense que le millier d’étudiants réunis hier à Tolbiac en Assemblée Générale le sait : cette violence, elle vient de vous et du gouvernement. Vous avez été au centre de la répression du mouvement étudiant à Paris 1, en fermant la fac les jours de manifestation pour empêcher que les cortèges étudiants s’organisent le 15 février et le 22 mars ; vous avez tenté de réprimer les militants de l’UNEF en leur fermant l’accès à leur locaux et en leur imposant des travaux d’intérêt général ; depuis le début de la semaine, vous menacez de couper l’électricité tous les soirs et vous fermez les portes du centre quand cela vous chante. Hier soir encore, alors que nous avions organisé un rassemblement contre la répression de la police et de l’extrême droite contre les étudiants mobilisés contre le plan étudiants, vous avez appelé les CRS qui ont encerclé Tolbiac. Aujourd’hui, Tolbiac a été fermé administrativement et les allers et venues interdites.

Où est la violence ? Elle vient de votre cabinet ainsi que du rectorat. Elle vient des présidents de l’université, et notamment ceux qui, comme Philippe Pétel, n’hésitent pas à faire entrer des milices d’extrême droite dans les facs quand les flics ne veulent pas intervenir. Elle vient surtout d’un gouvernement qui veut imposer une sélection à l’entrée des universités, ce qui va exclure définitivement les classes populaires des facs. Elles reproduisaient déjà les inégalités sociales ; elles seront maintenant des instances d’exclusion sociale. Le gouvernement est prêt à tout pour empêcher les étudiants de se mobiliser, y compris nasser des manifestations de 50 personnes qui dénoncent les agressions de Montpellier, ce qui s’est déroulé rue de Patay mercredi dernier.

Vous nous dites : « Je souffre énormément des enseignements qui ne peuvent pas se dérouler ; je pense à tout ces étudiants de milieux modestes, boursiers, handicapés, travailleurs, salariés, qui ont besoin de valider leur année universitaire. [...] Je fais appel à ces jeunes qui occupent le centre PMF : mon propos n’est pas d’empêcher le dialogue et le débat. Je leur demande simplement de permettre de sauver le semestre en pensant à tous ces étudiants qui sont un peu dans le désespoir et dans l’inquiétude. Et pour cela je leur demande de libérer ce blocus et je leur offre en permanence un amphithéâtre quotidiennement pour organiser les débats qu’ils voudront organiser.  »

Sauver le semestre n’est pas notre priorité. Nous voulons empêcher que l’université française ne devienne un lieu réservé aux élites, un lieu où il faudra payer 4000 à 8000 euros pour entrer à la fac et s’endetter pour des années ; nous voulons sauver des droits que nous avons gagnés par des luttes, comme la compensation et le droit à redoubler. Les étudiants boursiers, handicapés, travailleurs et salariés sont les plus concernés par le plan étudiants : ce sont elles et eux qui ne pourront plus s’inscrire à l’université. Ils seront les premiers à être exclus de la fac, qu’ils aient obtenu ou non leur deuxième semestre de l’année 2017/2018. Pour beaucoup, leur désespoir et leur inquiétude n’est pas de valider leur semestre, mais de savoir si leur diplôme aura une valeur, s’ils pourront s’inscrire en master ou s’ils devront travailler comme intérimaire chez McDonalds. C’est leur inquiétude, et celle de nos petits frères et petites sœurs qui sont encore au lycée et qui ne pourront pas entrer à l’université.

Vous voulez nous donner des lieux pour débattre ? Très bien. Mais cela n’est pas notre principal objectif. Nous voulons l’abrogation du plan étudiants. Nous voulons une université ouverte à tous et toutes, gratuite, et au service de l’émancipation collective plutôt qu’au service de la reproduction d’une petite élite parasitaire qui fait de l’intérêt économique des multinationales sa priorité. Nous voulons lutter aux côtés de toutes celles et ceux qui sont attaqués par le gouvernement et ses lois antisociales, qu’ils soient cheminots, éboueurs, pilotes ou fonctionnaires. Leur avenir est aussi le nôtre ; leurs conditions de travail seront les nôtres dans quelques années.

Notre blocus, notre occupation ne sont pas destinés à fermer la fac : nous voulons une fac ouverte à tous et toutes, et c’est pour cela que nous avons décidé de libérer Tolbiac de ses enseignements habituels pour en faire un lieu au service du mouvement contre la sélection. Cours alternatifs, performances artistiques et musicales, débats, projections de films militants : voilà ce à quoi sert aujourd’hui le centre Pierre Mendès France. C’est un lieu ouvert, et quand il est fermé, c’est toujours de votre fait. Nous ne voulons pas une fac morte, nous la voulons différente de la vôtre.

Après nous avoir dit en face que vous n’étiez pas pour la sélection à l’université, vous osez répondre le contraire aux journalistes de France Culture : «  l’intérêt de Parcoursup, c’est que l’université qui va être chargée de sélectionner (et j’emploie le mot) les candidats : cela va donner une responsabilité plus forte à l’institution, et cela me plaît. [...] Comme l’université va choisir ses étudiants futurs, elle s’engagera à les accompagner vers la réussite ». Pourtant, mercredi soir, vous nous disiez que « je demande à la ministre et aux recteurs d’assurer l’accès à l’université dans la discipline choisie de tous les étudiants bacheliers  ». Voilà l’université que vous voulez ; c’est celle d’Emmanuel Macron et de Frédérique Vidal. C’est l’université telle qu’on la connaît en Italie, en Angleterre, où les étudiants les plus pauvres ne dépassent pas le BAC. C’est une université où les facs poubelles accueillent tous ceux qui n’auront pas été acceptés par vos comités de sélection, dans des locaux dépérissant, dans des salles de cours bondées et des amphis surchargés. Ce n’est pas notre université, et nous appelons tous les étudiants des 80 universités françaises à se mobiliser pour obtenir le retrait de cette loi qui, encore une fois, crée une université des élites, pour les élites et au service des élites.




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