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Politique

Sans changer de cap...

Macron à la manœuvre pour « renouer » avec les collectivités territoriales

Création d'un grand ministère des collectivités locales, réception d'élus à l'Elysée. Emmanuel Macron met les petits plats dans les grands, sans remettre en question ses futures réformes, mais conscient de la faible implantation de La République En Marche sur l'ensemble de l'hexagone.

Crédit photo : AFP/IAN KINGTON

C’est une nouveauté de cette rentrée sociale en Macronie. Le « président des riches » entend « renouer » avec les collectivités territoriales, à moins de deux ans des élections municipales. Et pour ce faire, il met les petits plats dans les grands.

Ainsi, si les difficultés à effectuer le remaniement ministériel suite au départ de Gérard Collomb ont justement été au centre de l’actualité, il est a noter que Macron a innové en créant un grand ministère des Collectivités locales, confié à Jacqueline Gourault (Modem), qui s’est vue chargée de la tutelle de la Délégation générale des collectivités locales, auparavant confiée au ministre de l’Intérieur. Un signal clair envoyé aux élus locaux, et en premier lieu aux maires qui subissent de plein fouet les multiples coupes budgétaires.

Ce lundi 29 octobre, Emmanuel Macron, Édouard Philippe et Jacqueline Gourault ont accueilli, à l’occasion d’un déjeuner à l’Élysée, une trentaine d’élus du Grand Est, puis des Hauts de France ce mardi, afin de discuter de sujets aussi variés que la santé, la formation ou l’emploi. L’occasion pour le « président des riches » de brosser les maires dans le sens du poil, auréolés du titre de « premiers porteurs de la République du quotidien ». Du côté de l’Élysée, l’objectif a été clairement affiché. Il s’agit de « parler des grands enjeux de l’itinérance et de nourrir le dialogue avec les collectivités ».

Le but est donc de « renouer » le dialogue avec les collectivités territoriales, et on comprend pourquoi au vu du calendrier des prochaines échéances.

D’abord, au niveau des réformes envisagées, loin de faire l’unanimité – et il y a de quoi – chez les maires, notamment ceux des petites communes et des villages. Ainsi, l’exécutif à la manœuvre a réussi à ramener à la table des négociations l’Association des maires de France (AMF), alors que le 8 novembre prochain, lors de la tournée annuelle des congrès d’associations d’élus, le gouvernement va devoir se montrer particulièrement convaincant sur la question du plan du gouvernement pour résoudre l’inéquation du financement des aides sociales. Et début 2019, ce sont les négociations autour de la réforme de la fiscalité locale, tout autant explosive, qui sera au menu du gouvernement. D’autant plus que ce dernier n’entend en rien dévier de sa ligne.

Ensuite, car la République En Marche se heurte toujours à une difficulté majeure, inhérente à son émergence : celle de ne pas disposer de relais sur l’ensemble du territoire, ce qui n’est pas une mince difficulté dans un pays aussi centralisé que la France. Ce double discours, valorisant les élus locaux tout en promettant une politique austéritaire, vise donc à tisser des liens plus forts avec ces différentes couches d’élus (des présidents de régions aux maires). Une politique qui prend son sens lorsqu’on sait que les prochaines élections locales, à savoir les municipales en 2020, constituent un enjeu majeur pour la fin du quinquennat.

Emmanuel Macron est donc clairement à la manœuvre, conscient de ses faiblesses structurelles et de la nécessité de « brosser dans le sens du poil » les élus locaux pour donner corps à sa politique. Une manière aussi de chercher à régénérer le projet macronien, dont la légitimité a été largement consumée après les épisodes de l’été et le chaos engendré par les démissions successives de Hulot et de Collomb.




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