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Politique

Plombé par les affaires et les mauvais résultats…

Macron an II : rentrée gouvernementale sous le signe du discrédit

L’an II du quinquennat Macron est désormais lancé. Il est voulu dans la continuité du premier. « L’accent social » qui était discuté au début de l’été n’aura pas lieu. C’est plutôt tout le contraire. Faisant fi du discrédit généré par l’affaire Benalla, des mauvais résultats économiques de ses politiques, la Macronie a décidé de charger la barque : de la réforme des retraites, en passant par celle de la santé ou de l’assurance chômage… le calendrier s’annonce serré et aveugle aux signes de fragilités politiques dont pâtit le président.

Crédits photo : Yann COATSALIOU / AFP

Fausse-décontraction et agendas de contre-réformes

Sur les contre-réformes, pour cette deuxième année de quinquennat, le gouvernement a décidé de ne rien céder. « Ne croyez pas que je vais lâcher quoi que ce soit » a déclaré Emmanuel Macron, vendredi dernier lors d’un bain de foule à Bormes-les-Mimosas, à quelques encablures du fort de Brégançon. Fort où le couple présidentiel a passé ses trois semaines de break estival, agrémentées de sorties à même de satisfaire les tabloïds et les besoins d’une communication présidentielle mise à rude épreuve par l’affaire Benalla. Une affaire qu’il veut à tout prix faire oublier. Quelques jours avant ce premier conseil des ministres de la rentrée, tenu mercredi 22 août, le ton était donné.

C’est ce même esprit de fausse décontraction qui entoure le rendez-vous donné par l’exécutif pour préparer sa rentrée. À l’agenda, extrêmement chargé, tout un arsenal de contre-réformes antisociales : celle de la réforme de la fonction publique d’abord, qui devrait être lancée dès la rentrée ; la réduction des retraites, par le passage par un système par point ; et l’homogénéisation des caisses, prévue pour le premier trimestre 2019, de l’assurance-chômage dont les négociations avec les partenaires sociaux devront débuter dès la rentrée ; ou encore de la santé, qui viserait à accentuer le transfert vers la médecine de ville et à réduire les actes hospitaliers.

Les contours de ces projets, explosifs socialement, restent encore flous. Et pour cause ! Macron a indiqué qu’il n’y aurait pas plus de « changement de braquet », que « de méthode ». Il devrait donc rempiler avec la méthode de « concertation » des organisations syndicales utilisée lors de la réforme du marché du travail et du rail : maintenir secret le plus longtemps possible les éléments des projets, tout en temporisant, le plus souvent avec leur complaisance, la contestation des organisations syndicales.

L’autre grand dossier de la rentrée, c’est le lancement de la loi Pacte, loi pro-patronat qui devrait inscrire dans le marbre les crédits d’impôts et de cotisations sociales offertes aux entreprises sous Hollande – le CICE, le pacte de compétitivité – et prolongés lors de la première année du quinquennat Macron. Pas de doute, le président des riches rempile pour une deuxième année.

L’imposture du « volet social »

Conscient de cette image dès le printemps dernier, d’un effritement de sa popularité dans les sondages que n’a fait qu’accentuer l’affaire Macron-Benalla au cours de l’été, Emmanuel Macron avait annoncé dès la fin du printemps dernier le lancement d’un plan pauvreté pour juillet. Une manière de corriger les erreurs de communication sur le « pognon de dingue » des minimas sociaux, offrant au grand jour la vulgarité d’un mépris de classe non dissimulé, et d’allumer un contre-feu médiatique en pleine mobilisation contre la réforme du rail à la SNCF. La finale de la Coupe du Monde étant passée par là, et avec elle, le risque de voir l’opération de communication présidentielle éclipsée, l’exécutif avait décidé de reporter son plan à la rentrée.

Entre les nouvelles coupes budgétaires qui s’annoncent dans les services publics – et qui devront se préciser à l’aune des arbitrages budgétaires -, une nouvelle réduction de 200 000 à 84 000 emplois aidés d’ors et déjà annoncés, il est très clair que les mesures en faveur de la distribution d’un petit déjeuner gratuit dans les écoles prioritaires, le bonus financier dans les crèches pour les foyers défavorisés restent de l’ordre de la poudre aux yeux. Ce plan pauvreté n’a aucun autre objectif que la communication autour du gouvernement, qui reste encore dépendante des arbitrages budgétaires à effectuer… Aucun volet social à l’horizon, donc, mais bien un détricotage en règle des mécanismes de solidarité et des services publics, et quelques mesures de charité destinées à s’attirer les bonnes grâces des sondages.

La fin de l’état de grâce, le début du discrédit

Si le président affiche sa détermination et sa constance, des « qualités » sur lesquelles il compte pour redresser sa cote de popularité, le contexte politique dans lequel s’ouvre cette seconde année de quinquennat, lui, a changé. Cet « état de grâce » caractéristique des premiers mois de mandat présidentiel avait très rapidement décliné sous l’effet des mobilisations étudiantes contre Parcoursup et des cheminots contre la réforme du rail. L’affaire Macron-Benalla lui a définitivement porté un coup d’arrêt en montrant, au mieux la continuité de la Macronie avec les pratiques de « l’ancien monde », thème phare de sa campagne politique, au pire celle d’une barbouzerie et d’une violence d’État couverte et encouragée par l’Élysée.

L’insolence élyséenne est désormais entachée par des affaires : celle de Benalla, précédemment citée, mais aussi celle d’Alexis Kohler, conseiller et proche d’Emmanuel Macron, visé par deux plaintes par l’association Anticor pour « conflits d’intérêts » et « corruption passive », et en qui il a renouvelé sa « confiance » ce 22 août.

Cette arrogance présidentielle génère un sentiment de rejet de plus en plus fort dans l’opinion : le sondage Elabe pour BFMTV paru ce mercredi relève que 60% des sondés estiment que la politique de l’exécutif « dégrade leur situation personnelle » quand 54 % se déclarent « déçus par l’action d’Emmanuel Macron » et seulement 14% satisfaits (sondage Elabe pour BFMTV.

Une opinion publique de bien mauvaise augure pour les élections européennes qui s’annoncent en mai et sur lesquelles, le président Macron, principale figure publique de son parti, La république en Marche, jouera non seulement sa légitimité mais également la viabilité de sa formation politique, principale espoir de la bourgeoisie pour résoudre la crise institutionnelle et de l’effondrement du bipartisme.

Outre les sondages, les signaux économiques sont plutôt mauvais : les perspectives de croissance pour l’année 2018 ont été revues à la baisse (1.8 % contre les 2 % prévus) faisant craindre des coupes budgétaires plus franches pour maintenir le déficit au-dessous des 3% du PIB ; De plus, les chiffres du chômage sont en hausse de 0.1% au deuxième trimestre 2018. Des données sur lesquelles le gouvernement manque bien de communiquer en dépit de sa rhétorique des résultats et de l’efficacité…

La grande inconnue : la nature de la réponse sociale face à Macron

Après une année d’exercice, le macronisme est marquée par des signes d’épuisement prématurés, une crise de légitimité, une base sociale de plus en plus restreinte, qui vont rendre plus périlleux la mise en place de ce deuxième round de réformes antisociales. Si fenêtre d’opportunité il y a, reste la grande inconnue de la réponse sociale qui va lui être apportée pour l’en empêcher.

Les mobilisations étudiantes d’un côté, cheminote de l’autre, lors du printemps dernier ont su montré la combativité dont est capable notre classe. Elles ont eu aussi la capacité de révéler les mensonges de la communication gouvernementale – sur Parcoursup, sur la réforme du Rail –, ainsi que le double-jeu délétère des directions syndicales, sourdes à leurs adhérents cheminots opposés à la réforme et prêts à la combattre, qui ont décidé d’un calendrier de grève du 2 jours sur 5 qui a finalement ménagé l’exécutif.

Les réformes sociales du gouvernement ont un caractère d’autant plus explosif qu’elles vont toucher de larges pans du salariat – on pense notamment à celle des retraites ou de l’assurance-chômage. Si la méthode voulue par Macron, notamment à l’égard des syndicats, est la même que lors de la réforme du marché du travail ou du rail, la réponse apportée par les travailleurs devra, elle, être tout autre : l’interpellation des directions syndicales pour lancer un mouvement d’ensemble, l’auto-organisation pour pouvoir se donner les moyens de mener la bataille jusqu’à son terme, et avec nos outils – la grève et la manifestation. Face à la radicalité d’un gouvernement, pourtant fortement discrédité, la victoire est possible. Reste à aller la chercher…




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