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Politique

Le banquier talonne le châtelain

Macron, candidat du travail, mais pas des travailleurs

Crédits photo : PHILIPPE DESMAZES/AFP Un millier de personnes dans la Nièvre ce 6 janvier, des sondages particulièrement élogieux : le candidat Emmanuel Macron voit sa bonne étoile briller sous le ciel des sondages. Celui qui se dit « hors des partis » et qui veut faire une « révolution » commence à inquiéter tous les représentants des partis politiques traditionnels, à commencer par François Fillon et les candidats de la primaire de la gauche. Si cette dynamique montre une réelle rupture, notamment du « peuple de gauche » avec le parti de Solferino, le programme du fondateur d’En Marche ! ne saurait se faire passer pour ce qu’il n’est pas : loin d’être le candidat des ouvriers et des quartiers populaires, l’ex-banquier de Rothschild n’a toujours fait que proposer un programme social-libéral dans la continuité du bilan d’Hollande, qui favorise actionnaires et les PDG au détriment des travailleurs.

Le candidat ne cesse d’écumer la France : Nevers dans la Nièvre, Clermont Ferrand, après le meeting de Paris qui a rassemblé 10 000 personnes, les échéances s’enchaînent, et placent petit à petit Macron dans une position de plus en plus centrale de l’échiquier politique, au point où certains sondages le placent même au second tour. Une dynamique fulgurante que l’ex-ministre du gouvernement Hollande avait d’ores et déjà bien préparé pendant la primaire à droite. Son ascension est telle que Fillon commence à redouter sa capacité l’engouement que Macron suscite chez libéraux : face à Fillon et au choc ultra-libéral que propose le candidat de la droite, admirateur de Margaret Thatcher, Emmanuel Macron s’est présenté comme un social libéral, se moquant ouvertement des propositions « insensées » du député de Paris. Ainsi, il a rembarré la proposition « de dérembourser certain soins, un projet partial, injuste et inefficace » durant son meeting à la grand halle d’Auvergne. Cependant, son projet pour la Sécurité Sociale n’est pas plus reluisant pour les classes populaires : en proposant de supprimer les cotisations maladie et chômage pour les remplacer par une hausse de CSG, Macron espère surtout mettre fin à la Sécu par un autre moyen, plus pernicieux. Un moyen pour faire peser son financement toujours plus sur le travail, les salaires, et d’alléger son coût pour le capital, les entreprises.

Emmanuel Macron semble cependant en train de trouver une base sociale pour un programme qui a toujours plu à la Bourse et au milieu financier dont il vient. En effet, ses propositions, qui cherchent à faire de lui le « candidat du travail » en s’adressant aux classes moyennes sont pour beaucoup de vieilles recettes dont usait allégrement le candidat Nicolas Sarkozy en 2007 : sa proposition de supprimer les cotisations sociales (qui sont inclues dans le paiement du salaire par l’entreprise) en transférant le financement de la sécurité sociale sur la CSG aura pour effet, à première vue, de faire augmenter les salaires et de redonner de la « valeur au travail ». Mais, en réalité la mesure aura mécaniquement pour effet de réduire ce financement et mettra en péril le fonctionnement de cette assurance collective : l’organisation de sa faillite permettra ainsi de justifier sa casse et la réduction des prestations sociales – déremboursement, augmentation de l’âge de départ à la retraite, restriction des allocations chômages -, cette partie différée du salaire. Des recettes que les gouvernements précédents, de droite comme de gauche, de Juppé en 1997 à Lionel Jospin, un an après, ont d’ors et déjà progressivement instauré et que Macron ne propose que de systématiser.

Celui dont la loi éponyme a résonné dernièrement dans l’actualité, après l’imposition, couteau sous la gorge, du travail le dimanche dans les grands magasins, se veut être le candidat des quartiers populaires, le candidat des chauffeurs Uber qui prennent des risques et « veulent travailler ». Ses propositions sur le temps de travail ne peuvent que laisser très songeurs : plus de 35 heures pour les jeunes, moins pour les personnes proches de la retraite. Il s’agit ici encore une fois de détricoter des acquis emblématiques, comme sur le temps de travail, par le petit bout, par des réformes « dans l’air [libéral] du temps ».

Cette recette Macron, qui se pense avant tout contre une recette Fillon, n’est pourtant pas bien différente : avec Macron, le banquier qui défie le châtelain, les salariés perdent toujours. En effet, s’il propose une sorte de nouveau compromis social, comme celui de Sarkozy « travailler plus pour gagner plus », ou celui de Chirac qui voulait « résorber la fracture sociale » ce n’est que pour mieux s’arroger des voix qu’il laissera vite tomber pour une politique au profit du CAC40. En effet, contre le monde du travail, c’est avant tout un prolongement de la lutte contre le système social français, un prolongement pensé dans la continuité de la loi-travail, que propose Macron. Un programme au service du patronat donc, qu’aucun maquillage au monde ne pourra masquer.




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