^

Politique

Le vernis culturel de la directive Collomb

Macron demande à Benjamin Stora d’inviter les migrants au théâtre pour mieux les gazer après

Nouvelle prise de guerre de la macronerie qui pratique la débauche encore mieux que Sarkozy à l’époque de « l’ouverture ». La ministre de la Culture, François Nyssen, a confié à Benjamin Stora, ancien gauchiste, ancien soixante-huitard, historien de l’Algérie et de l’immigration, président du directoire du musée de l’Histoire de immigration, une mission de « coordination de l’action culturelle en faveur des migrants » dans les établissements nationaux. La copie est à remettre avant l’été. D’ici-là, Macron et Collomb auront eu le temps de gazer, matraquer et expulser à loisir.

Il y a des situations comme celles-là où plus la ficelle est grosse et plus elle est censée passer inaperçue. Au moment même où la circulaire Collomb demande aux flics d’aller pourchasser les migrants jusque dans les centres d’accueil, sa collègue à la Culture, François Nyssen, trouve que ce serait sympa de demander à « un homme de gauche » d’étudier la façon dont on pourrait « intégrer les migrants à travers la culture ». Dans l’histoire, bien entendu, c’est Benjamin Stora qui joue le rôle d’idiot utile (ou d’arriviste prêt-à-tout, c’est selon).

Il s’agirait donc, selon l’ordre de mission qui a été confié à Stora, de « développer l’accès des migrants aux arts et à la culture », consentir aux artistes migrants de « poursuivre leur activité sur le territoire français » et « contribuer à l’évolution des regards portés par notre société sur les populations migrantes ». Pour cela, comme le rappelait la ministre lors de ses vœux au monde de la culture, mardi, à Nantes, il faudrait que les théâtres publics réservent des places aux migrants mais puissent aussi leur « proposer des ateliers » afin de « rendre à ces personnes le droit de vivre normalement, à côté des procédures, des démarches, des files d’attente ». Aller voir Molière pour se changer les idées, en quelque sorte : voilà un peu la philosophie de Nyssen.

Pendant que le gouvernement asperge les migrants de gaz au poivre dans le Calaisis, que les CRS matraquent les mineurs entre la Gare du Nord et La Chapelle, la ministre a donc trouvé que ce serait de bon goût que de remédier au fait que les migrants représentent, selon la rue de Valois, le secteur de la population le plus éloigné de la culture. Étant déjà éloignés, manu militari, de la possibilité d’avoir un toit, un repas chaud et des conditions de vie dignes, on imagine bien qu’ils et elles le sont également des théâtres, des cinémas et des musées. Ce que feint de ne pas interroger la patronne des Editions Actes Sud, c’est que c’est son gouvernement qui en est responsable.

La mission imaginée par Nyssen est aussi une façon de considérer que le « monde de la culture » en tant que tel (qui recoupe des réalités absolument diverses, entre les gros producteurs, les hauts fonctionnaires et les propriétaires des grandes galeries, d’un côté, et les artistes et autres intermittents, de l’autre) aurait attendu Madame la ministre pour s’engager sur le terrain de la solidarité. Non seulement c’est insultant, mais de surcroît faux. La CGT Spectacle a, pour sa part, dénoncé la « contradiction scandaleuse » entre la mission confiée par Françoise Nyssen à Benjamin Stora. « Nous renvoyons la ministre à ses contradictions et exigeons la régularisation et un accueil digne des migrants, en particulier de nos collègues, a ainsi affirmé la fédération dont certains militants ont contesté la cérémonie des vœux, mardi. Nous ne serons pas instrumentalisés pour une opération de communication visant à blanchir le gouvernement de sa politique honteuse ! ».

Invité sur France Culture, à la mi-journée, jeudi, Stora quant à lui s’est défendu de toute instrumentalisation. Reprenant un discours éculé et digne, pour le coup, du temps de Jules Ferry et des colonies, il a insisté sur le fait que le but de sa mission était avant tout « d’alphabétiser » les migrants à travers la culture (confondant grossièrement apprentissage de la langue française et alphabétisation), de façon à ce qu’ils soient mieux « intégrés ». Sans jamais dire un mot, bien entendu, du fond du problème : à savoir la politique ultra-répressive de Macron et Collomb, que ce soit dans le Nord, dans la capitale ou la vallée de la Roja.

L’invitation tombait par ailleurs au bon moment puisque, profitant, au passage, de la commémoration du cinquantième anniversaire de 68, Stora, ancien lambertiste, a fait de la retape pour son dernier ouvrage sur le Joli mois de Mai et ses conséquence. Le titre est éloquent : 68 et après. Les héritages égarés. Que l’on se rassure, ce n’est pas le cas de Stora. Il n’est pas égaré. Il s’est tout simplement fait acheter. Et il rejoint, avec Daniel Cohn-Bendit ou Romain Goupil, le chenil de la macronerie.

[Crédits photo : AFP/Philippe Huguen. Un migrant au sol face à des policiers le 1er juin 2017 à Calais]




Mots-clés

LREM   /    Gérard Collomb   /    Emmanuel Macron   /    Violences policières   /    Réfugiés   /    Immigration   /    Politique