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Macron dévoile son programme anti-terroriste… et ça fait peur

Crédit Photo : Eric Piermont / AFP Emmanuel Macron a dévoilé son programme de « lutte contre le terrorisme ». La feuille de route qu’il a livrée s’inscrit dans le plus pur style réactionnaire.

On savait déjà qu’Emmanuel Macron aimait entretenir les ambiguïtés pour mieux ratisser large. Et son programme sur le terrain de la lutte antiterroriste et de la diplomatie française vient encore une fois le démontrer. Soucieux de se construire une image « progressiste », Macron était resté plutôt évasif sur ces sujets, et était même allé jusqu’à faire des sorties médiatiques sur la colonisation qu’il avait qualifié de « crime contre l’humanité ». Mais derrière ces coups d’éclats, la feuille de route qu’il a livré ces derniers jours sur la lutte antiterroriste et la Syrie démontre, s’il était permis d’en douter, que celui-ci s’inscrit bien dans la continuité des politiques liberticides et impérialistes menées depuis plusieurs décennies.

Daesh, un prétexte pour la surveillance de masse ?

 
Sur la question de la lutte contre le terrorisme, Macron compte bien, comme le gouvernement dont il a fait partie, continuer à l’instrumentaliser pour limiter drastiquement les libertés publiques. Et celui-ci s’est même livré à une surenchère sécuritaire inquiétante. Dans son viseur, il y a le cryptage de « bout en bout » que permettent de plus en plus d’applications telles que WhatsApp ou Telegram. Celui-ci exige que l’Etat français puisse avoir accès sur demande à l’ensemble de ces communications. Or, la législation sur le sujet permet déjà, depuis 2004, de contraindre n’importe quelle entreprise à communiquer ses données en cas d’enquête antiterroriste. Le problème, c’est que les cryptages dits de « bout en bout » sont faits pour ne pas… être décryptés justement, que seuls les utilisateurs détiennent les clés de chiffrement et cela nécessite un long et coûteux travail pour casser ces clés. Pour rendre possible ce que veut Macron, l’idée d’un accès sur demande, il faudrait donc soit abaisser le niveau de cryptage, voire le supprimer, ou implanter des « backdoor », des sortes de portes d’accès pour contourner le chiffrement.

Outre les problèmes de sécurité que cela poserait, des pirates pouvant s’introduire dans les portes d’accès (« backdoors »), cela ouvrirait la possibilité d’un espionnage de masse pour l’Etat français qui aurait accès quand il le voudrait aux données qui l’intéresse. C’est d’ailleurs après les scandales d’espionnage de masse aux Etats Unis que le cryptage de « bout en bout » a été progressivement mis en place. Si Macron ne s’est pas prononcé en faveur de cette mesure, difficile de croire qu’il ignore à ce point le sujet. Il est bien plus probable que cela soit une manière détournée d’avancer l’idée d’un programme de surveillance de masse, mais sans se dévoiler totalement. Un programme qui serait cohérent avec ce qu’il a avancé jusqu’ici, à savoir le renforcement drastique des moyens de renseignement de l’Etat français.

Un alignement sur les politiques réactionnaires

 
En revanche, sur ce terrain de lutte antiterroriste, Macron n’aura pas dit un mot sur l’état d’urgence permanent qui règne en France depuis les attentats de novembre 2015, et sur toutes les politiques islamophobes qui les ont accompagnées. Il n’aura rien dit sur les milliers de perquisitions et d’arrestations arbitraires faites sous l’état d’urgence. Rien sur les interdictions de manifestation. Rien non plus sur la déchéance de nationalité, qu’il présentait jusqu’alors comme la principale raison de son départ du gouvernement. Un silence qui en dit long sur les réelles intentions de Macron. L’ancien banquier de Rothschild, dont la qualification au second tour des présidentielles n’est pas encore totalement acquise, tient à rassurer sur ce terrain. Il continuera et amplifiera donc bien la politique liberticide et islamophobe justifiée depuis des années au nom de la « lutte contre le terrorisme ».

Dans la même veine mais sur un autre terrain, Macron s’est également prononcé pour le renforcement des interventions françaises. Après l’attaque au gaz commise par El-Assad, celui-ci s’est prononcé pour le bombardement de la Syrie et a expliqué qu’il fallait parfois faire la guerre pour avoir la paix. Une rhétorique guerrière dans le plus pur style de la diplomatie néo-conservatrice, celle-là même qui a forgé un terreau de barbarie et de misère sur lequel les groupes les plus réactionnaires comme Daesh grandissent. D’ailleurs, il n’est pas étonnant que celui-ci compte consacrer 2% du PIB au budget de la Défense.

Dès lors, on comprend mieux pourquoi Macron a tant tardé à dévoiler son programme en matière de lutte antiterroriste, tant celui-ci vient faire voler en éclats le clivage entre « progressistes » et « conservateurs » qu’il cherche à instaurer. Au contraire de l’image qu’il cherche à se donner, le programme de Macron est bien aligné sur les projets les plus réactionnaires des classes dominantes et de l’impérialisme français.




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