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Politique

Rien n’est joué

Macron élu, sa légitimité reste encore faible

65,8 vs 34,2. Sur le papier, le résultat semble sans appel. Cependant, rarement on aura vu un second tour avec un tel score pour le président élu, quoique bien inférieur à celui de Chirac en 2002 face au père Le Pen mais si peu d’enthousiasme dans les rues et un tel niveau d’abstention et de votes blancs. Le second parti de France, ce n’est pas celui de Marine Le Pen, mais celui du rejet du banquier-président avant même qu’il ne rentre à l’Elysée.

Crédits photos : Benoit Tessier/Reuters

Ce n’est pas faute d’avoir insisté et fait pression, depuis les chaînes télé, la presse régionale et nationale, les « ténors » des Républicains jusqu’au Premier secrétaire du PCF, jusqu’ à Philippe Martinez, secrétaire confédéral de la CGT : l’appel à voter massivement pour Macron n’a pas marché. Et c’est une bonne chose.

C’est une bonne chose au vu de la première déclaration de Macron, peu après 21h. Malgré les apparences, le discours de victoire de Macron n’a pas été absolument vide, censé contenter tout le monde. Il a été clair sur plusieurs dossiers centraux : il sera fidèle aux engagements impérialistes de la France, sur les terrains d’opération extérieure et dans la lutte contre le « terrorisme » aussi longtemps que cela sera nécessaire ; et en remerciant celui qui lui a mis le pied à l’étrier en politique, François Hollande, le président le plus détesté de l’histoire de la V° République, c’est une façon de dire que ce sera cette politique, mais puissance mille, qu’il compte mettre en œuvre.

C’est une bonne chose au vu des premières déclarations des lieutenants du nouveau président, de ses soutiens de la dernière heure, de ceux qui entendent monter dans le train du gagnant avant qu’il ne soit trop tard. Richard Ferrand, symbole du transformisme en politique, passé du PS à En Marche ! et principal porte-parole de Macron s’est dit « impatient d’agir pour libérer l’économie, pour protéger les individus, pour réconcilier les Français avec la politique ». On ne saurait être plus clair. Des « socialistes » à la droite, de Vallaud-Belkacem à Le Maire en passant par Royal, tout le monde a emboîté le pas, jusqu’à Cazeneuve, actuel Premier ministre, appelant la « gauche de gouvernement à apporter son soutien à Macron ». Mais la crise de régime dont le second tour a été l’expression est loin d’être close.

Ce qui se joue dès ce soir, c’est la question de la future majorité au Parlement. Beaucoup, dans les secteurs les plus lucides de la bourgeoisie, craignent qu’elle soit aussi solide que sous la IV° République, à savoir mouvante et friable. Pour qui souhaite gouverner par ordonnance, le problème est entier.

Face au gagnant et forte d’un score qui multiplie par deux celui du père, en 2002, Le Pen et les siens souhaitent se présenter comme la première opposition. Poursuivant dans la veine du discours pseudo-social du FN, Philippot entend se dresser contre la « casse sociale » annoncée par Macron dans son programme. Conscient tout autant du problème du plafond de verre de son score comme de l’opportunité historique qu’ouvre la fragmentation de la droite, Marine Le Pen, elle, en appelle à la fondation d’une nouvelle force politique, l’union des patriotes pour peser en vue des législatives. Les déclarations de Dupont-Aignan affirmant vouloir des listes indépendantes du FN pour les prochaines législatives, illustre déjà les difficultés à venir pour la candidate du Front National.

Dans les deux cas, ce qui est sûr, c’est que l’opposition au prochain exécutif, quel que soit la couleur, sans doute très libérale et anti-populaire de la future majorité, qu’elle soit homogène ou composite, ne peut en aucun cas être laissée aux mains de l’extrême droite, le pire ennemi des travailleurs. Le Pen réalise en effet le meilleur score de l’extrême droite à des élections et parmi les dix millions d’électeurs qui ont voté pour elle, tous ne sont pas des racistes et xénophobes convaincus, beaucoup se trompent de colère. Et laisser progresser encore et encore l’extrême droite serait catastrophique.

Le score de la France Insoumise au premier tour des présidentielles, celui de l’extrême gauche, bien plus modeste, le niveau d’abstention et de votes blancs et nuls au second tour indiquent combien, en dépit de la défaite du printemps dernier, la crise de représentation politique, la crise sociale et les phénomènes de résistances à une crise économique que l’on veut nous faire payer, restent vivaces. La question qui se pose, aujourd’hui, c’est comment faire pour combattre l’orientation macroniste dont nous avons déjà eu un aperçu lorsque le président élu était à Bercy ; comment faire pour engranger des premières victoires qui font cruellement défauts depuis 2006, situation qui explique, par plus de 35 ans de politiques anti-sociales, la façon dont l’extrême droite a progressé chez les classes populaires.

La période qui s’ouvre s’annonce rude en promesses d’attaques maquillées en « libération de l’économie et du travail » mais aussi en impératifs de lutte si l’on veut faire ravaler à Macron ses intentions. La période qui s’ouvre s’annonce dans la droite ligne de ce que l’on nous a servi jusqu’à présent, en plus résolu encore, sur le plan social comme liberticide. A l’occasion de l’appel à manifester du 8 mai contre le candidat-élu de la banque, du Medef et du système, 69 militant-e-s ont déjà reçu une interdiction de manifester qui leur a été délivrée par la police, indiquant combien ce régime porte en lui l’autoritarisme et fait le lit du lepénisme.

Dès demain donc, c’est en organisant de la façon la plus large possible, en toute indépendance des appareils de ceux qui ont gouverné pour le plus grand bénéfice de la bourgeoisie, que l’on doit appeler nos organisations syndicales et politiques à prendre leurs responsabilités. A commencer par celles qui ont alerté quant aux dangers de l’extrême droite mais également du macronisme qui a fait son jeu. Appeler à se mobiliser pour veiller à ne pas accorder un seul jour de trêve à Macron et à décréter l’état de vigilance social et politique. Pour planifier la façon dont nous aurons à construire le rapport de force, sur les lieux de travail, les lieux d’étude et de quartier, contre ce président « En Marche » qui veut nous mettre au pas.

Des structures syndicales ont déjà commencé à poser la question de la riposte, dans la continuité des cortèges « Ni Le Pen-Ni Macron », qui ont rythmé le 1er mai, comme des manifestations lycéennes. C’est en ce sens que des mobilisations ont été appelées ce 8 mai, dans un certain nombre de villes en France, comme à Paris ou au Havre, pour préparer la riposte face au prochain gouvernement.




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