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Politique

« Toutes les paroles ne se valent pas »

Macron en guerre contre les « fakes news » ou la presse alternative ?

L'annonce a fait grand bruit sur les réseaux sociaux et ailleurs. Emmanuel Macron, lors de ses vœux à la presse, a en effet déclaré vouloir renforcer l'arsenal juridique, par le biais d'un projet de loi, pour lutter contre les « fake news » lors des échéances électorales.

Crédits photo : Maxppp - LUDOVIC MARIN

S’agit-il de la première polémique estampillée 2018 pour Emmanuel Macron ? L’annonce du renforcement de l’arsenal judiciaire contre les « fake news » sur internet. « J’ai décidé que nous allions faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles » en « période électorale » a ainsi déclaré le « président des riches » avant de poursuivre. « Les plateformes se verront imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus. »

Le projet de loi devrait donner les coudées franches aux juges, avec de nouveaux pouvoirs qui s’apparentent clairement à de la censure. Le texte sera présenté et voté avant la fin de l’année 2018, et la menace est explicite : « En cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge au travers d’une nouvelle action en référé qui permettra, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur, voire de bloquer l’accès au site Internet » a ainsi expliqué Macron alors que le CSA devrait voir lui aussi ses pouvoirs renforcés.

C’est en écoutant le discours de Macron pour justifier de telles mesures que les potentielles dérives apparaissent clairement. « Toutes les paroles ne se valent pas » a ainsi déclaré le président de la République, se gardant bien de préciser qu’elles seront les critères de « validation », ou même comment seront « jugées » les paroles de tel ou tel site internet d’information. Ce qui est sûr, c’est que Macron lui même sera particulièrement attentif sur le sujet : « Je lis, j’écoute, je regarde » a t-il ainsi affirmé. De plus, l’annonce a été faite que les « sponsorisations » sur les réseaux sociaux, auxquelles ont recourt les médias alternatifs pour chercher à visbiliser un maximum leurs articles, seront limités. Difficile de faire plus explicite.

Du côté des médias dominants, ceux qui ne seront sans doute pas concernés en premier lieu par ces nouvelles dispositions, deux éléments sont particulièrement mis en avant pour faire passer la pilule. Il y a d’abord la question des ingérences russes lors des élections présidentielles américaines, dont Macron voudrait se prémunir. Occultant le fait que Donald Trump lui même a fourni des informations secrètes à la Russie, et est donc directement impliqué, il s’agit avant tout d’agiter un épouvantail faisant passer cette réforme pour une forme de « protectionnisme » censée défendre la « démocratie ». Il y a ensuite le sempiternel argument de la « neutralité journalistique », censée présenter un point de vue totalement objectif et, en substance, apolitique. La lecture quotidienne du Figaro, de Valeurs actuelles ou quelques minutes devant un JT de BFM TV suffisent à comprendre toute l’hypocrisie d’un tel argument.

Qu’on ne s’y trompe pas, ce sont bel et bien les médias alternatifs, non financés par les quelques milliardaires qui détiennent la quasi totalité des grands médias hexagonaux, qui sont directement visés par cette réforme. Une politique qui s’inscrit de plein pied dans le tournant autoritaire des plus hautes sphères de l’Etat français, largement entamé sous la présidence Hollande et qui se poursuit sous le règne du monarche Macron.




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