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Politique

Pour gouverner par ordonnance

Macron en marche pour briser la droite

Le sacro-saint graal. L’Elysée n’était qu’une première étape. Depuis, Emmanuel Macron déroule son plan de bataille pour atteindre un objectif stratégique : la majorité parlementaire. Pour cela, la première mission du nouveau premier ministre est de briser la droite.

@ PATRICK KOVARIK / AFP

Évoqué avec insistance depuis plusieurs jours, le choix d’Édouard Philippe n’était plus une surprise au moment de son annonce. Pourtant, nombreuses ont été les heures pendant lesquelles les journalistes ont attendu l’annonce du nouveau secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. Une annonce qui a été particulièrement lapidaire et qui aura été faite en une dizaine de seconde.

Si le côté expéditif reste pour le moment un mystère, les raisons du retard semblent avoir fuité. C’est la composition du futur gouvernement qui a été discutée entre Macron et son nouveau premier ministre. « Le président voulait partir serein à Berlin. Or il s’agit d’une équation complexe et subtile, que nous voulions régler avant d’annoncer la nomination », affirme son entourage.

Particulièrement chaleureuse, la passation de pouvoir entre Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe a elle aussi été particulièrement réfléchie. Le premier s’est affirmé de gauche, le second par deux fois de droite. Comme s’il s’agissait, là aussi, d’entretenir un savant équilibre, aussi subtil que complexe. Ce premier ministre de droite, c’est le premier étage permettant de dévitaliser les Républicains.

Et l’opération visant à déstabiliser la droite après avoir tué dans l’œuf le PS a donné son premier résultat. Edouard Philippe, le mieux placé pour être le premier ministre de Juppé à l’automne dernier, est finalement celui Macron. Mais loin d’être une opération d’ouverture le nouveau chef du gouvernement insistait fortement le soir même sur TF1 être « dans une logique de recomposition ».

Cette logique de dévitalisation, par la prise de guerre de la jeune pousse des Républicains, formant ainsi le plus jeune exécutif depuis le couple Giscard-Chirac de 1974, est fondamentale dans l’opération pour fracturer les Républicains. Celle-ci se combine avec une droitisation de son discours dont l’objectif est de rendre plus difficile la mobilisation des électeurs de droite contre le « péril » macroniste.

Dès lors LR et l’UDI, bien en difficulté, se sont préparés à pointer une démarche « individuelle », afin de banaliser son impact. Pour le moment, malgré les difficultés, ou encore l’appel d’une vingtaine d’élus lemairistes et juppéistes, l’unité autour des candidats de la droite et du centre tient. La ligne officielle reste celle d’obtenir une majorité absolue et d’imposer ainsi à Macron une « coexistence ».

Préférant éviter tout risque d’implosion prématuré, le parti de droite est contraint à adoucir sa ligne en affirmant qu’elle n’exclurait pas les transfuges qui auraient rejoint le gouvernement. Mais du point de vue de l’aile « modéré », c’est un autre scénario qui se précise. Celui d’une scission pure et simple leur permettant d’organiser un groupe prêt à prendre sa place dans le paysage macroniste.

Ce divorce entre l’aile juppéiste et lemairiste avec l’aile « radicale » des Républicains, sur fond de clarification idéologique, c’est justement le projet de Macron. LR se trouve ainsi devant une alternative simple : gagner largement ou exploser. Pour réaffirmer ce propos, Baroin a expliqué que « la recomposition interviendra sur la base du choix des Français » lors des prochains scrutins.

En parallèle, La République en Marche a annoncé une nouvelle liste de 511 candidats investis pour les législatives, qui inclut notamment les noms de nouveaux candidats issus du MoDem. Numéro deux du parti centriste, Marielle de Sarnez, se voit ainsi investie à Paris. Les rodomontades de Francois Bayrou semblent avoir été entendues. La dernière vague « interviendra d’ici le milieu de la semaine ».

Avec cette prise de guerre, Emmanuel Macron lance son opération en deux temps, d’abord le gouvernement, pour entrainer une dynamique en vue des législatives. Edouard Philippe est chargé en tant que premier ministre de mener la campagne des législatives contre son propre camp. Il annoncera par ailleurs son gouvernement mardi en fin d’après-midi.

La semaine dernière, Macron a débuté les consultations. Mardi, il s’était longuement entretenu avec l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, et lui aurait proposé d’entrer au gouvernement. D’autres se sont affichés comme disponibles, comme François Bayrou ou Jean-Yves Le Drian. « Collomb, Ferrand et Castaner auront sûrement leur place aussi », estime un membre du comité politique.

A droite, Édouard Philippe est venu à Matignon avec des noms. Certains lemairistes et juppéistes tendent désormais la main à Emmanuel Macron. Pour lui, l’enjeu est maintenant de trouver le point d’équilibre pour faire apparaître un gouvernement « équilibré ». A l’approche de la campagne, c’est une majorité parlementaire absolue que Macron vise. Une majorité pour gouverner par ordonnance.




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