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Politique

Législatives 2017

Macron en opération séduction pour les législatives

À quelques jours du second tour, et alors que les sondages présagent une probable victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle, rien n’est gagné pour les législatives et la constitution d’une majorité de gouvernement. Et le silence sur les noms des candidats investis pour En Marche aux législatives commence à être de plus en plus pesant.

Le 6 avril dernier, Emmanuel Macron présentait sur le plateau de France 2, les quatorze premiers candidats aux législatives, sélectionnés sur les 15 000 candidatures envoyées au QG du « mouvement ». Parmi ces quatorze « membres de la société civile », présentés comme un sorte de vitrine d’un renouvellement, il est surtout question de faire du neuf avec du vieux. Pas de grosses têtes d’affiche, bien entendu, mais pour beaucoup du personnel de la haute fonction publique ayant déjà fréquenté de près les sphères du pouvoir. On pouvait ainsi trouver parmi les heureux désignés l’ancien patron du RAID, Jean-Michel Fauvergue, l’adjointe au maire LR de Toulouse Elizabeth Toutut – Picard, directrice adjointe du CHU de Toulouse, Mounir Mahjoubi, engagé dans les campagnes numériques de Ségolène Royal en 2007 et de François Hollande en 2012 ou Hugues Renson ex-conseiller de Jacques Chirac aux affaires sociales.

Reste que depuis le 6 avril dernier, le temps doit être long pour les 15 000 candidats qui attendent que soit révélée la liste des 577 noms. Pour Macron, gagner du temps lui permet surtout de jouer à l’équilibriste : d’un côté, ne pas décevoir les aspirations au « renouvellement » des visages en politique de sa base sur lequel il a construit sa popularité, et de l’autre, gagner des figures suffisamment implantées dans le paysage politique pour pouvoir se constituer une majorité large.

Et à ce jeu, le meilleure outil reste encore la montre. En remettant à l’après second tour la liste des candidatures, comme le recommande François Bayrou rallié à Macron, il se laisse du temps pour convaincre les plus tentés du Parti Socialiste d’abandonner leurs étiquette politique et de le rejoindre. Aux socialistes, il fait de plus en plus clairement des appels du pied. N’étant pas prêt à faire de Valls son premier ministre comme ce dernier le proposait, Macron s’est dit malgré tout prêt, réponse sous forme de provocation, à l’accueillir au sein de sa majorité s’il quittait le Parti Socialiste. Une stratégie qui commence à payer sur sa gauche à en croire les récentes déclarations de Valls, de Le Foll et de Cambadélis sur la mort annoncée du PS qui sentent le départ définitif du radeau PS. Il faut dire que la débâcle du 1er tour pour le PS donne des envies de sauve-qui-peut dans les rangs de Solférino. Et c’est comme si le parti organisait déjà la débâcle pour sauver les ténors du PS ralliés à Macron : dans les circonscriptions où les députés socialistes ont rejoint le candidat d’En Marche, Solférino envoie les écologistes au casse-pipe.

Mais cette logique-là pèse également sur la droite. Alors que François Baroin, désigné « chef de file du comité de campagne de la droite et du centre » multiplie les déclarations pour faire tenir une droite tiraillée entre ceux qui sont prêts à travailler avec Macron et les autres, c’est Jean-Louis Borloo de l’UDI qui vient de proclamer son soutien « total » à Emmanuel Macron et de lui proposer ses « services ». « J’ai demandé l’exclusion de tous ceux qui appellent à voter FN – ou tout sauf Macron y compris Le Pen – et ceux qui partiraient chez Macron » a déclaré François Baroin ce mardi 2 mai, histoire de ressouder les rangs ébranlés par les divisions sur la stratégie à mener pour le second tour. Certains, parmi les Républicains verraient pourtant d’un bon œil la constitution d’une droite allant de « Macron à Wauquier ». Pour l’instant, Baroin ne tranche pas sur l’issue des législatives et la possibilité de mener soit un gouvernement de cohabitation avec Macron ou pour les plus tentés, un gouvernement de coalition large.

En fin de compte, si la bataille de la présidentielle s’avérait concluante pour Macron, rien n’est moins sûr pour les législatives. Il pourrait en effet pâtir, soit d’un trop grand renouveau des candidats, soit d’un trop grand recyclage des apparatchiks du Parti Socialiste décrédibilisés par le gouvernement Hollande. Face à une droite encore timorée pour le rejoindre, des scores qui promettent d’être élevés pour le Front National, et l’opposition du Front de Gauche, ce dernier ne parviendra certainement pas à faire élire avec ses propres listes une majorité. Il lui faudra compter sur un report de voix des socialistes et de la droite, voire à mener des alliances dans le cadre de triangulaire qui devraient être nombreuses. Une situation ouvrant la voie à une grande recomposition de l’échiquier politique et à de nouvelles fractures, à gauche comme à droite.

Quelque soit les incertitudes qui planent sur une future majorité parlementaire, une chose est sûre : avec Macron, ça sera bien du réchauffé. La continuité des politiques ultra-libérales - en pire ! - et en prime avec un casting qui risque de ne pas beaucoup changer. Une combinaison qui est justement celle qui a contribué à faire monter inexorablement le FN dans les sondages depuis des décennies. Vous avez parlé de "barrage" ?




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