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Politique

La caricature de Jules Ferry en direct sur TF1

Macron enfile son costume de maître d’école et nous délivre sa leçon de morale

« Un conte pour enfants » ? Pire encore. Une mauvaise leçon d’instruction civique comme savait en délivrer l’école de la IIIème République, quand il fallait filer droit et apprendre à lire et à compter pour le plus grand bonheur du patronat. Avant d’aller se faire trouer la peau pour le compte des marchands de canon.

On connaît l’appétit de Macron pour les parallèles. Dans la salle de classe de CP de l’école de Berd’huis, dans l’Orne, il a servi, au JT de 13h, une mauvaise ressucée troisième-républicaine d’instruction civique à destination des plus de 60 ans. Qui, évidemment, ne sont pas tombés dans le panneau.

Sur BFMTV, Clémentine Autain, députée France Insoumise, a démonté l’opération de com’ de l’Elysée en soulignant comment cette « salle de classe » avait été choisie par Macron pour « délivrer ses contes pour enfants ». De mauvais contes, en tous cas. Et, surtout, une mauvaise leçon troisième-républicaine d’instruction civique, mise en scène par celui qui affirme, avec ses ministres Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal, opérer des changements tels que ce n’était « pas arrivé depuis Jules Ferry », depuis les lois sur l’enseignement gratuit, laïc et obligatoire de 1881 et 1882. Rien que ça…

Censé tenir, « en même temps », de la modernité, ouverture sur le futur, et du rétablissement du « respect », bien traditionnel, le choix avait été fait d’une « école ultra-moderne », vantée à plusieurs reprises par Jean-Pierre Pernaut, qui a souligné les vertus « connectées » de la salle de CP du groupe scolaire de Berd’huis choisie par l’Elysée. C’est surtout une fiction d’école traditionnelle ressemblant davantage aux années 1980 qu’aux années 1880, que l’on a vue apparaître à l’écran, au fil de plans insérant quelques images de la cour de récréation avec un maître bienveillant encourageant d’une caresse dans le dos les enfants, des pupitres bien rangés avec des plumiers 2.0 en guise de porte-plumes, des travaux d’élèves en arrière-fond, une lettre bien calligraphiée pour le président-rock-star-à-qui-l’on-demande-un-autographe-en-fin-d’émission, et un plan aérien du terrain de hand-ball pour clôturer le tout. Un mélange bien composite et ultra-kitsch à l’image du message populiste macronien.

Pour bien faire comprendre qu’il s’agissait d’une pédagogie pour les crétins, le président des riches a répété, à plusieurs reprises, les concepts-clés de son discours : la base de l’ordre républicain, c’est de « respecter les règles. Quand les règles ne sont pas respectées, il faut les faire respecter » ; oui, aller jusqu’au bout » et « on ira jusqu’au bout », deux fois en deux secondes ; « les cheminots qui sont aujourd’hui cheminots resteront cheminots », et ainsi de suite. Une vraie pensée philosophique en béton armé. Des proverbes pour tableau noir.

Au point de finir sur un petit exercice de calcul mental : « si Monsieur Durand, qui habite la cambrousse, fait 40km en moyenne par jour, combien de temps met-il en plus si la limitation de vitesse passe de 90km/h sur les petites routes à 80 ? ». La réponse ? « Deux minutes », nous dit, avec un petit sourire en coin, un Macron-premier-de-la-classe, qui est tour à tour maitre et élève. « En même temps ».

Mais Ferry, ce n’est pas tant l’éducation laïque, gratuite et publique, déjà revendiquée par les socialistes saint-simoniens et appliquée par les Communards et les Communardes, en 1870. C’est une école au service du patronat, pour former une main d’œuvre qualifiée, éventuellement chair-à-canon, en plus de chair-à-patron, dans le cadre d’un projet de France impériale et coloniale. De ce point de vue, Macron tient bien de Jules Ferry, lui qui a revendiqué, à trois reprises, une « France forte », à savoir une France impérialiste et interventionniste, dans son arrière-cour semi-coloniale comme en Syrie. C’est également un projet d’embrigadement de la jeunesse, non plus symbolisée par la conscription troisième-républicaine mais par son « service national universel », que Macron a martelé, au fil de l’entretien.

Pour ceux qui n’auraient pas compris, la mission éducative de l’école, pour Macron, c’est de rendre possible qu’à la fin du CM2, tous les enfants sachent « lire, écrire et compter » et, surtout, « bien se comporter ». Comme il s’adressait tout particulièrement aux enfants issus de « familles modestes », on aura compris que Macron veut dresser la jeunesse, notamment les jeunes apaches.

En finissant, « en deux mots », sur les jeunes zadistes et les étudiants qui occupent les facs, Macron a un peu plus clarifié son projet éducatif 2.0 : pour les « professionnels du désordre », il n’y aura pas « d’examens en chocolat ». Avec une telle hauteur de vue, on se serait presque attendu à ce qu’il délivre à Pernaut un bon point ou une image, pour son 10/10 en conduite au cours de l’émission. Décidément, Macron-Ferry est bien l’ennemi n°1 des petits et des grands.




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