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Politique

La tentation autoritaire

Macron et l’Europe : les leçons de démocratie ne valent que pour les autres

Mardi, Macron a pris la parole au Parlement européen pour dérouler son projet de souveraineté européenne. Il a attaqué les « démocraties illibérales » qui se construisent à l'Est et les courants d'extrême droite, en faisant mine d'oublier son propre autoritarisme et son mépris de la démocratie.

Il fallait oser, il l’a fait : Macron en chantre de la démocratie, à Strasbourg, voilà une belle démonstration de mauvaise foi. Alors que l’évacuation de Notre Dame des Landes se fait avec des moyens militaires démesurés, que les CRS envahissent les AG étudiantes avec la violence que l’on sait, que le gouvernement ne tarit pas d’arrogance face à la grève à la SNCF, que la loi Asile installe dans le droit le mépris humain, Macron est venu dire à Strasbourg que l’Europe a besoin de démocratie. On savait les bourgeois portés sur le vaudeville, mais là c’est carrément Guignol.

En attaquant sur sa droite, le président a tenté de faire oublier les critiques – y compris au sein du Parlement lui-même – qui lui arrivent de la gauche : Macron essaie de nous faire croire que se joue un duel entre souveraineté européenne (celle qu’il appelle de ses vœux) et souveraineté nationale (celle de l’extrême droite). Mais la posture du démocrate soucieux des droits et de la liberté lui va bien mal, à moins qu’il ne faille préciser : des droits « de la classe dominante » et de la liberté « du marché et des patrons ».

S’il lui faut regarder tant à droite, c’est simplement parce qu’il veut se simplifier la tâche et imposer les coordonnées de ce qui sera le débat pour les élections européennes de 2019. Mais on connaît la tactique et à vrai dire, on n’oublie pas, nous, combien il tient en réalité à son « ennemi » d’extrême droite contre lequel il continue de se présenter comme une alternative supportable. Cette fausse confrontation est même la pièce maîtresse de tout le discours idéologique qui nous est servi depuis son élection.

Ce que Macron cherche à cacher, surtout, c’est que ce qui se joue, en France face à la répression policière tous azimuts, et au-delà en Europe, c’est le retour de la lutte des classes. Là est le véritable duel : entre la classe dominée et la classe dominante, dont Macron est l’émanation la plus aboutie, lui qui nous démontre chaque jour qu’il est prêt à user de tous les moyens – policiers – pour défendre les intérêts des patrons.

Crédit photo : Reuters/Vincent Kessler




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