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Politique

Isolement et opération de reconquête

Macron invite les présidents des régions à Matignon pour obtenir des relais pour ses réformes

Les présidents de région ont été invités à Matignon ce vendredi. Une tentative pour l'exécutif de renouer le dialogue avec des élus locaux de plus en plus en rupture avec sa politique.

Après de nombreuses coupes budgétaires dans le budget des collectivités et la suppression de la taxe d’habitation dont le revenu était alloué à celles-ci, le gouvernement cherche à résorber la fracture. Le climat s’était particulièrement tendu la semaine dernière avec la campagne #BalanceTonMaire lancée par les macronistes. Cet appel à la délation des mairies augmentant la taxe d’habitation pour pallier à l’asphyxie budgétaire (à l’image de la suppression des contrats aidés) était restée en travers de la gorge de beaucoup d’élus, déjà radicalisés par le début du quinquennat.

Or, malgré l’arrogance qui la caractérise, la macronie sait qu’elle ne peut pas tout se permettre. En effet, sa déconnexion croissante avec les « territoires » fait partie de ses faiblesses structurelles, elle qui a pour « parti politique » une organisation sans aucun ancrage local. C’est le sens du virage opéré par Macron qui a déclaré mardi lors d’une allocation télévisée vouloir s’appuyer sur « toutes les forces du progrès et de la réforme, les associations, les élus locaux, dans tous nos territoires. Et en particulier nos maires, qui sont les premiers porteurs de la République du quotidien ». En ce sens, le Financial Times écrivait hier que « reconstruire la relation avec les provinces sera crucial pour donner à Mr Macron le temps et le capital politique pour mener les réformes économiques sur lesquelles se basent sa présidence » [1].

Pour résoudre le problème d’isolement du pouvoir exécutif, le gouvernement compte en effet grandement sur les élections municipales. Obtenir des relais dans les villes et villages du pays est une question fondamentale pour le pouvoir en place. Une tâche qui n’est pas très bien partie, d’autant plus que l’étiquette LREM paye de moins en moins électoralement, et a plutôt tendance à repousser depuis la chute brutale de Macron dans les sondages faisant suite à sa rentrée catastrophique. L’ex ministre de l’intérieur lui-même ne se présentera pas sous cette bannière. Selon ses propres dires, lui qui s’était longtemps présenté sur des listes clairement identifiées PS, « Ça n’a pas de sens de rassembler simplement sur un parti. Personne ne voterait pour vous dans une ville ». Cette annonce avait grandement alourdi le casse-tête des municipales, alors que le rêve d’être rejoint par les maires de Bordeaux, Nice, Angers, Reims et d’autres villes avait déjà beaucoup de plomb dans l’aile.

Pour convaincre, Macron a notamment mis sur la table un nouveau ministère inauguré lors du remaniement, celui de la « Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales », alloué à un ministre MoDem. À part la mise en place de cet « interlocuteur », aucune mesure de financement de la part de l’Etat n’est mise en place. Comment mettre de la poudre aux yeux aux élus tout en poursuivant une ligne autoritaire dure ? C’est le casse-tête auquel fait face l’exécutif, qui risque fort de ne pas être capable de surmonter cette contradiction structurelle qui tend à l’éloigner toujours plus de ceux-ci, qui sinon par altruisme pour la population qui a de moins en moins accès aux services publics, ont surtout peur que le manque de moyens ne se traduise en sanction électorale de la part de leurs électeurs. 

Parmi les solutions rafistolées, quelques chantiers sont en cours. C’est notamment le cas du projet de péages urbains annoncé par le gouvernement, dont les prix seraient fixés par les villes et dont les revenus seraient décentralisés et iraient aux collectivités. Cependant, comment penser que cette annonce - qui a provoqué de vives réactions de la part des automobilistes - puisse être une réponse de fond au défi posé à la macronie ? Les maires vont ils facturer leur électorat automobiliste pour obtenir des moyens afin de séduire ce même électorat ? S’il est évident que cette proposition va avoir pour premières victimes les habitants des villes qui vont devoir payer pour se rendre au travail avec leur véhicule, on doute fort que cette proposition puisse permettre à Macron de se mettre les élus dans la poche. Faute d’un rebond inattendu - dont l’exécutif n’a visiblement pas encore la recette -, la perspective des municipales de 2020 a de quoi faire peur à ce gouvernement à bout de souffle. Et ce malgré les gesticulations désespérées entreprises par le chef de l’État. Mais surtout, la présence ou l’absence de ces relais aux côtés de l’exécutif pourrait s’avérer capitale pour les gros dossiers à venir, qui pourraient entrainer une réponse de masse par les jeunes et les travailleurs, à l’image de la réforme des retraites ou de celle de l’assurance chômage.

[1] « French regions’ anger with Macron reaches Elysée », le 19 octobre 2018. https://www.ft.com/content/e20122a8-d1ef-11e8-a9f2-7574db66bcd5

Photo : Vincent Kessler




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