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Politique

La droite et l'extrême droite se distinguent (encore)

Macron, porte étendard de l’anti-colonialisme ?

La déclaration d'Emmanuel Macron, en marge de son déplacement en Algérie dans le cadre de la campagne présidentielle de 2017, à propos de la colonisation a provoqué des remous réactionnaires. Droite et extrême droite se sont scandalisés des propos du candidat d'En Marche, qui a estimé que la colonisation avait été un « crime contre l'humanité » . Pourtant, Emmanuel Macron est loin d'être le porte étendard idéal de l'anti-colonialisme. Julian Vadis

Bataille entre Républicain et Front National pour défendre "l’Histoire de la France"

Il est certain que les propos d’Emmanuel Macron au sujet de la colonisation auront suscité de nombreuses réactions, notamment à droite et à l’extrême droite. Lors d’un meeting à Compiègne ce mercredi, François Fillon a estimé la qualification de la colonisation comme « crime contre l’humanité  » et de « vraie barbarie » de la part du candidat d’En Marche d’« indigne d’un candidat à la présidence de la République » avant d’accuser Macron d’opportunisme électoral : « Il y a quelque temps, M.Macron trouvait des aspects positifs à la colonisation. Ça veut dire qu’Emmanuel Macron n’a aucune colonne vertébrale. Il dit simplement ce que ceux qui l’écoutent veulent entendre » . Il n’est pas le seul, chez Les Républicains, a être monté au créneau sur ce terrain. Ainsi, Jean-Pierre Raffarin a estimé que « Opposer les Français, ressortir ces histoires pour diviser, pour remobiliser, je vois bien les soucis électoraux qu’il y a derrière tout ça. Ce n’est pas digne d’un chef d’État d’aller agiter des cicatrices qui sont encore très douloureuses ». Du côté du Front National, la ligne politique est bien plus explicite dans la défense du passé colonial français. « Non content de vouloir la dissoudre dans le grand bain mondialiste, Macron dénigre la France à l’étranger. Et il aspire à la présider ? », s’est ainsi insurgé David Rachline, directeur de campagne de Marine Le Pen. Wallerand de Saint-Just, trésorier du parti frontiste, est même allé jusqu’à accuser le candidat d’En Marche de « tirer dans le dos de la France ».
Dans les faits, on assiste à une bataille idéologique forte entre la droite classique et l’extrême droite française. Entre les lignes, il faut comprendre d’un côté que remettre en cause, ne serait-ce que partiellement, la colonisation revient à se montrer incapable de servir au mieux les intérêts de l’impérialisme français. A grand relent réactionnaire et patriote, les déclarations de Fillon, Raffarin, Rachline et autre Saint-Just reviennent à défendre mordicus l’héritage colonial français, basé sur la spoliation des peuples, la soumission culturelle ou encore la torture, pratique prisée par les colons.

Macron figure de l’anti-colonialisme ? C’est tout l’inverse !


Peut-on considérer sérieusement qu’Emmanuel Macron soit un anti-colonialiste convaincu, comme voudraient le laisser entendre la droite et l’extrême droite ? En octobre dernier, le candidat d’En Marche déclarait dans le journal Le Point qu’ « il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ». En d’autre terme, que la colonisation avait apporté du bon et du moins bon. Un peu léger pour un anti-colonialiste...


Mais surtout, l’imposture du discours se situe sur l’emploi du passé pour définir la colonisation. En effet, si nombre de nations - africaines notamment - autrefois "françaises" sont aujourd’hui "indépendantes", et nous ne parlerons pas de la requalification officielle des colonies toujours en vigueur sous le label DOM TOM, force est de constater que les rouages de la colonisation sont encore à l’œuvre. Combien de pays ont encore pour monnaie le Franc CFA, imprimé et distribué par l’État Français ? Combien de multinationales françaises profitent encore des "relations privilégiées" en Afrique pour spoiler tout aussi impunément les ressources nationales ? De plus, il sera difficile de trouver des déclarations de Macron, alors au gouvernement, s’opposant aux interventions militaires d’Hollande, au Mali comme en Centrafrique, avec pour le dernier pays cité des cas de viol d’enfant de la part des forces françaises, officiellement présentées comme indispensables pour combattre le terrorisme mais qui avaient surtout pour but de défendre les intérêts économiques de l’impérialisme français.


Dans les faits, Emmanuel Macron n’incarne que des nuances et ne remet en aucun cas en cause les intérêts hexagonaux dans les colonies françaises. Bien au contraire, le candidat sans programme, mais candidat d’austérité quand même propose une alternative aux classes dominantes pour poursuivre la spoliation des peuples sous le joug de l’impérialisme français. A ce titre, il est important de réaffirmer un programme profondément internationaliste, réclamant la fin de l’ingérence française en Afrique et ailleurs, l’annulation de la dette de ces pays et la fin de la situation de monopole des multinationales dans les colonies, en proposant une alternative socialiste avec une nationalisation des entreprises sous contrôle des travailleurs.




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