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Politique

Décryptage

Macron-roi à Versailles. Les intox sous « la poudre de perlimpinpin »

Tout en dorure et velours rouge, Macron-roi a déclamé pendant près d’une heure et demie un discours aux envolées lyriques devant un parterre de députés en Marche de bataille, à l’exception de ceux du PCF et de la France Insoumise, à Versailles. Au menu, beaucoup d’intox et d’entourloupes sous l’élégance des formules. Décryptage.

« Le renouveau s’impose »

« Le peuple français a voulu l’alternance » a martelé Macron, le « changement », la transformation ». Faisant fi des records historiques d’abstention à la présidentielle comme aux législatives, Macron-président a largement insisté sur le « désir de changement » du peuple français. Si désir de changement il y a, ce dernier s’est plutôt exprimé dans l’abstention et les votes de la France Insoumise et du front National, élément que Macron a évité d’évoquer. Et pourtant, ce sont belles et biens les vieilles recettes du Parti socialiste comme de la droite qu’il a également martelées. Fustigeant le « déni de réalité », ce « vice qui empoisonne le débat public » il a rappelé l’imposante nécessité de « réduire les dépenses publiques ». « Il nous faut retrouver de l’air » a-t-il déclamé, certainement à l’attention du patronat, « il nous faut un effort », à l’adresse de tous les autres à qui ont demande toujours de se serrer la ceinture.

L’introduction d’« une dose de proportionnelle » et la « réduction du nombre de parlementaires »

Là encore, ce n’est pas le changement qui est à l’ordre du jour. L’introduction de la proportionnelle a été promise par François Hollande, par Nicolas Sarkozy et avant lui par François Mitterrand, sans n’avoir jamais été mise en place. C’est donc dans la tradition des promesses non tenues que Macron semble à fortiori s’inscrire. Mais si toutefois la mesure était mise en place – et il faudrait voir avec quelle dose – son couplage avec la réduction d’un tiers du nombre de députés qui laisse de fait moins d’espace à la représentation des petits partis, n’aurait sûrement pas l’effet escompté. Encore une fois ici, derrière le verbe, et puis… les faits.

« Je rétablirai la liberté des français en levant l’état d’urgence à l’automne. Mais… »

Macron chantre de la démocratie et de la liberté ? Macron prêt à renouer avec les fondamentaux de la démocratie, en levant l’état d’urgence dès l’automne ? Dans les mots oui. Mais à condition d’inscrire les principes d’exception de l’état d’urgence dans le droit commun car « d’un autre côté, [il] souhaite que le parlement puisse voter ces dispositions nouvelles qui nous renforceront encore dans notre lutte. Elles devront viser explicitement les terroristes à l’exclusion de tous les autres français. » Et pour nos libertés, c’est le même régime.

« La loi [de moralisation de la vie publique] sera votée » mais « nul n’est irréprochable »

« Le mandat du peuple c’est aussi le mandat de la confiance et de la transparence »a-t-il rappelé. Que les députés prennent garde ! La confiance « c’est un comportement de tous les jours ». Pour mettre un terme à ce climat des affaires, Macron ne compte pas seulement sur la « loi [qui] ne suffit pas », mais aussi sur l’attitude des députés qui se doivent de mettre fin à « cette société de délation ». Il a ainsi appelé à la« retenue, à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d’innocence, avec cette chasse à l’homme où parfois les réputations sont détruites et où la reconnaissance de l’innocence, des mois, des années plus tard ne fait pas le dixième du bruit qu’avait fait la mise en inquisition initiale ». Faudra-t-il passer par des procès à l’intention des sources des journalistes comme l’a intenté Muriel Pénicaud ? Pour mettre fin à ce climat des affaires qui a touché Fillon durant la campagne, mais aussi Richard Ferrand, président du groupe en Marche, François Bayrou et désormais Muriel Pénicaud ministre du travail, il ne s’agirait donc pas tant de mettre fin aux « petits arrangements » qu’a évoqué Macron mais plutôt de mettre fin aux « révélations », « dénonciations » qui ont émaillé la presse ces derniers mois et semaines. Faire taire les appareils politiques, voilà peut-être la bonne méthode pour faire en sorte que les affaires qui irriguent la classe politique et la rendent illégitime ne soient pas révélées.

« L’histoire a été prise en otage par le débat politique »

Il est bien loin le temps de la campagne où Macron évoquait le« crime contre l’humanité »de la colonisation. Cet épisode houleux de la campagne où« nous avons vu fleurir l’histoire pro coloniale et celle de la repentance »rappelait-il, est un temps désormais largement révolu.« Il n’appartient pas au pouvoir exécutif ou législatif de décréter le roman national, qu’on veuille lui donner une forme réactionnaire ou progressiste ». On comprendra donc que les positions d’Emmanuel Macron, sur la question coloniale, ont été purement et simplement électoralistes et qu’elles ont pu déplaire aux forces dont il cherche à obtenir le soutien, en l’occurrence, les Républicains. En reléguant ces questions hautement politiques, au rang d’un débat historique vain et tourné vers le passé, Macron a préféré mettre l’accent sur une « éthique de l’action », sur l’Histoire en train de se faire dans laquelle il s’est, en toute immodestie, inscrit.

S’il y a bien une chose qu’on ne peut nier chez Macron, c’est bien son sens de la formule. Mais à l’épreuve du concret, il n’est pas sûr qu’il réussisse à faire passer bien longtemps la casse des conquêtes sociales comme « un remède au chômage », la destruction de la santé et de l’éducation publique sacrifiées sur l’autel de l’austérité comme « une prise de responsabilité vis à vis des générations futures », l’état d’urgence comme une « défense des libertés », et des vessies pour des lanternes.

Crédits photo : Etienne LAURENT / POOL/AFP




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