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Politique

Après l’accord libyen

Macron veut créer des camps de migrants en Libye, loin des regards français

Après la rencontre entre les deux hommes forts de la Libye mardi dernier, Emmanuel Macron vient d’annoncer la création dès cet été d’« hotspots » sur le territoire libyen destinés à trier les migrants éligibles à l’immigration ; un moyen de cacher la misère sur le continent africain.

La rencontre qu’a organisé cette semaine Emmanuel Macron entre Fayez al-Sarraj, premier ministre du Gouvernement d’Union National (GNA), qui contrôle l’ouest du pays et Tripoli, et Khalifa Haftar, maréchal de l’Armée Nationale Libyenne (ANL), qui contrôle l’est du pays et Benghazi, a visiblement porté ses fruits pour la France. En effet, une des préoccupations centrales de l’Europe dans le dossier libyen reste l’immigration, car le pays est actuellement un des points de passages les plus importants pour les passeurs, en direction de l’Italie. Ce sont ces mêmes filières d’immigration qui font passer des centaines de réfugiés en bateau à travers la Méditerranée, avec les milliers de morts que l’ont sait, qui sont visées ici. Car la Libye, et surtout l’ouest du pays, est un des principaux bastion de ces filières, qui s’enrichissent sur le dos de migrants près à tout sacrifier pour tenter de trouver un avenir meilleur en Europe. Emmanuel Macron, qui veut stopper le plus possible ces filières d’immigration et sous traiter le « problème migratoire » à d’autres pays en a donc fait un sujet important durant ces négociations. C’est une des raisons pour lesquelles le maréchal Haftar, qui était jusqu’ici ignoré par la communauté international, a été convié : la France lui fait plus confiance pour stopper les filières d’immigration, ce qu’elle fait déjà dans l’Est du pays.

En déplacement à Orléans dans un centre d’hébergements de réfugiés, le président de la République a annoncé que « dès cet été », des hot spots seraient créés. Ces centres d’examens pour les candidats à l’asile auraient vocation à trier les migrants avant leur traversée de la Méditerranée. Si les centres d’accueil des migrants sont systématiquement saturés en France et que la plupart des réfugiés vivent dans des conditions misérables, souvent dans la rue, la proposition du président n’est en rien un cadeau fait à ces personnes. Si le président présente la solution comme permettant « d’éviter aux gens de prendre des risques fous alors qu’ils ne sont pas tous éligibles à l’asile », les conditions actuelles dans lesquelles sont traités les migrants en Libye laissent présager de ce que seront ces centres, loin du regard des associations françaises et des riverains de la porte de la Chapelle : tout simplement des centres de concentration dans les lesquels les réfugiés seront traités avec encore moins de dignité qu’en France. Le président a lui même admis qu’«  on a entre 800.000 et un million de personnes en Libye, dans des camps, des hangars, ça ne relève même pas de l’humanité minimale  » expliquant qu’il fallait donc travailler à « stabiliser la Libye ». Derrière la nécessité de « stabiliser » la Libye (quitte à voir un pouvoir similaire à celui de Kadhafi se mettre en place), c’est bien la volonté de créer un pays qui soit un mur contre l’immigration qui anime le gouvernement français, plutôt que les conditions d’hébergement des migrants. La façon dont les forces de répression françaises traitent ces mêmes réfugiés à Calais, aspergeant leur nourriture et leur eau de gaz lacrymogènes, empêchant ainsi leur consommation, montre que la




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