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Notre classe

Témoignage d’une cheminote en 3x8

« Macron, viens vivre ma vie de fainéante »

Macron nous accuse d’être des fainéants. Non seulement il prépare les plus grosses attaques contre le code du travail et les droits des salariés qu’on n'a jamais vu, mais en plus il se permet de nous insulter, ceux qui se lèvent tôt tous les jours, ceux qui triment au travail. Notre santé, et souvent nos vies, y passent. Alors, Macron, vas-y, on échange… ?

Tous ceux qui refusent cette loi travail XXL, ces attaques sans précédents contre nos conditions de vie et de travail, on se fait traiter de fainéants, on serait contre la modernité, on serait restés dans le passé.... Pire encore, on serait tellement bêtes qu’on est contre des changements qui nous permettraient de lutter contre le chômage, un vrai fléau, inconnu, pour le coup, de Monsieur Macron et les siens…

Que des mensonges.

Et ça, ce n’est rien à côté de ce qu’on entend dans les médias lorsqu’on nous parle des cheminots, non seulement des fainéants, mais aussi des nantis, des privilégiés, qui seraient beaucoup trop égoïstes pour céder leurs privilèges pour le bien commun. C’est la stratégie qui consiste à « diviser pour mieux régner » qui est à l’œuvre…

Mais j’invite Monsieur Macron, Monsieur Philippe et tous ses ministres, des vrais nantis et privilégiés eux, à venir vivre ma vie de fainéante… Je les invite à venir travailler en 3x8 comme on travaille à la circulation à la SNCF, c’est-à-dire une semaine travailler de nuit, la semaine suivante de soirée de 14 à 22h, et puis encore la semaine d’après de matinée, de 6 à 14h. Cela veut dire, pour ceux et celles qui habitent loin du lieu de travail comme beaucoup de mes collègues, de se lever avant 4h du matin. Pour ceux qui ont des enfants, le travail de nuit, ça fait arriver à la maison sur le coup de 7h, dormir à peine une heure, ou carrément ne pas dormir, pour ensuite lever les enfants, les amener à l’école, et puis la vie continue… Les week-ends, les jours fériés, on les passe souvent au travail, pendant que Monsieur Macron et ses ministres profitent de ce temps-là avec leurs familles. Avec le travail du dimanche, comme c’est le cas de beaucoup de travailleurs, dans les plus diverses secteurs d’activité.

J’ai également énormément de collègues qui ont des problèmes de santé liés aux horaires décalés, et aussi aux conditions de travail. Je travaille dans un poste d’aiguillage à grands leviers, on est nombreux à avoir mal au dos, quand ce n’est pas des problèmes plus graves… Des collègues qui sont en arrêt maladie à cause du travail, j’en connais un paquet. A la fin d’une semaine de travail, on est littéralement « cassés », fatigués, on n’a quasiment pas les forces pour ne serait-ce que profiter de nos jours de repos avec nos familles et nos amis… Repos souvent écourtés quand on nous appelle pour nous dire qu’il n’y a pas assez de personnel, qu’il va falloir venir travailler, même lorsqu’on était prévu en repos ! Et quand on sait que la loi travail XXL prévoit de carrément supprimer les Comités d’hygiène et sécurité au travail, les CHSCT, on pourrait dire ironiquement que cette loi ne fera que nous bénéficier… !

De plus, on voudrait faire croire que les cheminots touchent des salaires astronomiques. Dans mon cas, ayant une petite qualif et travaillant en 3x8, souvent de nuit, je touche la faramineuse somme d’entre 1300 et 1400 euros par mois… ce que quelqu’un comme la patronne de L’Oréal, Liliane Bettencourt, gagne en à peine l’espace de… quelques minutes !

Mais on a compris, le gouvernement cherche à « diviser pour mieux régner »… ne le laissons pas faire ! Ces discours dans la presse cherchent à nous monter les uns contre les autres. Mais au final, on sera tous et toutes attaqués, les travailleurs et les jeunes, avec ou sans emploi, avec ou sans papiers… Il s’agit d’attaquer les acquis des uns, pour mieux soumettre à la précarité les autres.

En ce qui concerne les cheminots, le gouvernement et la direction de la SNCF comptent s’attaquer au droit de grève, au régime spécial des retraites et à nos conditions de travail. Cela va toucher les 130.000 cheminots, ceux qui sont au statut mais aussi ceux comme moi qui n’en bénéficient pas, car trop vieux ou car nous ne sommes pas français… Cela sans compter tous les travailleurs du rail qui sont déjà hors-statut et hors-SNCF, puisqu’ils sont embauchés dans les filiales de droit privé, par les sous-traitants, qui n’ont pas la même stabilité, qui se font souvent virer comme des moins que rien...

Loin de penser que tous les cheminots et tous les travailleurs devraient céder leurs « privilèges », qu’on devrait revoir nos conditions de travail à la baisse, il faut s’attaquer aux vrais privilégiés de ce pays, les riches, les patrons et leurs serviteurs qu’on trouve pour une bonne partie au gouvernement Macron-Philippe ! Nous voulons revoir nos conditions de travail, et celles de tous les travailleurs, à la hausse, et pour ça il va falloir s’attaquer aux privilèges des patrons.

J’invite donc Macron et ses amis à venir vivre notre vie de fainéants… Mais j’invite surtout tous les "fainéants" à se mobiliser, à descendre dans la rue, à se mettre en grève ! La journée de grève et manifestation du 12 septembre sera la première occasion de leur montrer qu’on ne se laissera pas faire, qu’on va se défendre et qu’on est prêt à passer à l’offensive. Ce sera une première démonstration mais il faudra se préparer à aller plus loin, à construire des grèves reconductibles pour construire la grève générale, pour faire retirer cette loi et pour aller au-delà, pour défendre nos acquis, nos conditions de vie et celles de nos enfants et des futures générations !




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