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Genres et Sexualités

Hazte Oir, la LGBTI-phobie décomplexée

Madrid. « Les garçons ont un pénis », le bus transphobe interdit

Un bus affrété par l'ultra-catholique et très réactionnaire association espagnole Hazte Oir a commencé à parcourir les rues de Madrid avec un message incitant explicitement à la haine des personnes LGBTI. Si le bus a été interdit, l'association influente a trouvé le moyen de poursuivre sa campagne immonde. Léonie Piscator

Hazte Oir est une association bien connue en Espagne, en première ligne de tous les combats les plus réactionnaires. Ses membres ont notamment milité contre le mariage pour tous, contre l’IVG, contre des cours d’éducation qui promouvaient la tolérance envers toutes les orientations sexuelles… Dans leur ligne de mire : tout ce qui s’attaque à la « famille traditionnelle ». En somme, Hazte Oir est un cousin germain de la rétrograde Manif Pour Tous en France, qui brasse large : depuis des évêques à de grands pontes du PP (parti de droite espagnol). Déclarée « d’utilité publique » en 2013 par le très réactionnaire et conservateur ministre de l’Intérieur de l’époque, Jorge Fernández Díaz, l’organisation ne paie pas d’impôt foncier et ses donateurs peuvent déduire leurs contributions des impôts. Hazte Oir est surtout une association très lucrative, avec 2,6 millions de revenus déclarés en 2015.

Le bus transphobe de Hazte Oir

« Les garçons ont un pénis, les filles ont une vulve. Qu’on ne te trompe pas. Si tu es né homme, tu es homme. Si tu es une femme, tu continueras de l’être. » pouvait-on lire à l’arrière et sur les côtés d’un bus sillonnant les rues de Madrid, le 27 février dernier. Loué par l’organisation Hazte Oir, le message inscrit sur ce bus visait très clairement les personnes trans. L’association avait programmé une tournée dans tout le pays avec ce véhicule.
Mais entre temps, un juge s’est saisi de l’affaire, précisant que le message était une incitation à la haine portant atteinte « aux personnes avec une orientation sexuelle différente, la niant et blessant leur dignité ».
Ignacio Arsuaga, président de Hazte Oir, s’est aussitôt insurgé en déclarant que « l’inquisition gay [avait] imposé sa dictature », poursuivant toujours plus loin dans la provocation.

L’association a réussi à contourner l’interdiction et sa campagne se poursuit, par le biais d’une caravane sur laquelle le message a été raccourci mais n’en reste pas moins une véritable insulte à toutes les personnes LGBTI : « Les garçons ont-ils un pénis ? Les filles ont-elles une vulve ? »

Quand les organisations réactionnaires fricotent avec les politiciens

Le lien évident qui existe entre certains grands pontes de droite et Hazte Oir en Espagne n’est pas sans rappeler le rapport qu’entretient par exemple François Fillon avec la Manif Pour Tous en France. Alors que les crimes transphobes et homophobes sont rarement punis, et que les personnes LGBTI subissent une discrimination quotidienne, des organisations réactionnaires parviennent à distiller leur poison à grande échelle, protégées par une caste politicienne tout aussi réactionnaire. L’anecdote du bus transphobe n’est que la partie émergée d’un système patriarcal et hétéronormé, où le sexisme et la LGBTI-phobie sont structurels.