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Monde

La crise se poursuit au Venezuela

Maduro met en place, dans sa dérive bonapartiste, une « constituante pour l’armée »

La violence continue d’augmenter et de son coté Maduro utilise l’armée pour réprimer tout en essayant de prévenir les dissensions en cherchant à la consolider avec l’annonce« une constituante pour l’armée »

L’armée au Venezuela —165.000 hommes et 25.000 réservistes— est un acteur crucial du rapport de force politique, comme le reflète son poids au sein du gouvernement : sur 32 ministères, 11 sont dirigés par des militaires ou d’anciens militaires.
Et Maduro l’utilise comme force politique. Ainsi permet-elle de réprimer durant les manifestations mais aussi au delà. Les premiers manifestants ont commencé à être jugés de façon anticonstitutionnelle : le procès de dizaines de civils s’est tenu dans des tribunaux militaires.
Le général Jesus Suarez, chargé de la région Centre qui inclut Caracas, a annoncé que 251 personnes sur 780 interpelées ont été déferrées devant des tribunaux militaires pour « agression visant un militaire » et « association en vue de fomenter une rébellion » au cours de la vague de manifestations orchestrées par les anti-chavistes, du nom du défunt président Hugo Chavez.

Mais si l’armée est un pouvoir répressif il est aussi un pouvoir politique important du chavisme.
L’armée contrôle par exemple la production et la distribution d’aliments de première nécessité, mais aussi une société pétrolière, une télévision, une banque, une usine d’assemblage automobile et une entreprise de construction.
Et ces militaires, formés politiquement, sont un soutien indispensable au chavisme.

Un de ses principaux opposants, Henrique Capriles, a déclaré, sans donner de preuves, que plus de 1000 militaires seraient en train de demander à être démobilisés et a fait des appels à leurs forces en sa faveur. Des rumeurs circulent quant au soutien ou non de l’armée à Maduro.
Pour parer à une possible crise, il compte donc renforcer et contrôler la constitution de l’armée.

Lundi, il a déclaré qu’ils allaient activer une « constituante pour l’armée » afin d’ « approfondir la révolution militaire Bolivarienne à l’intérieur du coeur même de la Force Armée Bolivarienne Nationale ».
Dans ce cadre, il a demandé aux militaires de faire des propositions afin de renforcer « l’union de l’armée avec le peuple bolivien », « du civil et du militaire »

Derrière cet appel il cherche à restructurer toute la classe militaire du pays, de manière à la rendre plus adaptée aux intérêts politiques de la haute bureaucratie étatique. Si celle-ci est derrière lui, elle est loin de montrer un soutien populaire comme c’était le cas auparavant.
Par cette réforme, Maduro accentue le bonapartisme de son régime, mais son bonapartisme est en crise, et, pour lui, le danger qu’un des secteurs de l’armée se retourne continue de planer.

En plus de cette réforme, Maduro a aussi eu soin d’écarter les militaires qui n’étaient pas de confiance et de renforcer les privilèges et les pouvoirs de direction de l’armée. Par exemple depuis décembre dernier les ressources qui sont dans les mains de l’armée sont contrôlées par celle-ci et non plus par des cours de justice de la République, laissant libre cours à une énorme corruption.

Dans cet épuisement économique et politique du chavisme et cette situation très instable qui pourrait amener à la chute du gouvernement, Maduro dépend énormément du comportement des forces armées et cherche donc de mille manières à s’assurer la fidélité de la caste militaire.

Les changements politiques s’accélèrent dans le pays, de même que la lutte pour l’hégémonie politique entre Maduro et son opposition. « Un couteau aiguise l’autre », dans cette crise, les deux secteurs commandent les manifestations en fonction de leurs intérêts, loin des intérêts du peuple et des travailleurs.




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