Monde

« Brexit »

Malgré les discours, Cameron veut maintenir la Grande-Bretagne dans l’UE

Publié le 10 novembre 2015

Philippe Alcoy

Beaucoup de bruit pour rien. Tant attendues par la presse, le premier ministre britannique David Cameron a finalement présenté les exigences officielles de son pays vis-à-vis de l’Union Européenne (UE) pour que son gouvernement fasse campagne pour le « Oui » lors du référendum sur la sortie ou le maintien de la Grande-Bretagne au sein de l’UE qui se tiendra au plus tard fin 2017. Malgré la tension palpable autour de cet événement et l’éventualité d’une position en faveur du « Brexit », rien de tel n’est pourtant sorti de sous le tapis.

Réclamées par ses partenaires européens, fatigués de négocier dans l’air avec les britanniques, David Cameron a envoyé ce mardi une lettre de six pages à la Commission Européenne où il spécifiait en quatre points ce qu’il souhaite négocier avec l’UE en contrepartie du maintien de son pays dans l’UE.

Cependant, de l’avis des diplomates et de la presse non seulement les points n’ont rien de nouveau (Cameron n’a fait que mettre sur papier les différentes déclarations qu’il a faites ces derniers mois) mais ils sont tout à fait négociables et un accord avec l’UE est envisageable.

Un compromis pour défendre le « Oui »

En effet, les quatre points évoqués par le premier ministre britannique dans sa lettre se réfèrent à : 1) formaliser le fait que l’UE est une union avec plusieurs monnaies, essayant de protéger la place de la livre sterling et de la City de Londres comme centre financier du continent ; 2) dynamiser l’économie européenne pour la rendre plus compétitive au niveau mondial mais aussi à l’intérieur du marché commun ; 3) permettre à la Grande-Bretagne de rester à la marge d’une « union toujours plus étroite » ainsi que donner la possibilité aux parlements des pays membres de pouvoir refuser d’appliquer des lois et directives européennes ; 4) Cameron souhaite enfin pouvoir priver pendant quatre ans les ressortissants des autres pays européens de certaines prestations sociales quand ils s’installent au Royaume-Uni. Ce dernier point est le plus problématique vis-à-vis des « partenaires » européens.

Comme on le voit effectivement toutes ces mesures sont négociables. En réalité, malgré tous les gestes et déclarations menaçantes sur le « Brexit » de la part de Cameron, l’objectif de cette lettre et de ces quatre points assez « soft » est d’arriver à un accord avec l’UE. Cela permettrait à Cameron et son gouvernement de faire campagne pour le maintien sur la base d’une « victoire » dans la négociation, tout en essayant de convaincre les électeurs que leurs « inquiétudes » ont été entendues.

Il est de plus en plus clair que Cameron se dirige vers une campagne pour le « Oui ». Ainsi, il n’a pas hésité à déclarer dans son discours à la Chatham House que l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’UE était une « question de sécurité nationale et de sécurité économique ».

La carte de la xénophobie pour attirer les eurosceptiques

Cependant, la modestie des points posés par la lettre à la Commission Européenne pourrait renforcer la position des eurosceptiques à l’extérieur et à l’intérieur du parti de Cameron. C’est pour cela que le quatrième point envisage une politique profondément xénophobe et réactionnaire. La nouveauté, c’est que cette fois ce ne sont pas seulement les étrangers issus de pays non-membres de l’UE qui sont concernés mais aussi les ressortissants des pays de l’UE.

Ainsi, le gouvernement, pour faire face à « la pression migratoire », envisagerait de priver pendant quatre ans les étrangers installés dans le pays de la possibilité de jouir des droits sociaux. Cette mesure vise à convaincre et à attirer les secteurs les plus conservateurs et réactionnaires de la société dans le camp gouvernemental. Car au fond, la question centrale pour ce secteur de l’électorat britannique vis-à-vis de l’UE est celle du « contrôle des frontières ».

Cette mesure vise particulièrement les immigrés polonais, présents en grand nombre dans le pays, et d’autres pays d’Europe de l’Est, stigmatisés depuis plusieurs années par les autorités britanniques.

Hypocritement, des dirigeants européens considèrent cette mesure « problématique » car elle instaure « la discrimination directe entre citoyens européens ». Or, dans tous les pays européens il existe des mesures de ce type touchant les immigrés issus de pays non-membres de l’UE.

Dans un contexte de crise économique, politique et sociale, avec la crise migratoire encore irrésolue en Europe, ces manœuvres politiciennes de la part du gouvernement britannique inquiètent les capitales européennes. En effet, au-delà de l’accord auquel l’UE et la Grande-Bretagne pourront arriver, c’est avant tout la campagne et le résultat du référendum qui posent de vrais dangers. Cette initiative britannique pourrait ouvrir une « boite de pandore » et créer des émules à travers le continent. L’unité de l’UE et notamment du marché européen pourraient être remis en cause. Un scénario cauchemardesque pour les capitalistes européens, à commencer par l’Allemagne.