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Malgré les fraudes, le Haut Conseil électoral turc valide le référendum

Alors que de nombreux soupçons de fraude ont entaché le référendum visant à renforcer les pouvoirs d’Erdoğan, le Haut Conseil électoral turc a validé le scrutin. Dans un climat répressif extrême, l’opposition se met en mouvement.

Ce dimanche 16 avril, le oui à la réforme constitutionnelle l’a emporté de justesse avec 51,41 % des voix obtenues lors du référendum. Les observateurs internationaux et l’opposition turque ont dénoncé des conditions de campagne inéquitables et un scrutin entaché de fraude. Le Parti républicain du peuple (CHP, laïque), principale force de l’opposition, a saisi la commission électorale dès mardi. Le Parti démocratique des peuples (HDP, pro-Kurdes) lui a emboîté le pas ce mercredi.
Alors qu’Erdoğan avait fait alliance avec les ultra-nationalistes du Parti d’action nationaliste (MHP) qui ont fait 10 % aux dernières législatives et qui venaient s’ajouter aux 50 %, le oui ne l’a emporté que de 51 %. Compte tenu des moyens mobilisés pour le oui avec tout l’appareil d’État, la quasi-totalité des médias, les fraudes, c’est un revers pour Erdoğan. À ces éléments, il faut rajouter l’état d’urgence prononcé dans tout le pays. Après la tentative de putsch, la répression a été terrible et Erdoğan en a profité pour museler l’opposition et renforcer son pouvoir. Il y a eu 40 000 arrestations et plus de 140 000 licenciements dans la fonction publique.

Il y en a eu beaucoup, y compris du bourrage d’urnes. Dans des zones reculées, il y a eu des centaines d’urnes où il n’y a eu que des oui selon le CHP, le principal parti d’opposition qui demande l’invalidation du scrutin. Ce qui est pointé également du doigt, c’est le fait que le Haut Conseil électoral a décidé à 17h30, sur ordre de l’AKP, de valider les bulletins non scellés, sans le tampon du bureau de vote, ce qui a pu permettre un bourrage d’urnes à grande échelle. Et ce d’autant plus que dans certains bureaux de vote, il n’y avait pas d’observateurs de l’opposition.
Des missions d’observateurs européens du Conseil de l’Europe et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ont pudiquement exprimé que le référendum était «  en deçà des normes internationale en matière de démocratie  ». Alev Korun, membre de la mission du Conseil de l’Europe, explique qu’il y aurait 2,5 millions de bulletins de vote qui pourraient être soupçonnés de manipulation, ce qui représente le double de bulletin séparant le oui du non.

À l’annonce de la saisie du Haut Conseil électoral turc (YSK) par l’opposition, le Premier ministre, Binali Yildirim, a déclaré que les recours contre les résultats étaient un droit mais qu’appeler les Turcs à manifester ne l’était pas. On le comprend puisque le YSK roule pour Erdoğan et c’est bien pour cela que celui-ci a débouté les demandes de l’opposition. Dix de ses membres ont voté contre l’annulation du vote et un a voté en sa faveur. C’est l’YSK qui a accepté de comptabiliser les 2,5 millions de bulletins litigieux et c’est l’YSK qui est le seul à pouvoir délégitimer juridiquement l’élection. Mais si Binali Yildirim précise bien que manifester n’est pas un droit c’est parce qu’il sait que la seule solution pour contrer Erdoğan et son clan, serait de lutter dans les rues, sur les lieux de travail et d’études. Des manifestations ont lieu dans le pays, notamment à Istanbul et Ankara où le non l’a emporté. Ce mercredi, pendant que l’YSK refusait les recours de l’opposition, des dizaines de manifestants ont été arrêtés. Les peuples de Turquie voient bien que les institutions sont aux mains d’Erdoğan et qu’ils seront dans l’obligation de descendre dans les rues pour défendre leurs droits. Malgré la confirmation de la victoire du oui d’un point de vue légaliste, il sort de ce référendum assez affaibli, car il a fallu une fraude massive pour l’emporter. Pour continuer à asseoir son pouvoir, il devra montrer sa force face aux mouvements de contestations et au peuple kurde avide de liberté. Seul l’alliance des peuples de Turquie pourra contrer, faire reculer, faire tomber le gouvernement réactionnaire de l’AKP d’Erdoğan.

Photo : DPA/MAXPPP/MICHAEL KAPPELER




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