Politique

Le mouvement se poursuit malgré les avancées promises par le gouvernement

Manif’, action coup de poing. Les policiers maintiennent la pression pour obtenir l’impunité totale

Publié le 2 novembre 2016

Malgré les annonces du gouvernement, qui entend satisfaire quelques unes des revendications réactionnaires des policiers tout en ouvrant la boîte de pandore de la légitime défense, le mouvement se poursuit. Au Louvre, à Bordeaux ou encore à Béziers, plusieurs centaines de policiers ont manifesté ce mardi, exigeant d’être reçus directement pour le gouvernement, ne s’estimant pas représentés par leurs syndicats.

Julian Vadis

Des annonces qui ne calment pas les policiers. Manif et actions à Paris et en province

L’annonce du déblocage de 250 millions d’euros, la fin des "tâches indus", l’alignement des sanctions pour outrage sur celles des magistrats et l’ouverture d’un groupe de travail sur la légitime défense de la part du gouvernement ne semblent pas mettre un terme au mouvement des policiers. En effet, bien que le mouvement soit un peu moins massif qu’à son départ, c’est par centaines que ces derniers ont manifesté devant un lieu hautement symbolique, la pyramide du Louvre à Paris, ce mardi soir. A Béziers, ville chère à Robert Ménard qui, en qualité de maire, n’avait pas hésité à faire figure de précurseur dans l’armement de la police municipale et se distingue par une propagande anti-migrant, c’est un cortège de 500 personnes qui a défilé. Enfin, à Bordeaux, c’est une trentaine de policiers qui ont mené une action coup de poing pour faire valoir leurs revendications. Ces derniers, en uniforme pour la plupart, ont garé leur voiture de fonction devant le Grand Théâtre de la ville. Puis se sont postés, en cordon devant leurs véhicules. Le tout avant de repartir, sirènes toujours actionnées.

Défiance des syndicats et du gouvernement. Les policiers veulent leur permis de tuer !

« Les syndicats ont négocié en notre nom mais sans nous. On veut être reçu par le gouvernement. On continuera jusqu’à ce que nous soyons entendus, nous petits policiers de la rue !  » a ainsi déclaré l’un des meneurs de la manifestation parisienne au mégaphone. Un sentiment partagé par les manifestants. « Le gouvernement a voulu s’acheter la paix en mettant de l’argent, ça avance mais il faut qu’il comprenne que le malaise est profond. Il faut que tous les policiers soient unis, et les syndicats sont trop souvent du côté du pouvoir. Ils pensent à eux avant l’intérêt général  ». C’est ainsi que des manifestants ont symboliquement brûlé de fausses cartes syndicales confectionnées pour l’occasion. Alors que le gouvernement a, en plus des mesures proposées aux syndicats policiers, annoncé la mise en place d’un fichier regroupant la totalité des personnes de plus de 12 ans en France, les manifestants ont un but clairement affiché en ligne de mire. L’une de leur revendication phare, sans doute la plus réactionnaire, celle de l’assouplissement de la légitime défense.

Alors qu’ils bénéficient déjà des décisions d’une justice de classe qui acquitte largement les policiers incriminés, cela n’est pas suffisant pour le bras armé de l’Etat. Dans un contexte social tendu, et alors que la question des violences policières a été au coeur du mouvement contre la loi travail et de la rentrée sociale, ces manifestations entendent non seulement débrider l’utilisation des nouveaux moyens de répression disponible, mais aussi porter une offensive idéologique. Celle d’un Etat engagé depuis des mois dans un tournant bonapartiste et de renforcement de l’appareil policier, avec pour conséquences les dramatiques exemples de l’assassinat d’Adama Traoré et d’un homme en Isère, abattu comme un chien de cinq balles dans le dos. Ces revendications sont aux antipodes des intérêts de la jeunesse, des travailleurs et des masses populaires dans leur globalité. A l’inverse, elles tendent à la maximisation de la répression made in état d’urgence, préparant l’arsenal dans la rue comme dans les instances judiciaires pour les combats sociaux qui ne manqueront pas de venir.