Société

Témoignage d’une enseignante dans le 93

Manif de « policiers en première ligne » ? Mais que fait la police dans les quartiers ?

Publié le 24 octobre 2016

Depuis le début des manifestations des policiers dans quelques villes et notamment à Paris suite à l’attaque de Viry-Châtillon, on entend dire dans les médias mais aussi par la classe politicienne que les policiers en première ligne dans les quartiers, maltraités, sont les victimes de la population des quartiers populaires. Ils insistent sur la difficulté de travailler dans des quartiers de « délinquants » et de « voyous ». Mais de qui se moque-t-on ? Allez donc demander aux jeunes des quartiers populaires ce que fait la police tous les jours dans les banlieues.

Je suis enseignante dans le 93. De ce fait, je suis confrontée tous les jours à cette jeunesse des quartiers. Moi je ne vois pas des « délinquants » en face de moi mais des enfants qui subissent tous les jours le joug des violences policières arbitraires, des contrôles au faciès et des fouilles humiliantes.

Pour raconter un exemple. Un élève arrivait régulièrement en retard au premier cours et lorsqu’il arrivait à l’heure, il était toujours énervé mais aussi angoissé. J’ai voulu comprendre ce qu’il se passait pour qu’un enfant de 13 ans soit rempli de tels sentiments dès 8h du matin, tous les jours. Je pensais à des problèmes familiaux ou avec ses camarades du collège. Il refusait dans un premier temps de me raconter. Il avait peur que je le juge, que je répète tout et que tout se retourne contre lui. Après une longue hésitation de sa part, il décide de libérer sa parole.

Presque tous les jours, des « baqueux », agents de la Brigade Anti-Criminalité, l’attendent devant l’immeuble, soit juste pour une fouille, des palpations ou juste signifier leur présence afin de montrer leur autorité. Et chaque matin, cet enfant ne sait pas à quelle sauce il va être mangé. Il sort de chez lui la boule au ventre.

Les jours où il est contrôlé sont les matins où il arrive en retard. Il avoue aussi que certains matins, lorsque sa mère est déjà partie au travail, de « sécher » la première heure pour ne pas voir les policiers. Cet élève a livré son témoignage car sa souffrance mais aussi sa rage étaient palpables, au bord de l’explosion. Mais combien de jeunes subissent les mêmes violences, les mêmes humiliations dans les quartiersen silence ou dans la plus grande indifférence ?

En réalité, cet adolescent de 13 ans était juste coupable d’être né dans ce quartier populaire du 93 et d’être un jeune racisé.

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