Politique

La lutte c’est classe contre classe et les flics ne sont pas dans la nôtre !

Manifestation VS contre-manifestation « anti-haine des flics » : de quel côté est Martinez ?

Publié le 18 mai 2016

Yano Lesage

Mercredi 18 mai, à midi, les flics devraient défiler dans plusieurs villes de France, à l’appel du syndicat d’extrême-droite Alliance, de l’UNSA Police, mais également de la CGT Police (à l’exception de la CGT Police de Paris) pour protester contre les « violences faites à la police ». Face à cette ultime provocation policière qui compte sur la bienveillance du gouvernement les contre-manifestations s’organisent. Alors que le rôle de la police comme outil de répression et de domination de classe apparaît au grand jour, de larges couches de manifestants faisant l’expérience de la répression policière, la CGT, en la voix de Philippe Martinez, continue de refuser de se positionner. Entre manifestants et chiens de l’ordre patronal, son cœur balance ?

Comble de l’ironie et de la provocation, à Paris, c’est à République que les policiers se sont donné rendez-vous, là où Nuit Debout a élu domicile depuis plus d’un mois et où les opposants à la loi travail se font régulièrement gazer, taper et embarquer. Face à la provocation que constituent ces manifestations de flics, des contre-rassemblements s’organisent. C’est notamment le cas à Paris, où un rassemblement à l’initiative du collectif Urgence Notre Police Assassine, dans lequel interviennent des proches des victimes de la violence policière, rejoint par l’interpro de Saint Denis et d’autres organisations, est prévu à 11h. Une action rappelant les noms et les visages des victimes assassinées par la police est prévue.

L’idée de la manifestation policière est partie de la publication des affiches de la CGT info Com. En publiant des images de mutilation par flashballs, la CGT Info Com s’est mis du côté de la dénonciation des violences policières. Pour un nombre croissant de manifestants, et plus seulement de dangereux gauchistes ou banlieusards, le slogan « tout le monde déteste la police » est devenu une évidence, expression double d’un rejet et d’un dégoût contre ce que représentent les forces de l’ordre, outil au service de l’Etat capitaliste, et contre ceux qui gagnent leurs vies en brisant celle des autres.

Insoutenable opposition pour le syndicat Alliance, mais également pour le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et pour le premier ministre Manuel Valls. Des images « choquantes », une « campagne insupportable » de la part de la CGT info com étaient selon eux en marche contre les forces de l’ordre. Dans un double mouvement, avec d’un côté Martinez contraint à se positionner sur ces affiches et de fait sur les violences policières, et de l’autre, la mise en place d’une manifestation de la police contre la « haine anti-flicet les violences contre les forces de l’ordre », largement soutenue par le gouvernement, la polémique n’a fait qu’enfler.

Car le gouvernement cherche à tout prix à déstabiliser le mouvement social contre la loi travail. Préalablement, avec son discours sur les casseurs, Valls tentait de scinder les « bons » des « mauvais » manifestants, une manipulation qui n’a pas véritablement eu le succès escompté. Aujourd’hui, il semblerait qu’il cherche à séparer le monde du travail en lutte, et notamment la CGT, de la jeunesse radicalisée. Cette histoire d’affiche lui en a donné l’occasion...d’autant que l’hésitation de Martinez sur la question de la solidarité apportée aux victimes des violences policières et pour l’abandon de toutes les poursuites vis-à-vis des manifestants interpellés ou convoqués au tribunal dans le cadre du mouvement n’a pas permis d’organiser la campagne contre la répression à la hauteur de la situation.

« Nous condamnons toutes les violences » a ainsi déclaré Martinez à quelques heures de la tenue et de la participation de la CGT police aux manifestations de flics, mettant pour ainsi dire sur un pied d’égalité la « violence d’une minorité de casseurs » et les « violences policières », là où les motifs de cette violence et sa force sont totalement hors de comparaison. Refuser de se positionner, c’est aller dans le sens d’une conciliation qui voudrait que les policiers soient des travailleurs comme les autres. En vérité, en allant dans le sens des « revendications » des policiers, pour « plus d’effectifs, plus de formation et plus de reconnaissance », Martinez fait clairement le jeu du gouvernement. Non seulement, il abonde dans le sens d’un renforcement des pouvoirs répressifs de l’Etat, mais il veille également à se distinguer de ce que le gouvernement désigne comme les « casseurs », autrement dit, au delà d’une petite minorité revendiquant ces modes d’actions, d’une large couche de jeunes radicalisés, qui ont été jusqu’à présent l’aile marchante du mouvement. Pour preuve, les incidents qui ont émaillé les dernières manifestations, avec une police qui fait tout pour laisser certains services d’ordre syndicaux jouer le rôle de supplétifs de la garde mobile. L’aile la plus dynamique du mouvement a, quant à elle, comprit ce qui se joue aujourd’hui et a choisi son camp.

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