Société

Un rassemblement très VIP, la répression au rendez-vous

Manifestation de policiers. Récit d’une nasse sans aucun sens

Publié le 20 mai 2016

18 mai, 10 heures du matin, on arrive à deux sur la place de la République en évitant sans se donner beaucoup de peine les contrôles policiers. Les flics sont déjà présents tout autour de la place et bien évidemment dessus : en civil, mais également en uniforme. Ces derniers se déplacent par groupes de 4 ou 5 et demandent aux gens qui sont sur la place de se déplacer plus loin.

Maël Ache

Très rapidement, une ligne se forme sur la largeur de la place et avance progressivement depuis le côté est vers l’ouest, ratissant tout le monde sur son passage. 

10h45, nous sommes une petite cinquantaine à être sur la place au niveau du café, apparemment pas mal de gens sont bloqués dans les rues alentours et les fouilles sont systématiques pour ceux qui arrivent à passer. 
Dernière tentative désespérée pour rester sur la place « on va prendre un café » qui bien évidemment est repérée par les flics qui nous dégagent du café. Dommage on aurait du y penser plus tôt, les personnes qui étaient là pour effectivement prendre un café ne sont pas dégagées de la place. 

Aucune résistance, nous n’avons clairement pas le nombre. Mais 11h approche et dans mon esprit naïf peut-être qu’un groupe de 500 personnes va soudainement arriver ? Du coup, je recule le plus lentement possible pour ralentir la démarche des flics. Cette dernière est d’ailleurs énoncée clairement par les flics lorsqu’on leur demande : « derrière le barrage, sur le trottoir en face. ».

10h50-55, nous reculons donc, sans avoir vraiment le choix, jusque sur ce fameux trottoir. Là on reste quelques minutes tranquillement, il n’y a plus qu’à attendre et voir ce qui va se passer, selon moi… Je suis au niveau de la rue René Boulanger, on est une trentaine. 
Du côté du boulevard Saint-Martin et de la rue du Château d’Eau il y a deux autres groupes, qui semblent d’ailleurs plus conséquents, puisque les personnes arrivées entre-temps doivent s’y trouver. J’apprends également que quelques personnes se trouvent de l’autre côté de la place. Les flics ont anticipé et en empêchant l’accès au lieu du rdv, nous sommes tous éparpillés…

11h, en quelques secondes à peine, les flics viennent de fermer les deux côtés autour de notre groupe : nous ne pouvons plus aller ni vers le boulevard Saint-Martin, ni vers la rue du Château d’Eau. Les flics nous donnent alors l’ordre de reculer, encore, cette fois-ci dans la rue René Boulanger. 
Bon, on est une trentaine devant un nouveau barrage de flics dans une petite rue. Je reste encore quelques minutes devant ce barrage pour tenter de voir ce qui se passe, d’autant que j’ai des potes dans les autres rues qui peuvent donc me dire s’il se passe un truc.

Une pote m’appelle et me dit de me barrer de cette rue : ils sont en train de la fermer de l’autre côté (elle donne sur le boulevard Saint-Martin au bout d’une cinquantaine de mètres). J’attrape mes quelques potes et on s’éloigne. Et effectivement au bout de la rue un barrage. Deux ou trois personnes passent juste sous mes yeux sur le côté, mais lorsque l’on tente de sortir un bouclier nous arrête. 

Nous voilà donc nassés dans la rue René Boulanger à une vingtaine. Très rapidement, les flics resserrent le barrage et nous laissent vers le bout de la rue. Je compte à peu près autant de flics que de manifestants. Autour de moi des gens très variés : quelques étudiant-e-s, un sdf, quelques punks, deux ou trois zadistes, deux journalistes… Bref on a vraiment l’air de rien et certainement pas de dangereux activistes. Une quinzaine de soutiens à l’extérieur restent plus ou moins et filment de temps à autre.

Du coup, vu que les flics sont pas très causants, on s’occupe comme on peut : on gonfle des ballons de baudruches, on chante, quelqu’un appelle les flics au téléphone, lit la déclaration des Droits de l’Homme… En fait on est surtout un peu tous hallucinés d’être nassés à aussi peu et surtout sans aucune raison, alors qu’on reculait gentiment. 

Puis fouille des sacs (pas de fouille au corps, merci !) vers 11h30, ils ne trouvent strictement rien. Mais ils nous gardent encore, nous déplacent un petit peu vers le trottoir (une voiture circule tous les quarts d’heure…).
12h, on nous déplace vers le milieu de la rue : cool, on entend un peu les copains sur la place chanter, on reprend avec eux « Flics Porcs Assassins ». 

12h30, finalement on nous redéplace de l’autre côté à notre grande surprise, sans aucun contrôle d’identité on nous relâche au bout de 20 mètres sur le boulevard Saint-Martin - avec interdiction d’aller vers la place. La plupart tenteront alors de retrouver la manif sauvage partie un quart d’heure plus tôt de la place. 

Cette nasse d’1h30 n’a eu pour moi strictement aucun sens. 
A cause du profil des gens à l’intérieur : large majorité voir quasi-totalité de gens pacifistes mais surtout quasiment que des personnes mobilisées depuis un bail et qui n’ont pas vraiment été intimidées.