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Société

Pas de justice, pas de paix

Manifestation en hommage à Abdoulaye Camara, tué par la police le 16 décembre 2014 au Havre

Avait lieu samedi au Havre une très belle manifestation en mémoire d’Abdoulaye Camara, tué par la police il y a maintenant deux ans. Maryline Dujardin

C’est dans la nuit du 15 au 16 décembre 2014 que le jeune homme avait été abattu par la police, dans des circonstances qui restent floues pour la famille. Samedi après-midi, c’était l’occasion pour la famille et les soutiens de demander justice et vérité. Un rassemblement suivi d’une marche accompagné de plusieurs familles de victimes de violences policières, tous étaient là pour dénoncer l’impunité et le racisme structurel d’Etat qui laisse les familles de victimes dans le silence et le mépris le plus total. Dès le début du rassemblement, Abdourahmane Camara a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait aucunement d’une bavure, que la police en avait après son frère depuis longtemps et que ce sont avant tout les Noirs et les Arabes qui sont victimes de harcèlement, de violences et de meurtres de la part de la police.

« Cela fait déjà deux ans, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2014 qu’Abdoulaye a été tué de 10 balles par des policiers sur les 26 tirés.

Selon la version policière, mon frère, au moment de son exécution, aurait été dehors dans un état agité et il aurait porté des coups de couteau sur un passant. Cela reste cependant encore à prouver, et rien de tout cela n’apparait sur la vidéosurveillance.

Mais nous constatons beaucoup trop de contradictions dans cette affaire :

Première chose, Abdoulaye était dans son appartement ce soir-là : on a retrouvé du sang partout dans l’appartement, des vitres brisées, il s’est fait agressé, il a reçu des coups de couteau et aucune enquête n’a été mené là-dessus. Ensuite, il est sorti dans la rue et s’est fait gazer par la brigade canine. Ils l’ont suivi sur 650 mètres, il a reçu plusieurs coups de gazeuse, ils avaient un chien avec eux, ils auraient pu l’interpeller mais ils ont planifié leur coup pour le faire sortir du quartier et trouver un endroit propice pour lui tirer dessus. Ils ont tiré 26 balles. Il y en avait 10 dans son corps, s’ils avaient voulu l’interpeller ils avaient un chien, ils auraient pu s’en servir. Là, c’est un assassinat prémédité. De toute façon, ça fait longtemps qui le harcelaient, ils lui disaient tout le temps « On aura ta peau ». Il se faisait tout le temps contrôler. Ce soir, il y a plusieurs témoins qui ont vu la scène et ça n’a rien avoir avec ce que les policiers décrivent. Ils ont même intimidé des témoins.

À ce jour, depuis 2ans, aucun policier n’a été mis en examen, une enquête a été ouverte grâce à notre acharnement et la solidarité des familles de victimes qui nous accompagnent pour connaître la vérité et obtenir la justice.

Mais, comme à chaque fois qu’un policier est responsable de la mort d’un homme, on constate la difficulté pour un juge à mener une enquête en toute impartialité.

D’autres affaires similaires existent, où systématiquement les victimes sont rendues coupables à titre posthume pour justifier leur meurtre et justifier l’impunité policière.

Tout nous amène à en déduire que la vérité n’est pas celle que les policiers ont voulu nous présenter, comme dernièrement dans l’affaire d’Adama, celles de Lahoucine Ait Omghar, Wissam El Yamni, Lamine Dieng, Amadou Koume, Amine Bentounsi et bien d’autres...

Tout nous amène à croire qu’il y a énormément de zones d’ombre et que nous ne pouvons pas faire confiance à une institution qui se protège et maintient cette position d’être au-dessus des lois, des lois protectrices pour les policiers. »

Les familles Bentounsi, El Yamni, Dieng, Traoré, Marega, Gueye, en plus du collectif Ali Ziri, étaient présentes pour rendre hommage et pour demander justice et vérité.

Ce qui a été très fort au cours de cette mobilisation, réunissant un peu plus de 200 personnes, c’est qu’elle avait lieu au cœur de la ville, au cœur des courses de Noël, ramenant chacun à une réalité dure et froide, celle du racisme. Une prise de conscience pour beaucoup venus faire leurs courses en centre-ville, qui se sont vus saisis par ce drame et se sont arrêtés pour écouter quelques instants les témoignages.

Les slogans « Pas de justice, pas de paix », « Tout le monde déteste la police » et « Abdoulaye Camara, on n’oublie pas, on ne pardonne pas ».

Nombreuses sont les familles de victimes qui ont choisi de lutter et de venir montrer leur soutien à la famille Camara, à l’heure où l’impunité policière est grandissante et que le racisme d’État a de nouveau fait ses preuves, avec l’épisode du burkini cet été et le meurtre d’Adama, suivi d’une répression féroce envers sa famille. Puisque aucun candidat ne prend à cœur ce sujet, et que les sursauts républicains sont devenus mots d’ordre pour les candidats, il est temps de lutter avec détermination contre toutes ces formes de racisme.

Le Havre, capitale de la grève au printemps, devrait aussi être en pointe dans la jonction entre mouvement ouvrier et quartiers contre les violences policières. En défense des jeunes comme Abdoulaye et contre l’impunité, faire front face à ces politiques répressives est devenu plus que nécessaire.

Vidéo à intégrer à l’article ; https://www.youtube.com/watch?v=icWXaee1I1I




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