^

Genres et Sexualités

Attaque aux droits des femmes

« Marche pour la vie » en Croatie. 20 000 manifestants contre le droit à l’avortement

Une marche anti-avortement a été organisée en Croatie par des groupes conservateurs, réunissant deux fois plus de personnes qu’en 2016. Des manifestants et militants féministes et pro-avortement ont organisé des contre-manifestations.

Crédit photo : Stringer/ AFP

Ce samedi 20 mai, pour la deuxième année consécutive, une « marche pour la vie » a été organisée dans plusieurs villes de Croatie par des groupes réactionnaires et conservateurs, proches de l’Église catholique croate, qui exigent la suppression du droit à l’avortement. La marche a rassemblé cette année plus du double de manifestants que l’année précédente : 7 000 personnes avaient défilé dans la capitale en 2016, contre 20 000 à Zagreb et Split en 2017.
 

Une droite ultra réactionnaire et conservatrice au pouvoir

La droite et l’extrême droite gagnent du terrain en Croatie. En janvier 2016, c’est un gouvernement de droite très conservateur qui est entré en fonction, composé de membres du HDZ (« Union démocratique croate ») et surtout du parti Most réputé pour être un parti proche de l’Église catholique et soutenu par certains membres de l’Opus Dei. Ce gouvernement a été rapidement contesté de par sa composition – certains des ministres sont proches d’anciens partis néo-nazis, tiennent des propos révisionnistes, racistes, évolutionnistes… – et les politiques qu’il mène, défendant des politiques racistes envers les réfugiés ainsi que la remise en cause du droit à l’avortement. Les polémiques ont fini par conduire à une implosion et l’organisation de nouvelles élections. Mais les nouvelles élections ont donné les mêmes résultats, la droite restant donc au pouvoir.

L’avortement, dans ce pays majoritairement catholique – 90 % des 4,2 millions de Croates sont catholiques – dirigé par une droite ultra conservatrice et réactionnaire, est devenu un sujet clivant et est fortement remis en cause. C’est dans ce contexte que la « marche pour la vie » rassemble depuis 2016 de plus en plus de monde. Une situation politique qui ressemble de près à ce que connaît la Pologne, gouvernée par le très catholique et réactionnaire parti Droit et justice.

Le droit à l’avortement en danger

La législation existante depuis 1978, lorsque la Croatie faisait partie de la Yougoslavie, autorise l’avortement jusqu’à dix semaines de grossesse. Les militants pro-avortement dénoncent la pression exercée par ces groupes ultra-conservateurs qui sont soutenus par l’Église croate. Ils ont d’ailleurs protesté contre la marche pro-vie déployant sur un bâtiment, dans le centre de Zagreb, une grande banderole sur laquelle était inscrit : « La « Marche pour la vie » piétine les droits des femmes ».

En mars, la Cour constitutionnelle de Croatie a d’ailleurs du rejeté une demande, soutenue par l’Église catholique, de révision de la loi sur l’avortement en vigueur. Si le projet n’est pas passé pour cette fois, le danger de voir l’avortement interdit en Croatie est toujours présent. En effet, la Cour constitutionnelle a demandé au Parlement de préparer dans les deux ans une nouvelle législation sur l’avortement, estimant la loi en vigueur « dépassée ».

En parallèle, les organisateurs de cette marche réactionnaire, pour qui l’objectif est d’« d’attirer l’attention sur le respect dû à chaque vie humaine, de la conception jusqu’à la mort naturelle », chantent des airs religieux et des chansons populaires croates, et agitent des drapeaux aux couleurs nationales et des ballons blancs et bleus.

Le retour de cette droite réactionnaire, ultra conservatrice, nationaliste, et qui au nom de ses valeurs met en danger la vie de millions de femmes, n’est pas l’apanage de la Croatie. Aujourd’hui, les droits des femmes sont menacés partout dans le monde. En France et ailleurs, c’est les politiques d’austérité qui ont un impact direct sur l’accès à l’avortement, avec des coupes budgétaires et des suppressions de postes dans le secteur de la santé, amenant à des suppressions de lits et des délais d’attente qui ne font que s’allonger. En Pologne, subissant les mêmes attaques qu’en Croatie contre leur droit à avorter – déjà limité – face à un gouvernement similairement ultra conservateur et flirtant avec les institutions religieuses, les femmes polonaises ont réussi à obtenir le retrait d’une loi visant à interdire l’avortement.Pour cela, elles sont descendues par milliers dans les rues. Leur mobilisation doit être un exemple pour les femmes croates et celle du monde entier.

Un exemple qui montre qu’aujourd’hui, face à ces idées et mouvements réactionnaires, les femmes croates et celles du monde entier doivent plus que jamais s’organiser, se mobiliser, pour obtenir le droit à l’avortement libre et gratuit pour toutes, refuser que les gouvernements et les institutions religieuses décident de nos vies et de nos corps !