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Politique

"Révolution citoyenne"

Marche pour une VIe République : sur fond de drapeaux français, Jean-Luc Mélenchon réunit plus de 100 000 personnes

À Paris, ce samedi, les drapeaux français étaient une nouvelle fois de mise. A l’appel de Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise, plus de 100 000 « Insoumis » ont défilé entre la place de la Bastille à celle de la République pour une VIe République. Retour sur la marche.

Sous un ciel menaçant, quelques 130000 manifestants, selon les organisateurs de la France Insoumise, ont défilé à l’appel de Jean-Luc Mélenchon pour une VIe République. Pendant près de deux heures, les aspirants à une nouvelle République ont parcouru les deux kilomètres qui relient la place de la Bastille à celle de la République. Les manifestants se sont ensuite regroupés sur cette dernière pour écouter le discours du candidat à l’Elysée, qui a souhaité faire de ce rassemblement une démonstration de force à un peu plus d’un mois du scrutin.

Les organisateurs de la marche avaient promis « le plus grand rassemblement populaire de la campagne, tous candidats confondus ». À deux jours du lancement officiel de la campagne, c’est un pari réussi pour Jean-Luc Mélenchon dont l’objectif visé était de relancer une dynamique quelque peu en recul dans une période marquée par les « discussions » pour une union de la gauche entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Comme en 2012, cette marche vise, à un mois de la présidentielle, à galvaniser ses sympathisants et à rallier à lui les indécis de gauche, notamment les abstentionnistes.

« Résistance ! Résistance ! » rythment régulièrement la déambulation. Certains manifestants ont préparé des chansons en détournant la Marseillaise : « Aux uuurnes citoyens ! Gagnooooons les élections ! ». Sur les pancartes distribuées, on y voit des slogans multiples reprenant des promesses du projet « L’avenir en commun ». « Inéligibilité des corrompus » ; « Fin du contrôle au faciès » ; « IVG dans la constitution » ; « Non-cumul des mandats » ; « Droit de vote à 16 ans » ; « Protéger les biens communs » ou encore « Du balai ! ».

Les drapeaux des partis politiques ou des syndicats n’était pas les bienvenus à cette marche « hors des partis. » « Notre banderole, c’est Mélenchon » ironisait même un membre du service d’ordre interrogé par l’AFP. Ainsi, les fanions rouges du PCF ont été relégués en fin de parcours, tandis que les drapeaux Bleu Blanc Rouge, signe d’une France qui soumet pourtant, étaient sont en nombre place de la République. Médiapart s’en étonne même : « Le nombre de drapeaux français est impressionnant, pour un cortège de gauche ». « Voir tous ces drapeaux français, moi, ça m’a surprise, affirme Aline, 70 ans, ancienne militante du PS. Ça fait un peu Fillon, un peu Le Pen... », faisant allusion au rassemblement de Fillon au Trocadéro.

En tête de cortège, plusieurs personnalités étaient aux côté de Jean-Luc Mélenchon : la philosophe belge Chantal Mouffe, Pierre Laurent du PCF, la porte-parole d’Ensemble, Clémentine Autain ou encore le député Europe Ecologie-Les Verts, Sergio Coronado. Et bien sûr, le premier cercle de Jean-Luc Mélenchon : Alexis Corbière, son porte-parole, Manuel Bompard, son directeur de campagne ou encore Eric Coquerel, qui lui a succédé à la tête du Parti de gauche. C’est encore l’ancien leader CGT des Continental, Xavier Mathieu qui était présent.

Quand Jean-Luc Mélenchon parvient enfin à rallier la place de la République, il est déjà largement en retard. Le candidat de La France insoumise s’avance sur scène en rendant hommage au lion qui trône au pied de la Marianne et dont « l’auteur a voulu qu’il symbolise le suffrage universel ». Le candidat de la France Insoumise a voulu par ce rassemblement faire la démonstration qu’il était un prétendant sérieux à l’Elysée. « Notre marche prouve que nous sommes capables de diriger le pays [...] Pour la part qui m’en reviendrait, j’y suis préparé », a-t-il notamment affirmé.

Jean-Luc Mélenchon a tenu à affirmer que la « révolution citoyenne » qu’il entend incarner a progressé dans les esprits, s’appuyant sur la rupture du peuple de gauche avec Hollande. Le candidat a détaillé quelques-unes des mesures de son programme, en particulier la sixième République. « Il faut que les bulletins de vote donnent le coup de balai qui les fassent tous, sans exception, dégager ». Avant que la foule ne reprenne le slogan à son compte en lui répondant : « Dégagez ! ». Il a aussi exhorté la foule à faire cette « révolution » sous peine de subir un « coup d’État ethnique ou un coup d’État financier ».

Alors que de nombreuses affaires et scandales ne cessent de révéler toujours plus ouvertement les privilèges de cette caste politicienne, exprimant toujours plus ouvertement la crise de régime de la 5ème République qu’exprime notamment la désaffection des électeurs à l’égard des partis traditionnels, Jean-Luc Mélenchon propose pour y remédier une 6ème République autour d’une Assemblée Constituante. C’est autour du peuple français, sur la base de l’imaginaire de la révolution française, que Mélenchon tente de réformer le régime républicain à bout de souffle.

Pour inscrire cette 6ème République, c’est autour d’un « populisme de gauche » qui est affiché désormais ouvertement que s’appuie par Mélenchon. En témoigne notamment, le très grand nombre de drapeau français, bien plus nombreux qu’en 2012, ainsi que la présence de Chantal Mouffe, inspiratrice de Podemos en Espagne. Ce « populisme de gauche » ne se délimite pas en termes de classe mais sur la notion de « peuple » opposé à ceux d’en haut l’oligarchie. Le tout est inscrit dans une stratégie de réforme de l’Etat dont nous avons déjà exprimé les limites dans notre article "Pourquoi Révolution Permanente ne soutient pas Mélenchon."

Avec cette marche, Jean-Luc Mélenchon maintient la pression sur son concurrent socialiste, Benoît Hamon, qui a tenté de relancer sa campagne dimanche autour d’un meeting réussi à Bercy. Une pression que Jean-Luc Mélenchon a accentué au travers du premier débat des présidentielles, ce lundi. L’un de ses objectifs est de tordre définitivement le cou à l’idée du vote utile, alors que Macron tente de se présenter comme le seul rempart au FN, tout en élargissant son électorat au-delà de la gauche, en ciblant notamment les nombreuses personnes qui restent indécises : les abstentionnistes.




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