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Politique

Débats à gauche et dans la rue

« Marée Populaire ». Les quartiers s’invitent en cortège de tête

C’est en tout début d’après-midi que devrait s’élancer les cortèges qui composent la « Marée Populaire » contre Macron et son monde, dans la capitale. Avec, en tête de manifestation, les quartiers qui s’invitent dans la mobilisation, devant le carré officiel, à l’initiative, notamment, du « Comité La Vérité pour Adama ».

[Crédits photo : La Vérité pour Adama]

Dans plusieurs villes du pays et dans la capitale, en début d’après-midi, plusieurs « Marées Populaires » vont battre ou ont commencé à battre le pavé, ce 26 mai. Alors que le mouvement de grève contre la réforme du Rail est dans un moment charnière et que dans la jeunesse, beaucoup continuent à refuser de rentrer dans le rang, entre répression dans les facs et sélection institutionnalisée par Parcoursup, cette mobilisation du 26 mai, lancée à l’origine par les mélenchoniens et à laquelle se joignent partis, associations et la CGT, Solidaires et la FSU, aura une importance toute particulière. C’est dans ce cadre que les quartiers, sur initiative du « Comité la Vérité pour Adama » et rejoint par d’autres secteurs, ont appelé à s’inviter dans la manifestation, mais dans le cortège de tête, pour protester, comme l’explique Youcef Brakni, à la fois contre les modalités spécifiques dont les politiques austéritaires du gouvernement s’inscrivent avec une violence et un racisme particuliers en banlieue, mais également pour dénoncer la façon dont la gauche institutionnelle nelse rappelle des quartiers qu’en phase électorale ou lorsqu’il faut faire du nombre, lorsqu’elle ne participe pas au rouleau-compresseur médiatico-politique autour, notamment, des questions d’islamophobie.

Il suffit, en effet, de se référer aux dernières discussions gouvernementales autour de la question « banlieues » pour comprendre ce dont il est question. Qu’il s’agisse de sa version « populaire de droite », à la Borloo, ou « autoritaire de droite », à la Macron, qui en guise de « Plan banlieue » a promis davantage de matraques et fait l’aumône de quelques stages pour les élèves de Troisième, la question des quartiers relève d’une gestion spécifique de la politique nationale, avec une grande continuité, qu’il s’agisse des gouvernements de droite comme ceux de « gauche », et qui plonge, à son tour, ses racines dans l’héritage et l’actualité coloniale de l’impérialisme français. Ce qui ne change pas non plus, voire qui s’aggrave, c’est le volet militaire de cette gestion politico-sociale du territoire et de ses habitants, relégués socialement, ségrégués spatialement, discriminés politiquement. En témoigne la militarisation du quartier de Boyenval, à Beaumont, lors de la dernière manifestation organisée par le Comité Adama, fin avril. A près de quinze ans de la révolte des banlieues, il y a donc bien quinze fois plus de raison de se révolter, aujourd’hui.

L’autre élément inchangé reste la façon dont la gauche institutionnelle -celle qui aspire à diriger les institutions ou qui parfois les gouverne, localement- aborde la question des banlieues : soit comme un réservoir de voix leur étant dues, soit en la traitant à travers le même prisme du discours et des pratiques politiques dominantes. Il suffit de penser aux positionnements de députés comme François Ruffin, qui a publiquement refusé de prendre position sur la mort d’Adama Traoré dans une caserne de gendarmerie de Beaumont-sur-Oise, d’Alexis Corbière, qui demande davantage de policiers pour répondre à la question de la « sécurité » à Bagnolet, ou encore Jean-Luc Mélenchon, qui a participé, avec Collomb et Valls, au lynchage médiatique d’une militante syndicale étudiante… parce que musulmane et voilée. Il s’agit-là de la déclinaison actuelle du passif et de l’héritage pro-colonial de la gauche réformiste social-démocrate et stalinienne française qui a été celle, notamment, du soutien à la guerre d’Algérie.

L’appel à un « 26 mai pimenté » souligne d’un côté « l’exemple récent de la glorieuse grève des salarié.e.s du nettoyage de la société ONET a permis de mettre en évidence l’exploitation capitaliste, raciste et sexiste dont sont victimes les descendant.e.s de l’immigration post-coloniale dans ce pays », et, de l’autre, « le combat mené par les cheminots marocains de la SNCF, dans l’indifférence générale de la gauche et des syndicats majoritaires. Ils ont fait condamner la SNCF pour discriminations ! Là encore, il s’agit de nos aînés, ce sont nos pères ». C’est bien sur ces terrains articulant à plusieurs niveau l’exploitation, les oppressions et les discriminations que peuvent se nouer des alliances pour reconstruire une gauche révolutionnaire à la hauteur des enjeux, à la fois politique et capable d’intervenir sur ces lignes dans les syndicats : internationaliste, car nous combattons l’Etat raciste et son drapeau bleu-blanc-rouge, antiimpérialiste, car nous soutenons l’ensemble des peuple qui se rebellent contre le colonialisme et le néo-colonialisme hexagonal, et anticapitaliste, car c’est bien ce système, qui ne peut se reproduire sans perpétuer des oppressions structurelles, qu’il faut abattre. Il s’agit, là aussi, d’enjeux centraux pour la période à venir.




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