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Politique

Dédiabolisation ? De qui ?

Marine Le Pen. « La France n’était pas responsable » de la rafle du Vél d’Hiv

Trente ans après les propos de Jean-Marie Le Pen, sur la même radio, sur les chambres à gaz, « point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale », Marine Le Pen, bien qu'elle ait clairement qualifié "d'ignoble" la rafle du Vél d'Hiv, en dédouane l’État français.

« Comme Charles de Gaulle, François Mitterrand ou encore de nos jours Henri Guaino, Jean-Pierre Chevènement ou Nicolas Dupont-Aignan, je considère que la France et la République étaient à Londres pendant l’Occupation et que le régime de Vichy n’était pas la France ». Voilà la justification de Marine Le Pen suite à sa déclaration du 9 avril, dans l’émission « Le Grand Jury » qui expliquait que « la France n’était pas responsable du Vél d’Hiv ».

Elle nie ainsi la responsabilité de l’État français dans la déportation des juifs, ce qui est un coup dur pour la présidente du FN qui, depuis une dizaine d’années, tente désespérément de dédiaboliser le FN de Papa.

C’est un retour en arrière dans le fait d’aborder l’histoire. Pour De Gaulle le fait de nier cette évidence avait pour but de faire « l’union nationale » autour de lui, de glorifier « la France résistante » qu’il incarnerait mais également de récupérer la France collaboratrice pour lutter contre les communistes. Maurice Papon est l’un des exemples les plus connus. Il a échappé à l’épuration alors même qu’il a été condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité dans l’organisation de la déportation vers les camps commis lorsqu’il était secrétaire général de la préfecture de Gironde, entre 1942 et 1944. Nier la collaboration des hauts fonctionnaires d’état, des fonctionnaires de police, de la bourgeoisie permettait à De Gaulle de se les mettre dans la poche.

Mitterrand a été fonctionnaire sous Vichy et a rejoint la résistance tardivement, ce n’était donc pas dans son intérêt de reconnaître ce crime d’état, d’autant plus que son passé était utilisé contre lui.

Marine Le Pen utilise donc maladroitement une référence à De Gaulle pour se placer comme continuatrice historique du général qui a toujours défendu une « France forte ». Mais l’histoire a fait son chemin et ce qui pouvait être utilisé par des contemporains à des fins politiques ne peut pas l’être pour Marine Le Pen qui participe à des bals Néonazi en Autriche et qui nie de fait ce qui a été accepté depuis 22 ans : que l’État français a participé activement et en toute connaissance de cause à l’extermination des juifs mais également des communistes, des tziganes, des homosexuelles, des handicapés.

Pourtant tout cela est la vérité historique. Les 16 et 17 juillet 1942, plus de 13 000 juifs étaient arrêtés puis rassemblés au vélodrome d’Hiver, àParis, par des policiers français sur décision du régime de Vichy. Le but était clair, les rassembler le plus vite possible pour ensuite les déporter dans les camps d’extermination nazis. Sur ces 13 000 juifs, moins de cent ont survécu à leur déportation.

Ce qui était nommé par les autorités, « opération Vent printanier » et qui restera dans l’histoire comme la rafle du Vel d’Hiv a été longuement négociée par le gouvernement français, à travers René Bousquet, secrétaire général de la Police nationale, et les autorités allemandes. Ils se sont mis d’accord pour rafler plus 20 000 juifs. Des réunions ont lieu avec des cadres de la préfecture de police et des représentants de la SNCF pour mettre en place ce plan gigantesque de déportation.

L’opération est menée par 7 000 policiers et gendarmes français, assistés de 300 militants du PPF de Jacques Doriot.

13152 personnes sont arrêtées les 16 et 17 juillet 1942, y compris 4000 enfants de moins de 16 ans qu’il n’avait pas été initialement prévu de déporter. Ce sont les enfants de juifs préalablement déportés. La loi prévoyait de ne pas déporter les enfants. Du coup l’état a profité de la rafle pour ce débarrasser de ces enfants qui gênaient beaucoup trop. Les juifs arrêtés sont acheminés vers des camps, dont Drancy et au Vélodrome d’Hiver, transformé en prison. 8 160 personnes seront entassées au Vél d’Hiv. 4 115 enfants, 2 916 femmes et 1 129 hommes y resteront pendant 5 jours sans nourriture avec un seul point d’eau. Ceux qui tentent de fuir sont abattus, une centaine se suicide. Ils seront ensuite déportés... moins d’une centaine reviendront.

L’occupant n’étant pas satisfait du résultat, c’était moitié moins que ce qui était prévu, il décida d’arrêter 10 000 juifs autrichiens, polonais, tchèques, russes, allemands de la zone libre grâce à la police française en échange de son réarmement. Si la rafle de la région parisienne se faisait dans la zone occupée et pouvait être justifiée ainsi par les collaborateurs, cela ne vaut pas pour la zone libre qui dépendait exclusivement de l’État français.

Marine Le Pen reprend la justification des anciens dirigeants expliquant que ce n’était pas la république française, que le gouvernement de Vichy est un « régime collaborateur et illégal ». Mais le gouvernement de Vichy est tout ce qui a de plus légal, les pleins pouvoirs ont été cédés à Pétain par les parlementaires et les sénateurs de la IIIème République. 88% d’entre eux ont voté pour. Par la suite, certains ont conservé leur place dans le gouvernement de Vichy comme Pierre Laval. Le régime de Vichy était bien l’État français, il continuait à administrer le territoire, avec sa police, sa justice.

Avec cette déclaration, Mme Le Pen a surtout appliqué à la mémoire du Vel d’Hiv le 97ème de ses « 144 engagements présidentiels » : « le refus des repentances d’État qui divisent ». Un engagement qui ne prévaut pas pour tous parce que pour les harkis, Marine Le Pen « exige des excuses » et des « réparations » de la part de l’État français. Alors, lorsque le 29 mars, elle déplorait que « 80% de l’enseignement sur la Seconde Guerre mondiale soit consacré à la collaboration » on voit bien que la présidente du FN revisite l’histoire à sa façon pour que « nos enfants » « soient à nouveau fiers d’être français », fiers de sa vision de la France, fiers d’un état qui a commis de nombreux crimes au nom du profit et de l’exploitation. Face à une campagne qui ne décolle pas, Marine Le Pen se voit obligée de ressortir les vieilles méthodes de papa, les déclarations chocs qui divisent l’opinion mais en essayant de se poser en continuité du gaullisme.




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