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Interview de Maxime Picard, secrétaire départemental de la CGT 13

Marseille. "L’état d’esprit est plus que jamais à la détermination"

Publié le 25 mai 2016

Comme le rapporte Maxime Picard, secrétaire départemental de la CGT des Bouches-du-Rhône, le violent déblocage des piquets de la raffinerie et du dépôt de Fos-sur-Mermercredi matin n’a en rien entamé la détermination des grévistes et de leurs soutiens, bien au contraire ! En témoigne l’action péage gratuit de mercredi, à l’entrée du tunnel Prado-carénage, en plein cœur de la cité phocéenne.

« Mercredi matin, sur les coups de 4h30, près de 500 policiers et gendarmes mobiles sont intervenus à Fos-sur-Mer pour briser les piquets tenus par les raffineurs, appuyés par les portuaires et leurs soutiens.
Hélicoptère, canon à eau, gazages sans sommation : le dispositif policier était démesuré. La répression a été très violente et a duré une bonne partie de la matinée.
Les camarades se sont repliés sur l’union locale CGT de Fos-sur-Mer. La Police s’est alors lancée dans une véritable chasse à l’homme dans la ville de Fos, jusqu’à séquestrer les camarades de l’UL dans leur local, en les gazant à plusieurs reprises. Tout le centre ville de Fos a été bloqué.
La police s’est livrée à un tabassage en règle. Plusieurs camarades ont été blessés par les coups et les flash-balls.
La police doit intervenir sur ceux qui cachent leur argent au Panama et pas sur les travailleurs !

Suite à ce déblocage pour le moins violent, les salariés d’ESSO Fos se sont mis en grève de façon ultra-majoritaire. La production est à l’arrêt et aucune goute ne sort des trois raffineries des Bouches-du-Rhône. Les dockers avaient prévu 24 heures d’arrêt, mais suite à l’intervention à Fos, la fédé ports et docks a appelé à 48 heures d’arrêt de travail. Les salariés de Fluxel, l’équivalent de la CIM (Compagnie industrielle maritime du Havre), qui chargent et déchargent les bateaux qui arrivent avec du brut, sont en grève reconductible. Et ça se voit de loin, 25 tankers mouillent au large du port pétrolier de Lavéra.

L’état d’esprit est plus que jamais à la détermination. A chaque fois que le gouvernement essaye de passer en force, ça repart de plus belle. On l’a vu avec le recours au 49-3.

Mercredi matin, dans le cadre du soutien aux travailleurs en lutte, on avait appelé toutes les organisations à une AG à 10h30 à la gare Saint-Charles, conjointement avec les cheminots en grève dans le cadre du préavis national de 48 heures aujourd’hui et demain. Le décret socle et la loi El Khomri, c’est la même chose : détruire les droits des salariés !

Les cheminots, qui partiront en grève reconductible dès le 31 mai, se sont réunis par secteur avant que ne démarre l’assemblée générale interprofessionnelle. Dans le cadre de celle-ci, une action de distribution de tracts devant l’entrée du tunnel Prado Carénage a été décidée.

Nous avons quitté la gare vers 11h30, en direction du tunnel lorsque les forces de l’ordre sont arrivées et ont fait usage de la matraque et des lacrymos, sans sommation. En réaction à cette nouvelle attaque violente de la police, nous avons décidé de mettre en place une opération péage gratuit à l’entrée du tunnel. L’accueil des automobilistes était formidable, mais la préfecture n’a pas tardé à réagir en fermant le tunnel et bloquant par ce fait toute une partie de Marseille. Les embouteillages étaient monstres. Tout cela pour nous empêcher de nous adresser à la population marseillaise.

Mais on ne se laisse pas faire, une caisse de grève a déjà été lancée et la journée de demain s’annonce très bonne. Un grand rassemblement est prévu place de la Joliette. Des initiatives auront lieu dans les localités en s’appuyant sur les grèves.

Valls a beau jeu de s’attaquer à la CGT. Ceux qui sont sur un radeau coincés au milieu de nulle part, c’est le gouvernement. Le gouvernement est à l’agonie. Il va falloir qu’ils disent qu’ils retirent ce projet. »

Propos recueillis par Pierre Reip