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Politique

La colère gronde

Marseille. La gentrification du centre ville imposée à coup de matraques et de lacrymos

Alors que la « marche de la colère » a été violemment réprimée ce mercredi à Marseille, le voile se lève sur la politique menée par la mairie en termes de logement. « Taudis » laissés à l'abandon jusqu'à l'effondrement, centre ville vendu aux prometteurs. Ou quand la gentrification s'impose à coup de matraques et de lacrymos.

Crédits photo : michaelharrisphd.com

Le Panier, Noailles, Belsunce, la Plaine, l’Opéra... Autant de quartiers emblématiques de la ville de Marseille. Spécificité phocéenne, ces quartiers populaires se situent tous au cœur du centre ville, à proximité du célèbre vieux port, de l’Hôtel de ville ou de la Canebière. Héritage culturel d’une ville « double millénaire », cette disposition des quartiers populaires au cœur de Marseille est aussi une spécificité, de ce point de vue, à échelle nationale.

Jean-Claude Gaudin, 23 ans à la tête de la mairie : 23 ans de politique de gentrification

En 1995, Jacques Chirac été élu pour la première fois président de la République. Jean-Claude Gaudin, mastodonte de la droite, prenait quant à lui la mairie de la cité phocéenne. Vingt-trois ans après, Chirac a depuis longtemps quitté l’Elysée. Gaudin, du haut de ses 79 printemps, est toujours bien assis sur son trône de la deuxième ville de France.

Une vie entière de règne donc, dont une partie consacrée à la gentrification des quartiers populaires. L’exemple le plus frappant, sans doute, est celui de la Joliette. Dès 1995, sous l’impulsion de son prédécesseur à la mairie Robert Vigouroux et de l’Etat, le projet Euroméditerranée est lancé. L’objectif est clair : faire sortir de terre un véritable quartier d’affaires. Vingt-trois ans après, plus la moindre trace d’un quartier populaire. A la place : des palmiers et des bureaux.

Si le processus de gentrification est toujours en cours au Panier ou bien encore à Belsunce, force est de constater qu’elle est aujourd’hui bien avancée. Dans un article paru en mars 2014, Médiapart, en partenariat avec Le Ravi, détaille cette politique menée depuis 1995 sur l’ensemble de la ville, avec un titre plus qu’explicite : Comment Jean-Claude Gaudin a vendu Marseille aux promoteurs.

Une gentrification qui fait face à la contestation

La première des conséquences de cette gentrification est que des populations entières, précaires, ne pouvant soutenir l’inflation des prix. Elles sont donc expulsées au nom des projets des promoteurs et se retrouvent reléguées dans les quartiers populaires périphériques. Face à cette politique qui s’étend sur plus de deux décennies, les résistances s’organisent.

Sans revenir sur l’ensemble de l’historique de ces luttes, l’une d’entre elles est particulièrement explicite. Dans la nuit du 23 octobre dernier, une ZAD urbaine s’organise dans le quartier de la Plaine. Une douzaine de cars de CRS viennent réprimer la population désireuse de protéger leur quartier face à l’appétit féroce des promoteurs capitalistes et de Gaudin.

Mais alors que des manifestations déjà importantes pour préserver la Plaine se succèdent, un événement va donner une toute autre ampleur à la colère. Parallèlement, le visage macabre de la gentrification se dévoile. Il s’agit bien entendu de l’effondrement de deux immeubles rue d’Aubagne le 5 novembre dernier, faisant au total 8 morts.

Depuis, de troublants éléments sont révélés. Dans un article publié ce mercredi 14 novembre, Le Canard Enchaîné révèle que de nombreuses expertises, dont les premières parues dès 2015, font état de risques d’effondrement d’immeubles ! Pire, pour ce qui est des immeubles de la rue d’Aubagne, la dernière expertise avait été effectuée seulement 10 jours avant le drame... L’un des deux immeubles, appartenant à Marseille Habitat, était sous arrêté de péril depuis 2006 ! L’hebdomadaire satirique ne manque pas de faire un parallèle pour le moins troublant, entre le manque d’investissements et de mise aux normes et les « performances » électorales médiocres de Gaudin dans le quartier...

Ce mercredi 14 novembre s’est tenue la seconde « marche de la colère », réunissant plus de 10 000 personnes qui ont défilé de la rue d’Aubagne à l’Hôtel de Ville. Une manifestation très largement réprimée à coup de matraques et de lacrymos.

Voici donc le double visage de la gentrification, cachée derrière la façade des « beaux quartiers » sortant de terre. Soit les populations précaires quittent les lieux sous la pression des promoteurs, soit elles risquent la mort dans des immeubles laissés à l’abandon. En même temps, toute contestation se retrouve irrémédiablement réprimée. Face à un Gaudin en fin de règne et ses amis promoteurs, il est clair que la mobilisation doit s’amplifier et bénéficier du soutien inconditionnel des organisations du mouvement ouvrier : se loger est un besoin élémentaire devenu inaccessible à une frange de plus en plus large de notre classe. C’est à ce prix qu’il sera possible de mettre un terme à la politique de gentrification qui détruit nos quartiers, à Marseille comme ailleurs.




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