Société

Pollution à grande échelle dans les calanques

Marseille. Les "boues rouges" détruisent l’écosystème : le gouvernement complice

Publié le 6 septembre 2016

Les calanques de Marseille, l’eau bleue turquoise, le maquis et… les boues rouges rejetées par l’usine Alteo. Avec la complicité du gouvernement, cette entreprise a déversé de nombreux produits toxiques au large. Aujourd’hui, le phénomène des "boues rouges" est le résultat macabre de cette politique court-termiste et polluante.

Callie Moka

Pendant, 50 ans, l’usine d’Alteo d’alumines de spécialité servant à la fabrication de nombreux produits (dentifrice, carrelage, écran plat…) située dans les Bouches-du-Rhône au nord de Marseille a déversé des résidus toxiques constitués de métaux lourds à 7 km au large des calanques, avec la complicité et l’autorisation des pouvoirs publics. L’usine de Gardanne a entraîné une forte pollution aux boues rouges sur plus de 2400 km² dans un espace pourtant protégé, faisant partie du Parc naturel des Calanques.

Depuis 2007, le site s’est équipé, sous pression des associations écologistes, de trois filtres réduisant à 5% (de pollution retenue) la quantité de résidus présents dans l’eau rejetée en mer, ce qui est toujours au-dessus des seuils réglementaires de concentration, en autre, d’antimoine et de mercure. Le 9 mars 2016, une fuite dans une canalisation de procédé du traitement de la bauxite a entraîné la formation d’un nuage contenant de la soude, posant des dépôts blancs visibles dans les 15 km environnant l’usine.

Alors que le droit à l’exploitation d’Alteo, et donc à déroger au droit national en ne respectant ni les seuils de pollution ni le principe du pollueur payeur (le groupe ne finançant pas la dépollution du sol et du sous-sol marin et terrestre), devait prendre fin le 31 décembre 2015, il a été prolongé de 6 ans supplémentaires par Manuel Valls. Ségolène Royal, jouant le rôle que lui a attribué ce gouvernement, à savoir une caution de gauche écologiste, a mollement critiqué la décision du Premier Ministre dans l’émission Thalassa, diffusée le 2 septembre. Une sortie qui a permis à Valls de montrer les muscles, et de réaffirmer son autorité et celle de l’exécutif. En effet, le premier ministre a répondu « Je gouverne, je décide ». En bref, une réponse pour la forme de la part de la ministre de l’environnement qui a permis à Valls de se poser en chef du troupeau.

L’argument principal de Manuel Valls quant à la prolongation du droit d’exploitation de l’usine est le suivant : « l’activité économique et des milliers d’emplois préservés ». De la part du chef du gouvernement responsable de la mise en place de la loi travail, facilitant les licenciements, et menant une politique qui a ravi jusqu’au MEDEF, il fallait oser ! Une position anti-écologique donc, qui, par une pirouette faussement de gauche - des licenciements pourraient avoir lieu facilement grâce à la loi El Komri - vise à défendre sans vergogne les intérêts économiques d’Alteo, et ce malgré le fait que ses dirigeants soient dans l’illégalité la plus totale.

Alors que le paysage économique de la région de Fos-sur-Mer est principalement composé d’industries, dont certaines usines utilisant des métaux lourds comme celle de Gardanne, peu d’enquêtes ont été réalisées sur la santé des travailleurs et des habitants. Une première étude va être faite dans les Bouches-du-Rhône, nommée Index, par un institut scientifique afin de voir si la population de cette zone « présente des niveaux d’imprégnation aux polluants anthropiques (créés par l’activité humaine) ».

Les conditions de vie (dont sanitaires) et la protection de l’environnement sont indissociables, l’un ne doit pas se faire au détriment de l’autre. Or dans un système capitaliste, la santé économique et le profit des grosses entreprises passent avant ces considérations. C’est précisément parce que le capitalisme ne peut mener qu’à une impasse - choisir entre se ruiner la santé à travailler tout en produisant par son travail les conditions de son propre empoisonnement, ou bien être contraint au chômage et à la précarité - que la seule solution qui puisse à la fois préserver les conditions de vie des ouvriers et indissociablement leur santé et celle de l’environnement est l’expropriation des patrons par la grève et la reprise en main responsable des moyens de production, comme ont pu le faire les travailleurs de l’usine Zanon en Argentine.