Politique

A la veille du 14

Martinez. Se préparer pour aller jusqu’au bout ou pour le « dialogue » ?

Publié le 13 juin 2016

Ça n’aura échappé à personne, et encore moins aux milliers de camarades, de jeunes et de grévistes, indépendamment de leurs couleurs syndicales et politiques, qui, depuis près de 90 jours, ont été sur les piquets, de toutes les manif et sur l’ensemble des actions : le mouvement a clairement faibli. Est-ce un bon signe pour préparer un 14 juin qui ne devrait pas être un baroud d’honneur mais un point d’orgue dans le mouvement ? Certainement pas. Est-ce possible d’y remédier ? Sans doute, mais encore faudrait-il que la direction du principal syndicat de ce pays, à la tête des secteurs les plus avancés qui ont engagé la bataille contre la Loi Travail, se prépare réellement au combat, et non à dialoguer avec l’ennemi.

Jean-Patrick Clech

Isolement

Il y a, bien entendu, un effet d’usure, notamment dans les secteurs qui ont été à la pointe des blocages, ces dernières semaines, comme chez les raffineurs, qui ont suspendu le mouvement sur la plupart des sites, jusqu’à mardi. Là où il fallait jouer encore plus la carte de l’interpro, pas seulement à un niveau local, mais au-delà, les bastions en lutte les plus déterminés n’ont pas pu servir non seulement de de caisse de résonance de la colère de dizaines de milliers d’autres salariés, mais également de tremplin pour que d’autres entrent dans la lutte.

Menaces

Il y a eu, également, un gouvernement qui a haussé le ton. Il y a eu les menaces de réquisitions, d’un côté, et, de l’autre, le recours aux non-grévistes (pétrochimie, transports, éboueurs). C’est l’autre leçon de cette dernière phase du mouvement : en face, ils sont prêts à tout, pour éviter l’impact des grèves. De notre côté, il faudrait que l’on se prépare, réellement, à imposer les grèves, par des piquets et par l’autodéfense. A Paris, la situation serait moins « critique » au niveau du ramassage des ordures parce que la mairie PS-PC-Verts aurait obtenu que la CGT laisse entrer et sortir les camions-poubelles conduits par des non-grévistes et en ayant recours aux entreprises privées (Veolia, Derichebourg, etc.) qui collectent habituellement les déchets dans la moitié de la capitale.

Ballon

Il y a, bien entendu, le foot et l’Euro. Plusieurs directions de fédérations, notamment chez les cheminots, répétaient pourtant à l’envie, depuis des mois, que le moment ou jamais pour frapper un grand coup, ce n’était pas de partir trop tôt, mais d’attendre l’Euro. Et qu’apprend-on aujourd’hui des directions des confédérations syndicales ? Que Martinez ne veut pas « gâcher la fête »… On aura compris que, s’il s’agit de regarder un match entre ami-e-s, il suffit d’un téléviseur. Depuis quand les cheminots, les agents de la RATP, des transports municipaux marseillais, les éboueurs, doivent participer à l’organisation de la fête, quand El Khomri, Valls et Macron veulent nous faire la fête ?

Invit’

Et puis, enfin, il y a la fausse invitation au dialogue pour organiser un vrai coup-fourré lancé par la ministre du Travail (sur ordre de Matignon et de l’Elysée) en direction de Martinez, pour le vendredi 17, et que le leader de la CGT a accepté. Il n’est plus question de « retrait d’un texte ni amendable ni négociable ». Désormais, côté Martinez, on va négocier chez l’ennemi, qui sait qu’il a la montre de son côté, pour évoquer la nécessité de « retirer les cinq articles qui font la colonne vertébrale du texte » et de « rediscuter » l’article 2 sur l’inversion de la hiérarchie des normes.

Rien n’est joué, le match n’est pas fini !

Avec pareilles directions, à commencer par celle de la CGT, avec pareille constance et pareille conviction… inutile de dire que mêmes les plus déterminés se sentent isolés, voire lâchés. Y compris d’un strict point de vue tactique, Martinez aurait pu constater, dans son discours sur le site de la raffinerie de Lavéra, samedi, qu’en dépit du beau soleil, les rangs était clairsemés, en tout cas pas aussi fournis qu’ils l’avaient été, en proportion, sur le piquet du dépôt de Douchy-les-Mines, dans le Valenciennois, il y a un mois, où le leader de la CGT s’était rendu.

C’est autant de raisons pour continuer à exiger, comme l’ont fait plusieurs AG de cheminots au niveau de leur fédération, que les directions syndicales ne signe ni ne dialogue, que ce soit dans le cas du Décret Socle à la SNCF ou dans celui de la Loi Travail.

C’est autant de raison pour renforcer, réellement, l’auto-organisation, que ce soient des AG de grévistes qui puissent décider du cours du mouvement.

C’est autant de raison, enfin, pour chercher à explorer les voies d’une Rencontre Nationale des Secteurs en Lutte et en Grève pour qu’à la base, au niveau des directions intermédiaires, au niveau des grévistes et des équipes militantes mobilisées, nous ayons réellement notre mot à dire, pour que le 14 ne soit pas le « dernier round » comme le titre la presse du dimanche.

Si on avait la possibilité de les faire reculer, il y a encore quelques semaines, ce n’est pas pour qu’aujourd’hui on nous impose la fin du match et qu’on nous ordonne de rentrer chez nous.