Politique

17 octobre 61, mémoire d’un massacre

17 octobre 2016. Commémoration et rassemblement à Paris contre l’impérialisme de l’Etat français

Publié le 18 octobre 2016

Lundi 17 octobre, environ 150 personnes se sont réunies sur le pont Saint Michel à l’appel de plusieurs organisations politiques et syndicales pour commémorer le massacre du 17 octobre 1961 et rendre hommage aux victimes. L’appel unitaire réaffirme la nécessité de se mobiliser puisque « la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées – en particulier la guerre d’Algérie – non plus que dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elles ont entraînés, comme le crime d’Etat que constitue le 17 octobre 1961.  »

Ali

Les prises de paroles ont rappelées l’importance politique de la reconnaissance du massacre par l’Etat français en particulier dans un contexte où, la réhabilitation et la glorification du passé coloniale de la France s’invite régulièrement dans les discours des politiques (on se rappelle la proposition de Nicolas Sarkozy qui invitait les manuels scolaires à mettre en avant le « côté positif » de la colonisation). Les intervenants n’ont pas manqués de rappeler la persistance, à droite mais aussi à gauche, des discours identitaires et colonialistes ainsi que des propos niant la réalité du fait colonial et la responsabilité de l’Etat français.

Dans cette perspective, la lutte pour la reconnaissance des crimes coloniaux est indissociable des luttes contre les politiques racistes et impérialistes d’aujourd’hui. Aussi, au nom des travailleurs algériens massacrés par l’armée et la police française, la politique migratoire actuelle et notamment la gestion de la « crise migratoire » doit être dénoncée comme contraire aux droits humains et combattue comme telle. La lutte contre les violences policières et la gestion sécuritaire des quartiers populaires s’inscrit également dans cet héritage.

Au delà du massacre du 17 octobre, il est nécessaire d’arracher la reconnaissance de tous les crimes coloniaux commis par la France au cours de son histoire. Mais parce que les décolonisations nationales n’ont pas signées la fin du colonialisme, ce combat se prolonge dans la lutte contre l’impérialisme, contre la domination de l’Occident sur les pays du sud et en soutien aux peuples en lutte contre le colonialisme comme le peuple palestinien. A ce titre, le combat pour la libération du militant palestinien George Ibrahim Abdallah, incarcéré en France, a été évoqué.

« Exister, c’est exister politiquement. » Cette phrase du sociologue Abdelmalek Sayad, figure invoquée par M’Hamed Kaki (président de l’association Les Oranges) lors de sa prise de parole, a traversé la lutte des peuples contre le colonialisme comme elle traverse aujourd’hui la lutte des travailleurs et des descendants d’immigrés. Ce fut le sens de la manifestation des travailleurs algériens le 17 octobre 1961 à Paris. Dans cette perspective, 55 ans après le massacre du 17 octobre, il est grand temps d’exiger et d’imposer la reconnaissance par l’Etat français de ce crime du 17 octobre 1961, de sa responsabilité dans l’abandon des harkis, des massacres, des enfermements des populations algériennes dans les camps en France en 1962 par l’Etat français, ainsi que l’ouverture des archives sur la période au public, historien comme citoyen.