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Politique

La « République démocratique » façon Macron

Matraque et invective policière contre un journaliste de LinePress

Violemment interpellé par les forces de l'ordre alors qu'il couvre la mobilisation des ambulanciers, un journaliste de LinePress crie : « c'est la presse putain ! J'ai ma carte de presse ! ». « C'est à cause de vous que la France part en couilles ! », lui rétorque le gendarme qui s'improvise alors juge et bourreau...

Lors de la mobilisation des ambulanciers, sur le périphérique parisien ce lundi 5 novembre, un journaliste de l’agence de presse LinePress s’est fait violemment interpeller, jeter et plaquer au sol par un CRS alors qu’il filmait la manifestation. Malgré ses protestations répétées, disant qu’il « est journaliste » et qu’il « a une carte de presse », les gendarmes n’en démordent pas. L’un d’entre eux en guise de justification se lance dans une invective : « C’est à cause de vous que la France part en couilles ! ».

Les cas de violences policières existent depuis toujours dans les quartiers populaires, et depuis 2016 et la loi Travail sont monnaie courante dans les manifestations. Elles accompagnent un mouvement de droitisation du climat publique qui s’exprime autant au niveau européen qu’au niveau international depuis l’élection de Donald Trump aux États-Unis jusqu’à celle de Jair Bolsonaro au Brésil. En France ces mêmes violences vont crescendo depuis la crise de 2008, Sarkozy et son karsher, et surtout Hollande avec la répression de la contestation contre la Loi Travail. Macron continue sur cette lancée et intensifie la répression comme on a pu le voir lors du printemps 2018, que ce soit contre les étudiants mobilisés dans les facs ou encore les cheminots, qui se battaient pour défendre le service public de l’éducation ou du transport ferroviaire. Dans la continuité de la répression physique des mouvements sociaux, celle-ci s’exprime aujourd’hui sur le terrain judiciaire, dans les tribunaux où les militants syndicaux ou non syndicaux sont aujourd’hui traînés en justice pour des mobiles politiques.

Depuis trois jours, les ambulanciers se battent contre l’article 80 du projet de loi sur le budget de la sécurité sociale qui leur promet des conditions de travail au rabais, la mise en concurrence des services ambulanciers, et la suppression du remboursement pour les familles. Les violences policières y vont bon train : le blocage et la manifestation sur le périphérique a entraîné des tirs de grenade lacrymogène de la part des forces de l’ordre et ce mercredi, elles procédaient à des enlèvements de véhicules d’ambulance. Or, cette répression concerne aussi de plus en plus souvent les journalistes : le droit à filmer les violences policières est sans cesse remis en cause par des policiers, dont ces actes d’illégalité sont couverts.

Car, pour Macron, cette répression de la contestation, y compris de sa diffusion, devient désormais essentielle. Très faible électoralement et en chute libre dans les sondages, sa légitimité politique est de plus en plus contestée. Que reste-t-il à Macron pour faire passer ses réformes anti-sociales ? La matraque ! Matraque policière pour mater la contestation, matraque judiciaire pour donner un cadre légal à la répression et matraquage médiatique pour la justifier et créer le récit – le conte de fées pourrait-on dire à ce stade - d’une république « en marche ». C’est aussi le cadre dans lequel s’inscrit l’|augmentation d’un milliard du budget de la répression et qui donne des ailes aux forces de l’ordre. Comme on l’a vu lors de l’affaire Benalla, les policiers outrepassent désormais sans remords les quelques contraintes légales censées les encadrer. Dans ce contexte, comment s’étonner qu’un gendarme, s’improvisant juge et bourreau, puisse se sentir dans son droit, lorsqu’il matraque journaliste clairement identifié ? Lorsqu’il l’accuse, pour justifier son acte, d’être la cause des problèmes que traversent le pays ?

Dans un tel cadre ce policier devrait être à minima mis en examen, mais peu importe, il se sent soutenu par sa hiérarchie et protégé par la justice. Les cas de jurisprudence sont légion : Théo, brutalisé à la matraque télescopique et Adama traoré, mort suite à un placage ventral de trois gendarmes et dont la famille se bat toujours contre cette même justice qui protège les gendarmes ; ou encore les dizaines de manifestants blessés et le journaliste Alexis Kraland, frappé, gazé, interpellé à plusieurs reprises et gardé à vue le 3 octobre 2018.

Si les forces de l’ordre peuvent meurtrir en toute impunité un journaliste alors qu’elles sont censées agir dans le cadre de la loi française, c’est qu’elles font partie de tout un appareil répressif au service des intérêts de classe : l’État, dont Macron est le premier représentant. Cette institution n’est pas impartiale, elle ne défend pas une « justice aveugle » ni l’égalité et la fraternité entre les classes. Elle est là pour assurer les intérêts de la bourgeoisie contre ceux de la classe ouvrière, les intérêts des exploiteurs contre les exploités et opprimés. Notre seule liberté, c’est celle de nous organiser pour combattre cet appareil répressif et ceux qu’il représente.




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