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Monde

Négociation...et répression

Mayotte : L’accord rejeté, la grève générale continue !

Malgré l'accord de principe conclu par Annick Girardin, ministre des Outre-mer, et les représentants du mouvement, les travailleurs mahorais et l'intersyndicale ont décidé de le rejeter et de continuer la grève générale et le blocage du port principal de l’île et des routes.

Le passage d’Annick Girardin à Mayotte mardi dernier n’aura fait qu’attiser la volonté des Mahorais. Mercredi, après plus de quatre heures de réunion, l’ensemble des dirigeants de l’intersyndicale et du Collectif des citoyens de Mayotte a rejeté les propositions qui avaient fait l’objet d’un accord de principe avec Girardin la nuit précédente.

Cet accord de principe a été présenté comme un accord par la ministre des Outre-Mer. Le ministère a fait état de « la construction d’un accord mettant un terme à la crise de Mayotte », alors même que les représentants du mouvement ont expliqué qu’ils allaient consulter la population avant de signer quoi que ce soit et d’envisager la levée des barrages.

L’accord de principe n’abordait que la question de la sécurité

Le mouvement a la particularité de combiner des revendications pour la « lutte contre l’insécurité », avec des mots d’ordre réactionnaires pour y remédier, demandant des renforts policiers et une politique plus répressive vis-à-vis des étrangers, portées par les collectifs d’associations de citoyens et de l’autre des revendications plus progressistes comme plus de moyens pour les services publics, l’éducation, la santé, les infrastructures routières, etc, portées par l’intersyndicale qui exige 1,8 milliards d’euros d’investissements. Le PIB par habitant à Mayotte est de 6 575 euros, cinq fois moins élevé que dans l’Hexagone. Le taux de chômage est de 26%, contre 9,2% en France. Les services publics y sont dans un état catastrophique. Une situation de misère et de violence bien entretenue par le gouvernement.

Annick Girardin a décidé « quinze mesures d’urgence en matière de sécurité » dont le contenu n’a pas été entièrement précisé. La ministre qui veut remettre « plus d’État, mieux d’État » à Mayotte a décidé de déployer un arsenal répressif sur les îles. Pour ce qui est d’une amélioration des services publics, il faudra repasser. 60 gendarmes mobiles arrivés début mars resteront jusqu’à la fin de l’année scolaire ; une brigade de gendarmerie nationale est créée à Koungou ; une augmentation des effectifs de la réserve territoriale de la gendarmerie, dix policiers supplémentaires en mars et seize gendarmes d’ici août qui seront notamment affectés à la prévention de la délinquance juvénile, un développement de la vidéosurveillance. Il ne faut pas si tromper, les renforts des forces de répression sont là également pour réprimer les mouvement sociaux. Lundi dernier, alors que la quasi-totalité des barrages installés sur les principaux axes routiers du territoire avaient été levés, les gendarmes mobiles sont intervenus pour dégager le barrage maintenu au rond-point stratégique à l’entrée du port de Longoni.

Une répression des migrants sans précédent

En plus de ça, il y a tout l’aspect lutte anti-migrant. Dans un contexte où sur le territoire hexagonal Macron est en train de mener une offensive raciste et xénophobe contre les migrants, il ne fallait pas s’attendre à mieux de sa ministre. Le gouvernement fait porter toute la responsabilité sur l’immigration, encourageant la xénophobie à Mayotte.

Ainsi, Girardin a promis la création d’un état-major de la lutte contre l’immigration illégale « à terre et sur mer », notamment avec « l’envoie immédiat par la marine nationale d’un navire patrouilleur militaire qui est sur place depuis vingt-quatre heures ». De nouveaux intercepteurs devraient arriver l’été prochain. Alors même que certains migrants arrivent à Mayotte dans des embarcations de fortune en risquant leur vie, l’État français veut les empêcher de poser les pieds sur le sol mahorais. On sait quel désastre humain cela représente notamment lorsque l’on voit les milliers de morts en Méditerranée.

Au lieu de développer une vague de construction de logement décent, la ministre des outre-mer a décidé de mettre en place un plan de destruction des habitats illégaux qui sont des habitats de fortune.

Bien que ces accords aient été refusé par la population, la ministre a décidé de tenir ses engagements et ce même si les barrages « ne sont pas levés tout de suite ». Ce qui se passe depuis 2 jours à Mayotte le montre. Une rafle d’envergure, rappelant les heures les plus sombres de l’histoire de l’État français, a eu lieu. En deux jours, ce sont 192 personnes en situation irrégulière qui ont été expulsés lors d’opérations menées par les forces de l’ordre. La préfecture a expliqué via un communiqué que « conformément aux engagements pris par l’État, plusieurs opérations d’ampleur ont été menées par les forces de sécurité intérieure au cours des dernières quarante-huit heures ». Voilà ce que propose le gouvernement à la population vivant à Mayotte.

Même si Mayotte est un "département français", elle n’en reste pas moins une colonie moderne, où les habitants continuent à ne pas posséder les mêmes droits que les citoyens hexagonaux. Les allocations y sont par exemples moins importantes, tout comme le salaire minimum, qui ne s’élève qu’à 7,37 euros, et les travailleurs sont soumis à un code du travail spécifique. L’État français utilise la colère des Mahorais contre la misère et la violence qu’elle engendre inéluctablement, pour la mettre sur le dos de l’immigration des Comoriens, et autres archipels voisins. L’immigration devient donc synonyme d’insécurité, un prétexte pour ne pas répondre aux exigences des Mahorais qui demandent des moyens pour les services publics, comme la santé ou l’éducation et un développement des infrastructures. Ce que veut la population de Mayotte c’est en finir avec la pauvreté et le sous-développement entretenu par l’État français. Ce dernier répond par l’envoi de troupes supplémentaires afin de réaffirmer d’une main de fer son impérialisme sur ses colonies.




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