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Monde

Tribune libre

Mayotte paralysée

Voilà deux semaines que des barrages érigés aux quatre coins de Mayotte bloquent complètement l’île.

© Damien Gautreau

Par Damien Gautreau
Blog : Maore na ya majirani yahe
Source : Blog mediapart

Le mouvement a débuté il y a plusieurs semaines suite à des bagarres entre bandes rivales au lycée de Kahani puis aux caillassages de bus scolaires aux abords de Mamoudzou. Face à ce climat d’insécurité et à l’important retard de développement de l’île – département le plus pauvre de France – le mouvement s’est durcit il y a exactement deux semaines. Les Mahorais ont, à juste titre, le sentiment d’être abandonnés par l’État français qui investit moins à Mayotte que dans n’importe quel autre département. Des barrages sont mis en place en plusieurs points stratégiques.

Les barrages sont principalement tenus en journée par les bouénis, les femmes mahoraises, et en fin de journée par de jeunes hommes. L’ambiance y est tendue et plusieurs altercations violentes ont été signalées. Ces barrages ne laissent passer aucun véhicule, pas même ceux des malades se rendant chez un médecin. Les piétons sont filtrés selon leur origine ethnique et les étrangers ne peuvent les traverser. Les tensions communautaires sont à leur paroxysme.

En effet, il y a là un point de discorde entre les différents protagonistes. L’intersyndicale qui exige un plan de rattrapage de 1,8 milliard d’euros afin de combler une partie du retard de développement et des investissements massifs dans l’éducation, les infrastructures routières et hydriques, la santé, la sécurité et la justice. Le collectif, lequel regroupe des associations de citoyens mahorais, se focalise lui sur l’insécurité et l’immigration clandestine. Il a tendance à faire le raccourci « immigration = insécurité » et sa revendication principale est donc l’envoi de renforts de police et une politique plus dure à l’égard des étrangers.

Dans tous les cas, la réponse du gouvernement n’est pas à la hauteur des attentes, le collectif annonce un durcissement des barrages et l’intersyndicale appelle à la grève générale et illimitée à compter du lundi 12 mars, jour de la rentrée des classes. La ministre de l’outre-mer, Girardin, n’est pas la bienvenue sur l’île et la population exige la venue du premier ministre en personne. Ce dernier ne prévoit pas de se rendre sur place et n’entend pas donner satisfaction aux revendications. C’est donc un dialogue de sourds. Le résultat est une situation explosive qui laisse craindre des débordements dans la semaine qui vient.




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