Politique

Primaire de la droite

Meeting de Juppé au Zénith. Sarkozy le « mini-Trump » dans le viseur, Fillon en lame de fond

Publié le 14 novembre 2016

La pression monte. À six jours du premier tour de la primaire de la droite, le tiercé gagnant semble se dessiner. Alain Juppé, toujours le favori des sondages, est en perte de vitesse dans cette dernière ligne droite. Face à Nicolas Sarkozy qui maintient la pression, et à François Fillon qui fait une percée, ce meeting de campagne au Zénith de Paris avait un parfum de présidentielle. L’objectif était bien de taper un grand coup pour assurer le 1er tour crucial pour la dynamique à venir. Rassembler la droite et le centre, appeler à élargir la mobilisation, tout en réaffirmant un programme de droite, crédible et réaliste. Sarkozy était dans le viseur, Fillon faisait l’objet d’attaque à fleuret moucheté.

Damien Bernard

Dans une ambiance survoltée, quelques 6000 sympathisants agitaient des drapeaux bleu blanc rouge pour chauffer la salle du Zénith de Paris. Celui qui porte la campagne dite « AJ » pour Alain Juppé a d’ailleurs fait durer le« plaisir ». C’est par un long périple dans la fosse qu’Alain Juppé s’offre un bain de foule, quasi interminable. Des salutations aux figures et aux personnalités, quelques poignées de main aux militants. Un meeting de campagne en forme de pied de nez à ses détracteurs et concurrents. « Certains nous mettaient au défi de remplir le Zénith. Voilà », affirmait Juppé. Dans son viseur : Nicolas Sarkozy qui avait aussi fait salle comble ici le 9 octobre.

Une alliance avec le centre assumé contre la division Sarkozy

Quoi de mieux qu’une démonstration pratique pour faire démentir ses détracteurs. C’est avec une introduction à quatre voix que Juppé a souhaité faire parler une alliance centre-droite. Tout nouveaux soutiens, le député Les Républicains Patrick Devedjian ainsi que la première vice-présidente du MoDem, Marielle de Sarnez, ont débuté les hostilités. Droite et centre pour affirmer le « rassemblement » face à la division et au populisme qui rode à droite d’autant plus après l’élection de Trump aux Etats-Unis. Un pied de nez adressé à Sarkozy.

En effet, l’alliance avec le MODEM, et notamment la figure de François Bayrou, avait polarisé le deuxième débat de la primaire de droite. Si le responsable centriste ne s’est pas déplacé, la quasi-totalité de ses lieutenants était en revanche bien présente au Zénith. De nombreux responsables MoDem ont assisté au meeting : le secrétaire général du parti, les vice-présidents du parti, et bien d’autres. Le président Jean Christophe Lagarde, UDI, était lui aussi présent pour enfoncer le clou. C’est un coup de force des centristes en faveur du maire de Bordeaux à six jours du premier tour.

Pour se réaffirmer à droite sous le signe du « réalisme »

« Droit dans mes bottes j’ai été, droit dans mes bottes je resterai », glissait Juppé dans son discours. Ainsi, dans la dernière ligne droite, pas question de changer de stratégie. Pourtant face aux attaques à sa droite, Juppé n’a cessé de réaffirmer son autorité, sa volonté d’un véritable programme de rupture. D’abord en agitant l’épouvantail du FN, puis en taclant le bilan de Hollande, pour mieux répondre aux attaques sarkozyste en réaffirmant « la nécessité de réformes profondes, radicales ». « Mais je veux rester crédible, ne pas promettre des chocs sismiques », en forme de réponse à Fillon.

La présidente Les Républicains de la région Île-de-France Valérie Pécresse, qui soutient depuis le 1er novembre Alain Juppé, a semblé elle aussi incarner l’aile plus droitière sur le plan sécuritaire et libéral en taclant notamment l’ancienne garde des sceaux Christine Taubira pour avoir « amplifié le sentiment d’impunité des délinquants », ou encore Macron pour n’avoir œuvré qu’à la libéralisation des autocars et à l’ouverture que de certains magasins le dimanche. Pour ensuite partir sur l’amalgame a peine voilé entre « islamisme radical » et « arrivée incontrôlée de migrants ».

Sarkozy cible privilégiée, Fillon pour le moins épargné

Ainsi c’est Nicolas Sarkozy, l’ex-chef de l’État, qui en prend le plus pour son grade, accusé de « courir derrière le Front national ». « On ne veut pas d’un mini-Trump à l’Élysée », avait lâché quelques minutes plus tôt Jean-Christophe Lagarde. Le maire de Bordeaux moque par la suite « ceux qui se sont montrés les plus pusillanimes quand ils étaient au pouvoir (et qui) gonflent aujourd’hui leurs biceps ». Un tacle adressé à la fois à Nicolas Sarkozy et à son ancien Premier ministre. Le matin même, Juppé dégainait contre Fillon sur RTL en qualifiant la suppression de 600000 fonctionnaires de « billevesée ».

Plutôt attentiste lors des deux derniers débats télévisés, qui ont plutôt profité à Fillon, tout en laissant toutes ses chances à Sarkozy, Alain Juppé tente de repartir à l’attaque en misant sur les fondamentaux. Face à ces deux adversaires, il défend une « campagne de vérité » mais aussi dans ses soutiens aussi bien au centre, qu’à droite. Revendiquer le gaullisme, et sa lignée chiraquienne, pour se couvrir sur la droite. Face à un Sarkozy qui joue à la surenchère, Juppé assume la polarisation d’une alliance centre-droit, tout en cherchant à élargir au maximum l’électorat qui participera au scrutin. En effet, la participation sera cruciale pour un 1er tour qui déterminera fortement la dynamique d’ensuite.