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Politique

Le vrai visage du FN

Meeting de Marine Le Pen, plus xénophobe que jamais : rediabolisation assumée !

Secouée par Philippe Poutou lors du débat à 11 sur ses affaires de corruptions et en baisse dans les sondages, Marine Le Pen a tenté le tout pour le tout lors de son meeting au Zénith de Paris lundi dernier. Au programme : un revirement à droite toute dans la lignée de Jean-Marie Le Pen. Après sa sortie sur le Vel d'Hiv la semaine dernière, la candidate frontiste est revenue sur ses terres de prédilections dans un discours de propagande raciste et xénophobe.

De la France apaisée à la France en ordre

La campagne du Front national avait commencé par une bonne dose de dédiabolisation mais elle se termine par un retour brutal aux fondamentaux du parti d’extrême-droite. Galvanisée par le Brexit en juin 2016, Marine Le Pen avait commencé à faire le ménage dans ses rangs en excluant son père du parti, dès le mois d’août, pour en assainir la ligne et l’image. Dans la foulée, le Front national avait axé sa campagne autour d’une ligne souverainiste, anti-européiste et de défense des plus démunis. Le refus clair et net d’une entrée de Marion Maréchal Le Pen, tenante d’une ligne identitaire et traditionaliste, au gouvernement en cas de victoire venait renforcer cette inflexion.

Pourtant, les récentes polémiques sur les affaires de corruption au Front national, digne de celles d’un Fillon, ont desservi la campagne moribonde de la candidate d’extrême-droite, au point de voir son accession au second tour compromise. Sa contre performance aux deux débats présidentiels où elle n’a pas su répondre aux attaques de Philippe Poutou ont fini de mettre un frein à son ascension dans les sondages. Elle baisse désormais dans les intentions de vote et le meeting du Zénith était l’occasion de rappeler que, malgré le ravalement de façade médiatique, le FN reste le FN. Marine Le Pen a donc tenté une opération de reconquête de sa base électorale traditionnelle en ressortant les vieilles recettes racistes et xénophobes qui font l’identité du parti d’extrême-droite.

Un moratoire sur l’immigration

La mobilisation contre le meeting avait visé juste en venant dénoncer le discours réactionnaire de la candidate à la présidentielle de 2017. Marine Le Pen s’est en effet livré à un discours d’une rare démagogie dans cette campagne, reléguant ses thématiques souverainistes pour se concentrer sur l’immigration, source de tous les maux dont souffrirait la France. Du « gros rouge qui tache », comme l’avaient annoncé ses équipes de campagne. En quelques formules tout droit sorti du vieux fond de commerce du FN, la fille de Jean-Marie Le Pen a réussi à hystériser son public : « Rendez-nous la France ! », on n’est « plus chez nous en France », « l’immigration, ce n’est pas une chance pour la France. C’est un drame pour la France » ou encore « en France on boit du vin si on en a envie. On entend sonner la cloche au lointain ».

Ces quelques propos préparaient le repositionnement du FN dans une ligne réactionnaire où Le Pen a fustigé l’immigration en amalgamant le tout dans un discours sécuritaire et anti-musulman. Entre les « flots migratoires intarissables qui rendent notre pays méconnaissable » et les « cartes d’identité fabriquées à la photocopieuse », la candidate d’extrême-droite a annoncé sa volonté de promulguer un moratoire sur l’immigration en cas d’élection le 4 mai prochain. Cette mesure qui ne figure pas dans son programme officiel vient s’ajouter à un armada de mesure réactionnaire comme la promulgation du droit du sang et la priorité nationale. Elle aurait pour fonction de redéfinir les règles d’entrée en France et les quotas admissibles par an.

Ligne identitaire assumée contre l’immigration

Derrière le flou de cet effet d’annonce, on peut toutefois en deviner la teneur réactionnaire au vu du discours sécuritaire que Marine Le Pen a servi au Zénith. En championne de l’état d’urgence et de la fermeture des frontières, elle ose affirmer, qu’avec elle, « il n’y aurait pas eu les terroristes migrants du Bataclan, de Merah le tueur de militaires et d’enfants juifs », comme si ces regrettables attentats n’était pas le résultat indirect de l’impérialisme français. Elle amalgame, au contraire, immigration, islamisme et terrorisme dans des propos sans ambiguïté et d’une violence parfaitement assumée : « Derrière l’immigration massive, il y a le terrorisme, derrière l’immigration massive, il y a l’islamisme ». En pourfendeuse du « fondamentalisme musulman », comme elle le désigne, elle réactive la polémique sur le Burkini, « un uniforme dont on veut nous imposer la présence », et se présente comme la seule défenseure des femmes dans cette campagne : « Les Français ne veulent pas se faire imposer des lois, des coutumes et des paysages qui ne sont pas les leurs. En France, on respecte les femmes. On ne les interpelle pas avec des propos obscènes ! ». Faut-il rappeler qu’en tant qu’opposé à l’IVG et à la GPA, Marine Le Pen faut une bien piètre défenseure des droits des femmes ? Comme à son habitude, le FN ne se découvre un fibre féministe que quand cela lui permet d’attiser la haine contre l’Islam. Le reste du temps, le sort des femmes, au travail et dans la rue, lui importe bien peu.

Réveiller l’électorat réactionnaire

Le FN revient donc sur les thématiques qui font son unité profonde : le combat de civilisation contre l’étranger, loin des propositions souverainistes qui ne font pas vraiment l’unanimité au sein du parti. À ce titre, la mesure phare de sortie de l’euro n’a même pas été évoquée lors du meeting alors qu’elle était encore il y a peu un élément central de la rhétorique de Marine Le Pen. En perte de vitesse face à la dynamique de Macron et plus récemment de Mélenchon, la candidate du Front National a voulu réveillé les vieux démons du parti pour remobiliser son électorat traditionnel et sortir de la perspective des scandales financiers et du frexit. Le FN reste donc toujours le parti xénophobe, raciste et réactionnaire qu’il est depuis ses origines et malgré toutes les dédiabolisations avortées.




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