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Politique

400 personnes et grosse ambiance hier soir

A Paris 8 autour de Philippe Poutou, l’amphi avait un air du printemps dernier

Hier à Paris 8 a eu lieu l’un des plus importants meetings de la campagne de Philippe Poutou jusque là, qui a rassemblé plus de 400 personnes et ce, dans une ambiance très combative et déterminée. Le meeting a constitué un temps fort de la campagne du NPA dans la jeunesse dans l’une des universités les plus mobilisées contre la loi Travail et son monde, une mobilisation qui fêtera le 9 mars son premier anniversaire. Un succès, alors même que cette caste politicienne, leur système des plus anti-démocratique, notamment leur règle des 500 parrainages veulent empêcher que Poutou en soit. A la tribune, autour du candidat anticapitaliste : Anasse, cheminot délégué Sud Rail à Paris Nord en grève en ce moment, David, enseignant dans le 92 et membre du mouvement « Touche pas à ma ZEP », Stav, travailleuse de Paris 8 engagée pour les droits des femmes, Mar étudiante et militante au NPA jeunes à Paris 8, et Omar Slaouti, militant antiraciste porte-parole de la marche du 19 mars. Le meeting a été suivi d’un concert en hommage aux victimes des violences policières, en présence de Youssouf Traoré, le petit frère de Adama. Le concert était animé par des rappeurs venus de Beaumont-sur-Oise pour rappeler que « tant qu’il n’y aura pas de justice, il n’y aura pas de paix » pour Adama, Théo et les autres.

Correspondants

Dans l’amphi, un échantillon de luttes et de radicalité

« A-Ah. Anti. Anticapitaliste » clamait le public au début du meeting, rappelant un slogan qu’avait fait leur les manifestations contre la loi-travail, qui débutèrent il y a tout juste un an. Dans l’amphi comble, on distingue des visages croisés sur les blocus lycéen ou dans les comités de mobilisation étudiants, sur les piquets de grève, les visages de celles et ceux pour qui la loi travail a été un moment fort de politisation. Comme l’annonce Sarah, militante du NPA jeunes à Paris 8 à la tribune en ouvrant le meeting, était aussi présente une délégation de cheminots du Bourget, qui rentrait à nouveau le jour même dans une grève offensive et illimitée, ainsi que des travailleurs de la Fnac Champs-Elysées qui se sont battus 80 jours durant contre les conditions déplorables que leur impose leur direction. Au total, un petit échantillon de ce que veut représenter la campagne de Philippe Poutou, c’est à dire la voix des secteurs les plus combatifs de notre classe, de la jeunesse, des quartiers populaires.

Au cœur des discussions, une élection présidentielle plus incertaine que jamais, où les casseroles, ne cessent de s’accumuler et de révéler ouvertement la corruption généralisée et structurelle de cette caste politicienne. Où l’on voit la crise des principaux partis qui dominaient jusqu’alors l’échiquier politique, le PS et les Républicains, expression que les classes dominantes peinent à trouver un successeur suffisamment solide à Hollande, pour imposer les contre-réformes dont le MEDEF a besoin. Où la question de l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen est ouvertement posée.

Un meeting de jonction contre les violences policières, en présence du collectif vérité et justice pour Adama Traoré

Comme il a été rappelé à la tribune hier il existe un point commun à toutes les candidatures à cette présidentielle de Jean-Luc Mélenchon à Marine le Pen en passant par Hamon, Macron et Fillon : tous prévoient d’embaucher des milliers de gendarmes et policiers en soutien aux effectifs déjà existants, alors même que les violences policières se multiplient et que l’Etat est sans cesse plus policier. Sur ce point aussi, Philippe Poutou se place à contre courant.

Omar Slaouti, membre du collectif « Justice et Vérité pour Ali Ziri » et porte-parole de la marche du 19 mars, l’a bien rappelé : « dans les quartiers populaires, tous les jeunes savent ce qu’est une palpation testiculaire, tous savent ce qu’est un toucher rectal ; tous savent pourquoi Zyed et Bouna courraient : l’affaire Théo et l’affaire Adama le rappellent ». Pour ce militant de longue date, le mouvement contre la loi-travail a permis quelque chose d’impensable il y a quelques années, et dont la campagne Poutou peut participer : un début de convergence entre les milieux politiques et syndicaux plus traditionnels et les quartiers populaires. Car « quand à Aulnay ou à Beaumont, on décide que les humiliation, la hogra, le harcèlement est trop fort, cela nous oblige, tous, syndicalistes, étudiants dans les facs, travailleurs, à être solidaires de ceux qui s’enflamment ». C’est dans ce sens qu’un appel solennel a été lancé pour participer à la marche pour la Justice et la Dignité, le 19 mars.

Et c’est cette jonction même qu’incarnait la présence du collectif vérité et justice pour Adama, dont celle de son petit frère Youssouf Traoré.

La campagne de Philippe Poutou, un outil contre les « monstres »

C’est sur cette élection présidentielle sur fond de crise organique qu’est revenu Philippe Poutou dans son intervention. Après plus de 30 années de casse des acquis du mouvement ouvrier par les politiques néo-libérales de droite comme de gauche, on assiste encore et toujours à une montée du Front National des racistes, des homophobes et des réactionnaires. C’est dans ce contexte, qu’émerge la candidature de Macron, un banquier d’affaire qui ne travaille que pour le CAC40, qui se dit « anti-système ». L’ex-banquier de Rotschield a pourtant été clair sur ses intentions et prévoit lui aussi la casse de la fonction publique avec notamment 120 000 suppression de poste de fonctionnaires. Plus que jamais, disait hier Mar pour les jeunes du NPA, la citation de Gramsci, un marxiste Italien, prend son sens aujourd’hui : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». « Le 21ème siècle peut en effet être celui des montres, a affirmé la jeune militante, mais il peut aussi être celui où nous décidons de sortir du dogne selon lequel "il n’y a pas d’alternative", comme disait Margareth Thacher. Et c’est un message fort de notre campagne, qu’il faut prendre nous-mêmes nos affaires en main, arrêter de s’en remettre à un sauveur suprême ».

Face à l’instabilité de ceux d’en haut, le NPA et Philippe Poutou comptent bien apporter une alternative, une « autre voie » face à ceux qui ne promettent que l’austérité et le chômage de masse, « une autre manière de faire la politique » comme le disait hier l’ouvrier de chez Ford, celle de notre classe. Car si les anticapitalistes ne croient pas pouvoir changer les choses grâce aux élections ni avec la fonction présidentielle, ce sont les mobilisations, qui permettront de construire le rapport de force : « nous devons mener des grèves offensives » a expliqué Anasse ; « il faut continuer la lutte de Touche pas à ma ZEP » lançait David, du collectif du même nom ; « la grève nous a permis de réaliser une force qui nous était méconnue : celle qu’on peut vaincre et qu’on est plus fort qu’eux  » a conclu Stav, une travailleuse de l’université.

Un appel à s’organiser pour combattre des capitalistes... qui eux le sont bien

La campagne Poutou se veut être « un outil pour construire les plans des batailles à venir », comme l’a expliqué Mar, étudiante à Paris 8. Un outil qui doit permettre de sortir des présidentielles plus forts pour se préparer à affronter les programmes Macron, Fillon ou Marine Le Pen. Car l’ennemi commun de celles et ceux venus écouter les interventions, rappelait Philippe Poutou, se trouve en arrière plan même des politiciens corrompus, c’est tout le système capitaliste dont ils ne sont que le personnel politique, des tours de la Défense aux beaux quartiers du XVIe et de Neuilly. Mar rappelait l’importance de s’organiser : « les classes dominantes sont organisées, et pas seulement pendant les mouvements. Nous aussi nous devons oser avoir notre mémoire, notre programme, notre plan. On ne peut plus se contenter de résister ponctuellement à telle ou telle attaque, ni même d’être "ingouvernables"dans le cadre de ce système, il faut organiser son renversement ».

Les artistes de Beaumont à Paris 8 : scène de rap ouverte contre les violences policières

« Justice et Vérité pour Adama » fut ensuite l’un des mots d’ordre de la soirée-concert qui a suivi le meeting. De nombreux artistes qui ont connu Adama avant sa mort cet été étaient présents : Sai Sai, Yomgui, J-White, Magestik, Babs Thug, DoomsP, L.A.X et Dooums ont ainsi égrené leur flow sur la scène de Paris 8. Yomgui et J-White le rappelait : « la vie n’est pas toujours très belle, elle est constituée d’horreurs ; c’est seulement en quelques heures que ton destin est devenu néant …19 juillet date de décès, mais aussi date d’anniversaire ». Un concert émouvant et qui concrétisait les convergences dont avaient parlé Omar Slaouti.

Pour voir ou revoir les interventions en vidéo, c’est ici.




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