Politique

Ce week end à Paris

Meeting du « Plan B » : Varoufakis plante Mélenchon au dernier moment

Publié le 22 janvier 2016

A Paris, ce samedi, débute le « sommet du plan B » réunissant Jean-Luc Mélenchon et d’autres représentants de gauche de la gauche européenne. Impulsé à l’aune de la capitulation de Tsipras et de la création de l’Unité Populaire en Grèce, le projet du plan B a été percuté par les attentats du 13 novembre. Six mois ont passé. D’un côté, c’est une extrême droitisation de l’échiquier politique en France et en Europe malgré l’exception dans l’Etat Espagnol et au Portugal, sur fond de politique ultra sécuritaire, islamophobe et xénophobe. De l’autre, Yanis Varoufakis, l’une des figures de proue du mouvement, s’est désolidarisé du plan B pour rentrer dans le rang de la « réforme » du modèle européen. Pour Mélenchon, le pari du plan B est-t-il toujours gagnant ?

Damien Bernard

Initialement prévu les 14 et 15 novembre derniers, l’initiative politique, discutée notamment pendant la fête de l’Humanité, visant l’idée d’un Plan B à l’échelle européenne, avait été reportée. Sur deux journées, 46 intervenants aborderont différentes questions, plus particulièrement autour de l’économie, avec notamment Frédéric Lordon, et Cédric Durand, du Front de Gauche. Ce seront aussi des élus européens et des universitaires de renom, dont l’économiste grec Costas Lapavitsas, qui participeront aux débats.

Un plan B pour quoi faire ?

Pour Mélenchon, l’objectif du plan B reste de « créer un espace alternatif de pensée, un émetteur capable de dessiner un autre chemin », pour contrer « la dictature de la pensée unique quand il s’agit d’envisager l’Europe, pour ne pas la résumer à une dialectique entre Merkel et Cameron, soit l’ordolibéralisme, soit le repli nationaliste ». Cette perspective vague qu’avance Mélenchon, il l’exprime notamment par les buts tout aussi flous qu’il fixe à cette conférence « Notre but n’est pas de présenter un plan B, mais de dire qu’un plan B est possible, et qu’il y en a même plusieurs ».

Au cours de cette conférence, malgré la « crise » migratoire sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, le thème de l’immigration ne sera pas abordé, laissant le primat à l’économie. Sur la crise de Schengen et le renforcement des frontières ainsi que sur les tendances à l’Europe forteresse, silence. La raison invoquée ? « Il faut d’abord se mettre d’accord sur un cadre global économique, car la question migratoire en dépend directement », estime Mélenchon, qui continue à juger les décisions d’Angela Merkel sur le sujet « dramatiques ». La logique est la suivante : ce seront donc les marges de manœuvre créées par les « nouvelles politiques économiques », qui détermineront en dernière instance le nombre de migrants qui seront accueillis. Point donc de liberté totale de circulation et d’installation pour les migrants.

La discussion se focalisera ainsi autour de trois piliers : l’euro, la dette publique et le commerce. L’eurodéputé allemand de Die Linke Fabio de Masi résume les objectifs que les débats du week-end devront résoudre : « tout le monde doit désormais avoir la réponse à la question suivante : si des élections se déroulent en Europe, que l’on se retrouve avec dix ou douze gouvernements de gauche, mais que la BCE, qui imprime notre monnaie, nous dit : peu importe ce qu’ont voté les citoyens, peu importe que vous aimiez ou pas l’austérité, si vous n’obéissez pas, on vous sort de l’euro… On fait quoi ? C’est exactement ce qu’ils ont fait à la Grèce, avec la complicité du ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble ». Dans les pas de l’Unité Populaire, l’eurodéputé de Die Linke pose ainsi clairement la question d’une sortie « ordonnée » de la zone euro qu’il oppose à une sortie imposée par la BCE ou la Troika, qui serait dans les « termes » bien plus catastrophique qu’une sortie choisie, laissant bien sûr de côté les conséquences des énormes dévaluations qui toucheront au premier titre les travailleurs et les classes populaires.

Mais ce sont bien « plusieurs plans B » qui seront discutées lors ce meeting. L’aile « radicalisée », représentée par Die Linke, côtoiera l’aile « modérée » représentée par Izquierda Unida pour qui le débat sur l’euro n’est pas tranché.« Nous n’avons pas une ligne unique sur l’euro. Certains sont pour une sortie, d’autres contre. Moi-même, je ne suis pas encore au clair, avoue Javier Couso. C’est pour rendre l’initiative la plus large possible que Mélenchon a décidé de ne pas trancher sur la position à adopter vis-à-vis de l’euro, la question ne faisant pas accord entre les différents secteurs.

La renaissance d’une aile « européiste »face à la possibilité d’un gouvernement de gauche entre le PSOE et Podemos en Espagne ?

Varoufakis, l’un des initiateurs « vedettes » du plan B, ex-ministre grec de l’économie, a déclaré forfait pour Paris en milieu de semaine. L’ex-ministre grec a prétexté, auprès des organisateurs du sommet, des soucis logistiques qui seraient dus à sa reprogrammation il y a quelques semaines à peine. Il a assuré par là même qu’il n’avait pas de désaccords de fond sur la dynamique engagée.

La raison semble pourtant tout autre. Varoufakis s’apprête en effet à lancer un nouveau mouvement politique à Berlin, le 9 février. L’ex-ministre grec le présente comme un « rassemblement de personnes pour essayer de trouver une solution » à la crise européenne. Ce nouveau « réseau européen anti-austérité », il ira le présenter à Madrid quelques jours plus tard, aux côtés de plusieurs maires « indignés », dont la maire de Barcelone Ada Colau.

Cette démarche initiée par Varoufakis vise à garder le cadre de la monnaie unique, tout en réformant l’Union Européenne pour faire face au « déficit démocratique de l’UE », repensant ainsi les bases d’un « fédéralisme européen ». Pour en « finir avec l’austérité », c’est le retour au réformisme « européisant » du Plan A de Tsipras, remanié d’une touche de « politique fiscale juste, la fermeture des paradis fiscaux, des systèmes d’échanges complémentaires, la remunicipalisation des services publics, la répartition égalitaire du travail y compris pour les personnes qui restent au foyer, un modèle de production basé sur les énergies renouvelables, la réforme ou l’abolition du pacte fiscal européen, en particulier du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans le cadre de l’Union économique et monétaire. »

Ainsi, c’est un renouveau avec des variations de la musique du Plan A que rejoue Varoufakis. Et cela n’est pas déconnecté du nouveau contexte politique ouvert après les attentats en France, mais aussi des « échecs » des tests pratiques du « plan B ». Malgré la capitulation de Tsipras, l’Unité Populaire et son Plan B n’ont pas su capitaliser et sont loin de représenter une alternative pour les masses populaires, comme l’a exprimé la défaite écrasante de l’UP aux élections législatives de septembre dernier. Dans ce contexte, alors que le plan B veut remettre en scène, au sein de la gauche européenne, certains débats centraux et clivants, comme la sortie de la zone euro, Varoufakis opte pour une démarche plus « consensuelle » dans la gauche réformiste, suivant la courbe droitière prise par exemple par Podemos dans l’Etat Espagnol qui, « européiste » jusqu’au bout, vient tout juste d’annoncer vouloir faire alliance avec le PSOE.

Le cap reste fixé sur 2017

Malgré tout, Mélenchon reste fixé sur son objectif initial : l’idée de reproduire à l’échelle européenne, le « succès » du sommet de São Paulo en 2005 qui avait porté, selon lui, « 11 forces progressistes au pouvoir en Amérique latine » ; cycle qui vient cependant de prendre fin avec la crise économique et les récentes victoires de la droite dans divers pays d’Amérique latine. Sur son blog, il explique ainsi créer « un courant intellectuel coordonné, qui crée une ambiance et renforce chacun d’entre nous quand il rentre dans son pays », concluant ainsi : « D’une réunion sans aucun écho médiatique sortirent dix gouvernements… Qui sait ? »

Cependant l’absence de Varoufakis est un coup dur pour Mélenchon et pour la portée de son sommet parisien. Pourtant les élections présidentielles de 2017 approchent. Il s’agit « d’avancer avec ceux qui ont envie d’avancer, la suite se débloquera forcément ». Pour cela il faudra être prêt pour 2017, pariant notamment sur les élections en Allemagne, avec une percée de Die Linke ou encore « le référendum britannique » et « l’achèvement de l’union économique et monétaire » proposée par “l’initiative des présidents” des institutions européennes. On entre donc dans une phase d’agitation extrême, il convient de s’y préparer. » La conférence du Plan B, ce weekend, donnera-t-elle raison à Mélenchon ?