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Politique

Faire front et s'organiser pour gagner

Meeting unitaire près du Havre : « On manque d’un plan d’ensemble pour construire une véritable mobilisation »

Ambiance combative à Harfleur jeudi soir puisqu’au sortir d’une manifestation regroupant 10 000 personnes le matin, suivie d’une assemblée générale contre le gouvernement Macron, la journée s’est conclue, pour les militants du Havre et de ses alentours, par un meeting unitaire où la question de la convergence des luttes était au cœur des préoccupations.

Contre un gouvernement qui attaque toute la classe ouvrière, la nécessité de faire front

A la tribune du meeting, toutes les sensibilités politiques et syndicales opposées aux réformes gouvernementales, que ce soit la loi travail XXL ou bien les innombrables réformes antisociales de Macron, sont représentées. Pour tous et toutes, il s’agit avant tout de continuer à construire une mobilisation contre la loi-travail. « Si on est là, c’est pour dire qu’on ne lâchera pas le morceau, et de voir comment on peut faire pour arriver à changer le rapport de force : c’est la question qui nous est posée.  » pose d’emblée Philippe Poutou, ancien candidat du NPA aux présidentielles. Une des clés de cette victoire, l’union des forces opposées à la loi travail : Jean Paul Lecoq (Député PCF de Gonfreville), François Ruffin (député France Insoumise de la Somme) et Reynald Kubecki (UL CGT du Havre) sont présents pour expliquer à quel point cette loi travail était un recul historique pour les salariés. François Ruffin qualifie ainsi le président de « Robin des bois à l’envers, qui prends aux pauvres pour donner aux riches. […] On supprime l’ISF pour les actionnaires tout en supprimant les emplois aidés : c’est la guerre des classes dont parlait Warren Buffet !  ». Les jeunes, particulièrement touchés par les attaques du gouvernement, sont représentés par Marion, de l’UNEF, Loic de la compagnie Jolie Môme intervient sur la répression des militants, tandis que Stéphanie, de la FSU, explique les attaques qui touchent les fonctionnaires. On l’aura compris, tout le monde (mis à part le patronat), est aujourd’hui attaqué par les réformes gouvernementales. Face à cela, Philippe Poutou exhorte aussi les autres formations de la gauche à l’unité :

« On manque d’un plan d’ensemble qui permettrait de construire une véritable mobilisation, et on a un problème. Aujourd’hui, la stratégie des directions syndicales n’est pas très bonne, on est en train de refaire ce qu’on a fait pendant la loi travail : on fait des journées d’action séparées, et on finit par perdre. Il faut qu’on discute réellement de comment on construit tous ensemble, le mouvement syndicaliste, le mouvement politique, le mouvement associatif. […] Ce n’est pas facile à faire, mais aujourd’hui personne n’en parle : si du côté de la CGT, du PCF, de la FI on n’en parle pas, quand est-ce qu’on pourra le préparer tous ensemble ? La base militante aspire à une véritable unité, mais en haut on a des dirigeants qui ne prennent pas cela au sérieux, et c’est pour ça que cela doit être le combat des militants à la base. »

Face à cela, François Ruffin a tenté de défendre la manifestation du 23 septembre et la stratégie de la France Insoumise, en expliquant que « l’unité ne pourrait venir que de la base. S’il y a un jour quelque chose qui se passe, c’est parce que la base le voudra », défaussant la direction du mouvement des Insoumis de toute responsabilité quant à la division des dates. Cette hypothèse selon laquelle la base des divers partis et syndicats seraient divisés ne semble cependant pas convaincre Reynald Kubecki, secrétaire de l’union locale CGT du Havre : « ce matin au Havre dans la manif on a vu des drapeau de FO, de la CFE-CGC, de l’Unsa, et ça continue : la CFDT réclame auprès de son secrétaire général une journée de mobilisation ! C’est quand même la base qui réclame l’unité, syndicale et politique. »

Bloquer l’économie et unir toutes les victimes des politiques pro-patronales : des outils pour gagner

Si la question d’un Front uni entre toutes les organisations politiques et syndicales n’a pas permis de débouché sur une politique concrète de réunions et de discussions pour amplifier et construire la riposte , la question des modes d’actions est revenue dans beaucoup d’interventions : le blocage de l’économie, les occupations d’usine, l’auto-organisation dans la lutte étaient autant de perspectives qu’ont posé les intervenants, soutenus par une salle enthousiaste. Philippe Poutou a ainsi expliqué que « les manifestations, cela ne suffit pas : il va falloir aussi parler des grèves ! soulignant qu’au Havre, c’est un peu la spécialité, avec une envie réelle de bloquer l’économie, ce qui pose vraiment la question de comment gagner ».

Le meeting s’est conclu avec l’arrivée tardive mais néanmoins attendu d’Assa Traoré venue posé la nécessité d’élargir les mots d’ordres au delà de la loi travail XXL en portant la voix des victimes de violences policières et en expliquant comment ce système réussit à se maintenir en divisant les individus. C’est en ce sens également que Youcef Brakni du comité pour Adama est intervenu pour faire le parallèle avec la révolte des banlieues de 2005 et le CPE, un moment où la jeunesse des banlieues s’est mobilisée aux côtés de la jeunesse étudiante. La question de la convergence était donc posée à ce meeting pour s’affronter à un système qui ne cesse d’attaquer et qui pourrait être bien ébranlé si notre camp posait la question de l’unité.

Photos : Pascal Colé

















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