Politique

Gauche franchouillarde et islamophobie

Mélenchon : « Le burkini est une offensive salafiste »

Publié le 26 août 2016

G. Gorritxo

Dans ses récentes interviews, Jean-Luc Mélenchon a déclaré que le burkini était « une provocation », le « fruit d’une offensive religieuse salafiste ». Il ne condamne pas les arrêtés, ni même la proposition de Sarkozy d’interdire tout signe religieux dans l’espace public. Sa réponse aux journalistes, sur ce point, est plus qu’ambiguë. Explications sur les conséquences du « souverainisme de gauche »…

Que ce soit dans son interview au Monde, ou dans son passage à Télé Matin du 26 août, la position de Jean-Luc Mélenchon a surpris bon nombre de ses sympathisants. Sur son compte Facebook, par exemple, les réactions font part de leur déception :

C’est que le candidat à la présidentielle n’y est pas allé de main morte. Avant toute chose, Mélenchon tient à dénoncer une “provocation”. Mais attention, pas la provocation des maires qui publient les arrêtés, pas les provocations de la police sur ces plages, pas la provocation des amalgames entre musulmans et terroristes… Non, Mélenchon condamne d’abord les « militantes provocatrices en burkini » ! Le burkini étant le fruit d’une « offensive religieuse salafiste » selon le communiqué du Parti de Gauche.

Questionné sur ses propos, Mélenchon réitère à Télé Matin : « Nous sommes face à une offensive politique de l’islamisme, et nous ne sommes pas dupes ».
L’interview se poursuivant, il lui est difficile de se démarquer même des arrêtés pris par les maires de droite. « Ni pour, ni contre » glisse-t-il rapidement. Et sur la proposition de Sarkozy d’interdire tout signe religieux dans l’espace public ? « Donnons-nous le temps de penser » répond l’intéressé. Avant d’ajouter que « l’indignation [face aux photos qui ont circulé] est peut-être exagérée »…

Si ces propos ont pu surprendre, ils n’en sont pas moins dans la logique du programme de Mélenchon, et de son “recentrage” souverainiste. Quelques rappels…

À la suite de l’accord grec du 13 juillet, le 3e mémorandum, qui marquait plus clairement la trahison de Tsipras-Syriza, Mélenchon et le Parti de Gauche entamaient la campagne pour un plan B de sortie de l’UE. Il publiait dans la foulée Le Hareng de Bismarck, dont le sous-titre était « Le poison allemand ».
Soucieux de coller au nationalisme ambiant, ces prises de positions sont cohérentes avec sa vision géostratégique. Son projet pour la France ? Renforcer l’impérialisme français ! (voir ce que l’on a pu écrire sur sa ligne du « nouvel indépendantisme »). Relayant le discours du « nous sommes en guerre », il avait par exemple voté les crédits pour bombarder la Syrie et l’Irak (voir ici pour ces alliances pour le moins “changeantes” sur les questions du Moyen-Orient).

Un nationalisme qui avait fait dire à Mélenchon que les travailleurs détachés « volent le pain » des travailleurs locaux. Enfin, son respect de l’Etat lui avait fait tenir des propos plus qu’ambigus sur la répression du mouvement contre la loi travail, hurlant avec les loups à propos des “casseurs”.

Mais voilà, à trop vouloir surfer sur la vague nationaliste, le candidat de la « France Insoumise » se prend les pieds dans le tapis de ses contradictions. Car Mélenchon cherche en même temps à séduire l’électorat des quartiers populaires, avec ses tournées de la « Caravane insoumise » dans les banlieues, pour « l’égalité des droits"(sic).

Face à une situation politique qui se polarise, Mélenchon s’empêtre dans ses contradictions. C’est d’ailleurs pour cela que sa ligne, et celle du PG, consiste principalement d’expliquer que le burkini est « la polémique qui détourne des vrais problèmes ». Comme si le racisme institutionnalisé et la persécution des musulmans était un problème secondaire.

Au contraire de cette position, nous devons avant tout nous montrer solidaires contre toute imposition et amalgame fait par l’Etat, en combattant pied à pied l’islamophobie, sans ambiguïté aucune. C’est dans ce cadre, dans le même camp, et à partir d’une telle position, que nous pourrons polémiquer avec les religions et leurs relais au sein du mouvement ouvrier, de la jeunesse et des quartiers.

Pour préparer les combats de la rentrée, auxquels devra participer l’ensemble de notre camp social, à commencer par la jeunesse racisée et les secteurs les plus précaires des quartiers, il faut que le mouvement ouvrier, et en premiers lieux l’extrême gauche, défende l’ensemble de notre classe contre les abus de pouvoir de l’Etat, contre l’islamophobie et le racisme institutionnalisé, contre les violences policières, pour un programme visant à répondre aux questions de chômage, précarité et logement qui touchent plus particulièrement les populations racisées et ghettoïsées. C’est sur cette base, en combattant à tous les niveaux, électoraux, juridiques mais également et surtout dans les entreprises et les quartiers, que les militants du mouvement ouvrier pourront regagner du terrain et ne pas laisser à des associations ou des courants soi-disant anti-islamophobes tels que le CCIF, qui sont en réalité des faux-nez pour des courants réactionnaires et rétrogrades, le monopole du combat contre le racisme.