Politique

Université d’été du Parti de Gauche : discours de clôture de Mélenchon

Mélenchon : Le fond de la tribune est rouge, celui du discours beaucoup moins

Publié le 31 août 2015

En cette fin de mois d’août, en conclusion de l’université d’été du PG, son leader a dévoilé sa « stratégie » de rentrée. L’ancien ministre socialiste, Jean-Luc Mélenchon, a développé son discours de clôture sur des thématiques bien connues : Médias, Grèce, Allemagne, Euro, élections... A l’ombre d’une intervention qui se voulait radicale, JLM n’a apporté aucune solution pour les classes populaires qu’il prétend défendre.

Gaëtan Demay et A. F.

Une comédie purement formelle

Comme à son habitude, Jean-Luc Mélenchon n’a pas manqué d’offrir à ses militants un jeu théâtral, cousu de sursauts tragiques, de parenthèses comiques et de silences calculés. En guise d’introduction, l’auditoire, d’abord ébloui par les inutiles projecteurs rouges, écoute religieusement le « présidentiable » sur fond rouge de la tribune qui ne peut s’empêcher de tirer (à boulet rouge) sur l’organe médiatique, pourtant invité par le PG pour relayer son discours. En tant que « candidat du peuple », Jean-Luc Mélenchon n’a pas non plus boudé son plaisir en s’exprimant dans l’amphithéâtre d’une université récemment rebaptisée Toulouse – Jean Jaurès. Tout un symbole. Mais une fois le discours dépouillé de son ornementation, celui-ci n’apporte finalement rien de plus que les invectives habituelles.

Le péril européen

Son principal cheval de bataille : l’emprise politico-économique de l’Allemagne sur l’Union Européenne. Après trois jours d’université d’été, où la haine systématique de Merkel et de Schäuble était répétée et amplifiée dans bon nombre d’ateliers, Jean-Luc Mélenchon cristallise les passions en désignant l’euro comme authentique « symbole de la domination allemande ». C’est donc à demi-mots que le candidat du Front de Gauche suggère d’ores et déjà une sortie de l’euro, comme réponse inévitable face à l’Empire de Merkel, auto-promotion de son dernier livre Le Hareng de Bismarck à l’appui, et précisant clairement que « si on ne peut pas convaincre [l’Allemagne], il faut [la] contraindre ».

Néanmoins, pour échapper au mauvais procès d’une xénophobie purement anti-germanique, le tribun a pris soin de nuancer légèrement ses propos. D’une part, en soulignant son amitié avec l’allemand Oskar Lafontaine, membre fondateur du parti allié Die Linke, de l’autre son admiration pour le philosophe social-démocrate, tout aussi allemand, Jürgen Habermas. En revanche la classe ouvrière allemande, pourtant dissociée de l’appareil gouvernemental, n’a été citée qu’une seule fois, la diatribe anti-Allemagne (mais en revanche jamais contre la bourgeoisie allemande et internationale) ayant de loin bercé l’ensemble du discours. Seuls les militants de Die Linke semblent être des interlocuteurs de valeur pour un parti qui prétendait être l’incarnation même d’un « cri du peuple ». Tributaire de la recomposition des forces de gauche par le haut, l’ancien président du PG, préfère ainsi encourager la composition d’une alternative à l’austérité par la prise du pouvoir par les urnes. L’exemple de Syriza est pourtant une preuve flagrante de plus qu’on ne peut pas changer la société en s’emparant des institutions de la bourgeoisie qui ont été élaborées pour exercer sa domination sur les classes populaires.

Ah, s’il y avait eu un gouvernement Front de Gauche en France…

Toute l’université d’été du PG a été traversée par la question grecque. Au moins a-t-on un repère clair : Mélenchon l’a dit, si le PG avait été à la place du gouvernement Syriza, il « aurait fait pareil  ». Que font-ils à part bercer d’illusions les travailleur-euse-s en expliquant qu’on peut négocier avec les capitalistes ? Il nous explique que ce n’est pas la faute de Tsipras, mais en revanche que « la France a failli : elle n’a pas été du côté où elle devait être ». Ainsi le problème n’est aucunement Syriza, son échec serait dû au fait qu’il n’y ait pas eu de gouvernement Front de Gauche en France et Podemos dans l’État Espagnol en même temps. En résumé, puisque selon lui « l’Europe des traités », qui n’est « pas réformable », est composée de « gouvernements satellites asservis par le gouvernement allemand », il faudrait des gouvernements amis pour peser dans les négociations.

Ancien défenseur de Maastricht passé au souverainisme de gauche, le voilà donc à pied d’œuvre pour « entrer en relation avec le parti grec Unité populaire ». En réalité, UP n’est rien d’autre qu’une tentative de Syriza bis reprenant son programme de base et regroupant la gauche de celui-ci à la droite d’Antarsya pour mieux capter les votants du non au référendum. Autant dire qu’il n’y a strictement aucun bilan réel tiré par Mélenchon du phénomène Syriza. Sur le cheval de Troie de la sortie de l’Euro, en guise de comparaison, Mélenchon a ainsi avancé l’exemple Argentin à partir de 2001, dont le contexte, par-delà certaines similitudes, fut pourtant bien différent, période des plus sombres pour les travailleur-euse-s argentin-e-s qui avaient alors vu leur niveau de vie dégringoler, comme nous l’avons rappelé récemment

Et en France  ?

Pour Mélenchon la question nationale est centrale dans la résolution de la crise économique. « Nous ne sommes plus une nation indépendante  », donc «  Nous sommes désormais les nouveaux champions de ceux qui affirment la nécessité de l’indépendance de la France  » a-t-il martelé, plantant bien le décor, et théorisant dans la foulée, il faut oser, l’État comme étant contre le capital, le long terme désintéressé contre le court terme mesquin du profit. L’idée selon laquelle l’UE contrôle notre État, et qu’il faut sortir de cette Europe des traités pour avoir une politique indépendante de la bourgeoisie internationale, est non seulement complètement déconnectée de la réalité, et n’a guère à envier au populisme franchouillard. On connaissait déjà la position de Mélenchon à propos de « la grandeur de la France » et de la République. Il y est revenu une fois encore.

Étant donné que le meeting se tenait à Toulouse, il n’a pas hésité à brosser l’assistance dans le sens du poil parlant de Jaurès, du Canal du Midi et de l’aérospatiale. Il ne manquait plus qu’une allusion à l’équipe de rugby du Stade Toulousain et c’était carton plein ! Il s’est servi de l’exemple de l’aérospatiale pour montrer la « grandeur de la France » : «   La France est le deuxième pays qui contribue le plus par habitant à la recherche spatiale  ». Telle serait donc la grandeur de la pensée française, un intérêt uniquement scientifique qui aboutirait à ce type de recherche alors que la conquête spatiale fut depuis le début un projet militaire, politique autant qu’industriel.

En résumé une fois n’est pas coutume, pour à peu près toutes les questions économiques et politiques, le PG évacue l’analyse des rapports de classe qui sont pourtant le principal terreau à partir duquel les autres phénomènes politiques sont compréhensibles. D’où des conceptions erronées de la situation, et des solutions réformistes qui n’en sont pas. La question des migrants l’a également illustré. Pendant le discours, Mélenchon a dit qu’il ne fallait pas empêcher les migrants « d’arriver mais de partir », type de propos qui a des précédents : le leader du PG n’a-t-il pas dans le passé parlé de « la chance que représente l’outre-mer », de « ce que la France a apporté à ces peuples » ? Le français civilisateur ressurgit une fois encore : on doit aider à développer les pays des anciennes colonies, les aider à régler leurs problèmes pour qu’ils n’aient plus envies de venir chez nous. En revanche, il n’a pas exigé ni l’ouverture totale des frontières, ni appelé à l’accueil inconditionnel des migrants.

Réjouissante perspective d’un pot-pourri électoraliste

Naturellement, la question électorale est restée au cœur de ce prêche. L’objectif affiché de gagner les élections en cache un plus étroit : ne pas se prendre une claque aux régionales. D’où l’idée d’un rassemblement large, à l’image du précédent grenoblois de 2014, et l’appel en direction de EELV et des frondeurs du PS à faire des listes communes avec le PG, qui se ferait sous un « label commun » autour du PG, dont le « rôle est d’être des déclencheurs de vote. Pas des capteurs !  ».

Pourtant, cette alliance est encore loin d’être encore acquise, à l’image des rapports un peu compliqués avec le PCF autour de la question grecque : s’appuyant sur l’amitié politique d’ex-ministres de Tsipras, Mélenchon mettant notamment en avant que Varoufakis sera sur les bancs du PG lors de la Fête de l’Humanité, il doit faire face à un Pierre Laurent qui, lui, continue contre vents et marée à défendre Syriza et refuser qu’on parle de la « capitulation » de Tsipras. Mais pas besoin d’aller hors de l’hexagone pour rappeler que cette « stratégie » consiste ni plus ni moins à chercher à s’acoquiner avec d’anciens ministres de Hollande, Duflos, Hamon, Montebourg.
Tout ça pour ça… A n’avoir comme vision politique qu’une équation qui n’a pas peur des confusions, glissements, et raccourcis «  Indépendance = souveraineté nationale = souveraineté populaire = démocratie = république », le pot-pourri électoraliste de Mélenchon n’est que l’expression la plus avancée de toutes les contradictions d’un réformisme congénital prêts à toutes sortes de contorsions.