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Politique

Recomposition à gauche

Mélenchon accuse le PS, le PCF et EELV de « bloquer la percée » de la France insoumise

Dans l’édition du 2 juillet du Journal du dimanche, Jean-Luc Mélenchon a violemment taclé le PS, le PCF et EELV. Selon lui, ces formations en « décomposition » ont « bloqué la percée de la France insoumise ».

Dans sa 33e Revue de la semaine, diffusée il y a une semaine sur son compte YouTube, Jean-Luc Mélenchon avait lancé une nouvelle estocade sur le Parti communiste. En effet, le leader de la France insoumise a ainsi révélé que l’intention des élus insoumis était de constituer un groupe commun à la gauche du PS. Une volonté coupée, selon Mélenchon, avant même que la proposition puisse être faite par une conférence de presse de Pierre Laurent, secrétaire général du PCF, qui annonçait qu’il n’y aurait pas de groupe commun PC/FI à l’Assemblée national.

Il ne s’agissait pourtant que d’un hors d’œuvre. En effet, Jean-Luc Mélenchon a généralisé l’attaque, incluant Parti socialiste, PCF et Europe Ecologie les Verts, regroupés dans le label « vieille gauche » ayant, par leur « complicité », entravé selon lui la percée de la France insoumise.

Ne focalisons pas sur l’ambiance de décomposition de la vieille gauche ! Les spasmes d’agonie du PS, du PCF, d’EELV, leur échec électoral terrible et celui de leur complicité pour bloquer la percée de la France insoumise, leurs congrès respectifs, la réunion de Hamon : ce ne sont que des entre-soi juxtaposés. Laissons décanter. La vie est ailleurs

Jean-Luc Mélenchon dans le JDD du 2 juillet

Attaque disproportionné ou constat lucide ? Que cela soit lors de la présidentielle ou pour les législatives, il est indéniable que le PS, le PCF et EELV ont bel et bien tenté de « limiter la casse » pour leur formation respective, avec un succès (pour être gentil) très relatif et que, effectivement, ces entreprises politiques ont nécessairement dû passer par diverses tentatives pour freiner la percée de la France insoumise.

Toutefois, la déclaration de Jean-Luc Mélenchon résume la situation actuelle de recomposition à gauche. Alors que le PCF tente de se reconstruire, traduisant publiquement la crise des partis à gauche et que Benoit Hamon a quitté le PS pour lancer son « mouvement du 1er juillet », il est indéniable que le champ de ruine qu’est aujourd’hui la gauche « institutionnelle » laisse place à l’émergence de formation « candidatant » au leadership de la reconstruction. Une suite logique aux péripéties des présidentielles et (surtout) des législatives, où le PCF s’est offert un sursis mais doit faire face à une profonde crise tandis que le Parti socialiste est ressorti en morceaux de ces deux échéances électorales.

« Ne focalisons pas sur l’ambiance de décomposition de la vieille gauche ! », autrement dit, ne permettons pas à ces formations de pouvoir se reconstruire. «  La vie est ailleurs », c’est-à-dire dans les rangs de la France insoumise. Évidemment, ce sont les multiples trahisons du PS, du PCF et d’EELV qui les ont conduits dans cette situation, et il ne s’agit évidemment pas d’aider à la reconstruction de ces organisations. Mais il s’agit de voir que l’attaque de Jean-Luc Mélenchon est extrêmement violente, très « partidaire » (ou, devrait-on pour l’heure peut-être dire, « mouvementaire » ?) et qu’il y a là une prise de position claire, que l’on peut résumer ainsi : Pierre Laurent, Benoit Hamon et tutti quanti sont aujourd’hui dans une position d’outsider au leadership de la reconstruction de la gauche, tenant pour l’heure quasi exclusivement grâce à des logiques d’appareil. Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, est dans une situation inverse. Il jouit d’une certaines bases populaires (qui sont encore, toutefois, à consolider) mais manque encore d’une structure pour capitaliser sur le terrain politique son très bon score de la présidentielle, et du un peu moins bon des législatives.

There is no alternative, c’est en quelque sorte le message que cherche à faire passer Jean-Luc Mélenchon. La reconstruction de la « gauche institutionnelle » passera par la France insoumise selon le nouveau député de Marseille.

La logique, en revanche, reste celle qu’il martèle depuis plusieurs semaines : il faudra que les mobilisations appuient les prises de positions des députés de « l’opposition de gauche » au Parlement, à commencer par celles des députés FI. C’est ce qu’a répété Mélenchon, lundi soir, à Paris, place de la République, devant plus de 3000 personnes rassemblées contre les ordonnances. Les seules perspectives qui ont été données, pour l’heure, sont une mobilisation appelée le 12 juillet, toujours dans le cadre du débat parlementaire, pour appuyer le positionnement de FI contre les ordonnances gouvernementales sur le Code du travail, sans jamais parler de l’appel de la CGT pour le 12 septembre. Alors que les uns se contentent de tout axer sur le terrain institutionnel, les autres fixent une date le plus loin possible, après la rentrée, sans plan de lutte concret dans la durée.

Il est clair que, plus que jamais, à partir des structures combatives existantes, il va falloir que les travailleurs et la jeunesse prennent leurs affaires en main pour imposer aux organisations qui se disent opposées à la casse du Code du travail un véritable agenda de combat contre ce que veut faire passer ce gouvernement.

Crédits photo : GUILLAUME SOUVANT / AFP




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