Politique

Un pied de nez à la « primaire à gauche »

Mélenchon annonce sa candidature aux élections présidentielles de 2017

Publié le 10 février 2016

Damien Bernard

Ce mercredi soir, sur le plateau de TF1, Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. Prenant de court les autres composantes du Front de Gauche, dont le PCF, il bat ainsi définitivement en brèche toute idée de participation à une primaire à gauche. Mélenchon trace ainsi, en dehors du cadre d’un quelconque parti, sa route pour 2017.

« Oui, je propose ma candidature pour l’élection présidentielle », a-t-il répondu sur le plateau de TF1 mercredi soir, ajoutant que « l’intérêt général doit prévaloir aujourd’hui  ». C’est « hors cadre de parti », que l’ex candidat à la présidentielle de 2012 se présente. «  C’est le peuple qui va en disposer. Je ne demande la permission à personne  », déclare-t-il.


Une campagne 2.0 version Bernie Sanders

Question stratégie, Mélenchon a les yeux résolument rivés vers les États-Unis. « Je m’inspire à ma manière de la méthode qui a été celle de Bernie Sanders, j’ai loué la même plateforme informatique que lui, si bien que maintenant tout un chacun peut se joindre à moi pour le programme et agir  »

Ainsi pour lancer sa campagne, c’est sur internet que mise Mélenchon. Il a ainsi présenté sa nouvelle « plateforme internet » : jlm2017.fr. «  Tout le monde peut se joindre à moi pour travailler sur le programme et agir  », a-t-il souligné.


Une candidature prévisible. Le PCF en crise désarçonné

La « proposition » de candidature à la présidentielle du porte-parole du Parti de gauche n’a été « ni discutée ni décidée » avec le Parti communiste, a assuré Olivier Dartigolles, porte-voix du PCF. «  Cette proposition n’a été ni discutée ni décidée dans le cadre du Front de gauche », a-t-il déclaré, assurant l’avoir apprise « en regardant TF1 ».

Ce même Dartigolles, se fait même l’interprète du « peuple de gauche » qui serait « très inquiet de la tournure que prennent les événements, très inquiet de la manière dont 2017 se présente ». « Le peuple de gauche n’a pas besoin d’une candidature en solo, il n’est pas préoccupé par le casting, ce qu’il attend c’est une nouvelle espérance », explique-t-il.

Le PCF, bien plus enclin à une « primaire de la gauche », allant jusqu’à intégrer le PS dans l’équation, avait signifié le refus d’une candidature unilatérale de Mélenchon. Les représentants du PCF feignent l’étonnement, mais cette candidature de Mélenchon était prévisible et annoncée d’avance. Refusant obstinément toute participation à la primaire de gauche, Mélenchon avait, en quelque sorte, déjà entamé son premier meeting de campagne, lors de la « conférence du Plan B ».


Front de Gauche en crise, la fuite en avant de Mélenchon

« Moi, pour l’instant, la seule primaire dont je suis sûr, c’est le premier tour de l’élection présidentielle. Je me prépare à ce qui est sûr, une élection. Et moi, dans cette élection, je ne m’occupe pas de toute cette petite scène. Je veux représenter, incarner la France insoumise et fière de l’être  ».

Placé à seulement 9% dans les sondages au premier tour, Mélenchon, volontariste, joue donc son vatout, pariant sur un basculement du « peuple de gauche », mu par des mobilisations, qui lui découvrirait une crédibilité nouvelle. A l’image de Podemos, qui avec ses « 20% » a émis l’idée d’une possible alliance avec la « caste », l’objectif pour Mélenchon est de commencer à « créer le rapport de force » à l’échelle nationale, pour imposer au PS et à Hollande un « gouvernement anti-austérité » à la française.

Avec cette candidature aux présidentielles, alors que le Front De Gauche est profondément en crise, il s’agit de s’imposer au forceps comme candidat incontournable de la gauche de la gauche, même si pour cela il faut se froisser avec les différentes composantes du Front De Gauche. Mais face à la politique actuelle du gouvernement et sa dérive autoritaire, la seule issue qui vaille, contre toute tentation réformiste, est de construire une alternative politique indépendante autour d’un programme anticapitaliste et révolutionnaire.