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Politique

Des paradoxes qui n’en sont pas

Mélenchon aux côtés de la rébellion en Catalogne ou de la droite espagnole ?

On sait combien le Mouvement des Indignés a pu influencer Jean-Luc Mélenchon, à l’époque du Parti de Gauche. C’était le moment du discours contre « la caste », repris tout droit des slogans lancés depuis la Puerta del Sol, à Madrid, ou Plaza Catalunya, à Barcelone. Le processus en cours, en Catalogne, qui est pourtant le produit, également, de cette crise organique de l’Etat espagnol que le Mouvement du 15M a contribué à accélérer, est loin de recueillir le même enthousiasme chez les mélenchonistes. Du moins chez Mélenchon.

A l’origine il y a le républicanisme jacobin et centralisateur, « protecteur », par définition. C’est lui qui nous servirait de bouclier contre le démantèlement qui nous serait imposé par Bruxelles. Au nom du fait que « l’Europe des régions » -lire, ici, une possible indépendance de la Catalogne reconnue par l’UE, ce qui est, au jour d’aujourd’hui, absolument inconcevable- serait le cheval de Troie de la Commission européenne pour en finir avec le cadre national, Jean-Luc Mélenchon n’a jamais été spécialement favorable au droit des peuples à l’autodétermination allant, y compris, jusqu’à la séparation.

Sa démission, la dernière en date, de la présidence de la commission d’information sur l’avenir institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie est là pour l’illustrer, dans le cas d’une des colonies de l’Hexagone impérialiste. Pour ce qui est de l’autre côté des Pyrénées, Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise se sont caractérisés, ces derniers temps, par un positionnement contraire au mouvement démocratique national catalan.

La répression qui s’est déchaînée contre les centaines de milliers de personnes qui se sont déplacées pour voter, dimanche dernier, a certes été condamnée, on s’en doutera. Mélenchon, cependant, axe son discours sur la nécessité de mettre en place une médiation dans la mesure où « la voie pacifique proposée et encadrée par la communauté internationale » est la seule possible. Sinon, « ces sortes de questions, souligne Mélenchon, qui met sur le même plan le Donbass ukrainien de son ami Poutine, la partition de la Tchéquie et de la Slovaquie et la Catalogne, ne peuvent se régler autrement que par la force ».

Là où le Mouvement du 15M avait été utilisé comme une source d’inspiration par Mélenchon pour construire un néo-réformisme populiste basé sur l’opposition « peuple/caste », la question catalane, de par son explosivité, est surtout vue comme un processus à battre en brèche. Dans son adresse au Premier ministre, Edouard Philippe, le 3 octobre, depuis les bancs de l »’Assemblée nationale, Mélenchon a souligné combien le « devoir [de la France], comme nation républicaine, [est] de tendre la main fraternellement à la nation espagnole, et de proposer notre médiation. Car il ne saurait être question qu’une question de cette nature dégénère et vienne, pour finir, affecter la patrie républicaine des Français ». Pas question, pour Mélenchon, de se situer inconditionnellement du côté du droit de décider de son avenir. Face au risque que cela ne « dégénère », « France d’abord ! » répond en substance le leader de la France Insoumise qui souhaite se présenter toujours plus comme le plus respectable des impétrants au poste de Premier ministre.

Le mouvement ouvrier hexagonal et le mouvement de la jeunesse devraient se situer aux antipodes d’un tel chauvinisme centralisateur et soi-disant « pacificateur ». Une vieille marotte coloniale, soit-dit en passant, cette question de la « pacification ». En adoptant une telle position Mélenchon ne combat pas la droite espagnole ni le roi. Aussi paradoxal que cela puisse en avoir l’air et quoi qu’en dise le très républicain Mélenchon, en faisant le choix de ne pas appuyer le droit élémentaire de choisir la voie de l’indépendance et de la république, et quand bien même cela contreviendrait à la « légalité » de la Constitution monarchiste et post-franquiste de 1978, Mélenchon fait le jeu de Rajoy et de la monarchie espagnole.




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